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LÉSIONS DÉTERMINÉES DANS LE POUMON PAR LES ACIDES GRAS

Considérations sur la non-spéciflcité dés lésions tnbercnleusea

Par MM. JEAN CAMUS et PH. PAONIEZ

(Planche IV)

Parmi les constituants microbiens, les études de ces dernières années nous ont appris à dissocier des substances difTusibles ayant une action générale et des substances non difTusibles agissant localement.

L'action de ces dernières est même indépendante de la vie des microbes. C'est ainsi que Prudden et Hodenpyl ^ Strauss et Gamaleia* virent que le bacille tuberculeux tué au préalable est encore capable de donner naissance au tubercule typique.

Plusieurs des poisons locaux des microbes ne peuvent être isolés qu'à l'aide de solvants spéciaux, éther, xylol, chloroforme et appartiennent au groupe des substances grasses. Un certain nombre de microbes abandonnent à ces solvants des graisses, des cires.. susceptibles de reproduire expérimentalement des lésions analogues à celles déterminées par les microbes eux-mêmes ; dans ses belles recherches Auclair 3, et après lui une série d'auteurs ont montré le pouvoir pathogène de ces poisons locaux.

Les poisons adhérents du bacille tuberculeux sont ceux qui ont été le plus étudiés; Tanalyse chimique en a été faite par de nombreux auteurs (R. Koeh, Hammerschlag *, Ruppel ^, Viquerat *, Kresling \ A. de Schweinitz et

* Prudden et Hodbnptl. Studies on the action of dead Bactéries in the living body [New- York med. JoutD.^ 1891).

' Strauss et Gamaleia. Contribution à l'étude du poison tuberculeux (Are^. de méd, expér, et (Tanat. patb., 1891, p. 705). ' Auclair. Recherches sur la pneumonie tuberculeuse [Arcb. de méd. expér.^ mai 1899)

— Auclair. Sclérose pulmonaire d'origine tuberculeuse (Arcb, de méd, expër., mars 1900).

— Auclair. Recherches sur les poisons microbiens. Les poisons microbiens k détermination locale prédominante {Arcb, de méd, expér,, novembre 1903).

* Hammerschlao. Bacteriologische chemische Untersuchungen ûber TuberkeU>acîlIen (Sitzungsy Ber. der, klin, Acad. Wissenscb., W/en, 13 décembre 1888); Centralbhtt fur KUniscbe Medioin, 1891, p. 1.

■ W. G. Ruppel. Zur cbemie der TuberkelbaciUen. [Zeit, f.pbyaiol, cbem, t. XXVI, 1898.)

* Viquerat. Contribution à l'étude de la tuberculose (Âev. med, Suisse romande, XIX, 1899. —Viquerat. BùUrag sur Taberkulinfrage, Ceniralb. f. Bakter.X, XXVI, 1899.

' Krbslino. Arcb, des Se. blol, de Saint-Péterbourg, t. IX, 1901.

Lé610N3 PULMONAIRES PAR LES ACIDES GRAS 481

M. Dorset *, etc.) et l'on 3*accorde à recoanaitre parmi les substances grasses qui ont été extraites Texistence de graisses neutres et d'acides gras. Nous-mêmes, analysant avec notre ami Nicloux des extraits éthérés et chloroformés fournis très obligeamment par le D' Auclair, avons constaté dans ces extraits la présence d'une quantité importante d'acides gras mélangés à des graisses neutres '.

Recherchant quelle pouvait être Taction pathogène de ces substances, notre attention a été surtout attirée vers les acides gras.

En effet les graisses neutres ne paraissent pas vulnérantes pour les tissus, les nombreuses injections qui en ont été faites par les médecins sous la peau et même dans la trachée montrent leur innocuité. Il n'en est pas de même des acides gras et les faits que noua apportons en sont la preuve.

Nous n'avons pas opéré avec les acides gras de microbes, mais avec des acides gras d'huiles végétales. L'emploi de ces derniers, en dehors de la facilité plus grande de Texpérimentation, nous permettra encore, après comparaison des lésions qu'ils déterminent avec celles que produisent les microbes, d'introduire de nouveaux éléments dans la discussion de la spécificité ou de la non-spécificité des processus irritatifs microbiens.

Les acides gras que nous avons employés dans ces recherches sont ceux qu*on obtient par le dédoublement de l'huile de lin et de l'huile de coton. Ils ont toujours été introduits dans le poumon par la voie aérienne suivant une technique très simple : injection aseptique avec une seringue de Pravaz dont l'aiguille était introduite entre deux anneaux de la trachée préalablement mise à nu. L'animal pendant l'injection et durant quelques instants ensuite, était maintenu dans une position inclinée pour éviter le reflux du liquide dans les voies aériennes supérieures et faciliter la descente vers les bronches. Tantôt les acides gras ont été introduits purs, tantôt, et surtout quand nous avons opéré sur de petites quantités, dissous dans l'huile neutre de coton. (On connaît assez, pour que nous n'ayons pas besoin d'y insister, l'innocuité de l'introduction d'huile pure dans l'arbre respiratoire, manœuvre qui a été bien souvent réalisée dans un but thérapeutique.)

Nos animaux ont été ensuite sacrifiés après une survie variable permettant d'étudier l'ordre de succession des lésions. Nous donnerons d'abord la relation de nos expériences, classées suivant la durée de la survie des animaux.

Les pièces prélevées à l'autopsie pour l'examen histologique ont toutes été fixées par le sublimé-acétique et incluses à la paraffine. Les coupes ont, sauf indications contraires, été colorées parl'hématoxyline-éosine.

. ExF. I. Chien griflfon, 10^f,500.

24 mars 1905. Injection dans la trachée de 4 ce. d'acides gras de Thuile de lin.

L'animal meurt en 20 heures et à l'autopsie on trouve les deux poumons atteints de congestion œdémateuse diffuse; au niveau de l'un deux existent plusieurs blocs d'hépatisation, avec coloration un peu jaun&tre. Des fragments prélevés à ce niveau vont au fond de l'eau.

* A. de ScHWBiNiTZ el M. Dobset. The composition of the Tubercle BaciUi derived from various animal (Journal of the American Chemical Society, 4908).

• Jean Camus et Ph. Pagniez. Soc. de Biol., 4 novembre 1906, C, R.Aead. des sciences 6 novembre 1905. — Jean Camus et Ph. Pagnibz. Soc. do BioL, 23 décembre 1905.

48t JEAN CAMUS ET PH. PAGNIEZ

Examen histologique portant sur les rôgioas hép.atisées.

La cavité des bronches contient un exsudât très abondant qui comble leur lumière, partiellement ou totalement. Cet exsudât est constitué par de nombreux éléments polynucléaires et mononucléaires, des globales rouges, des dôbi-is granuleux, compris tous le plus souvent dans les mailles d'un réseau fibrineux. Le revêtement epithelial des bronches a par places disparu ; dans les parties où il est conservé, on voit entre les éléments cellulaires s'infiltrer des polynucléaires. Dans l'exsudat bronchique on observe par place des zones incolores, d'aspect réfringent, bordées d'une ligne jaun&tre et correspondant suivant toute vraisemblance aux acides gras injectés. Dans le parenchyme il existe de vastes territoires nécrosés: les contours alvéolaires y sont conservés ; les cavités alvéolaires sont presque toutes vides; la coloration d'ensemble à ce niveau est rosaire par Thématoxyline-éosine ; mais aucun noyau n'est coloré. Au pourtour de ces territoires de nécrose on voit une réaction intra-alvôolaire très manifeste; et de même au voisinage des bronches. Dans toute retendue de la coupe les lésions sont très accentuées, mais variables suivant les points : ici les alvéoles sont comblés par un amas de globules rouges sans presque aucun autre élément, les capillaires sont en même temps fortement dilatés; là le contenu intra-alvéolaire est constitué par de nombreux éléments polynucléaires mêlés à des cellules endothéliales desquamées. Les réseaux fibrineux sont très nets dans beaucoup d'alvéoles. Certains vaisseaux paraissent thromboses.

Résumé, — Lésions de broncho-pneumonie avec foyers de nécrose, et territoires d'infarctus capillaire. Présence vraisemblable d'acides gras dans un grand nombre de cellules.

Exp. II. — Lapin Gris noir, P = 2,'^»'330.

1*' juin 1905. Injection intra-trachéale, à 4 heures du soir, d'un mélange d'huile de coton et d'acides gras du lin, 0 ce. 8 de chaque ; l'animal après l'injection présente un peu de cornage .

2 juin. L'animal est triste, atteint de polypnée et de cornage ; paraît en imminence de mort, meurt à 6 heures du soir.

Autopsie, — Le poumon droit est entièrement splénisé. Un fragment va au fond de l'eau. On aperçoit par places de larges plaques de sphacéle brun-vert, affleurant la plèvre. Il existe un léger épanchement hémorragique dans les deux plèvres.

Examen histologique. Trois aspects : 1^ zones envahies par du sang, aspect uniforme, contours alvéolaires difficiles avoir, nappe de globules rouges tassés ; 2^ zones nécrosées sans aucun noyau se colorant, uniformément teintées par l'éosine ; 3® zones voisines des précé'dentes où on aperçoit de nombreux leucocytes polymorphes envahissant ces territoires. Au delà, mélange de lésions par irruption sanguine et afHux leucocytaire. Dans certains alvéoles outre les globules rouges et blancs, il existe de la fibrine.

Résumé : lésions d'infarctus, de splénisation et d'hépatisation mélangées.

Exp. III. Chienne, 18 kilogr. Genre lévrier.

12 avril 1905. Injection dans la trachée de 4 ce. d'acides gras du lin purs. Une 1/2 heure après l'injection, l'animal commence à tousser ; une heure après il tousse beaucoup et après 1 heure 1/2 expectore en quantité moyenne une mousse rosée, rappelant celle dont on observe le rejet chez l'homme dans les cas d'œdème aigu du poumon.

13 aoril. L'animal tousse beaucoup, sans expectoration. Il est d'ailleurs alerte et gai, mange bien et boit volontiers.

14 avril. P = 18^8,800. Tousse encore surtout à l'occasion des efforts (course). Par la percussion on note une zone de matité étendue du côté gauche du thorax. L'auscultation révèle l'existence d'un foyer de râles crépitants et sous-crépitants correspondant à cette zone de matité et perceptible sous l'épaule. L'état général reste excellent.

15 avril. Va bien. Tousse encore.

16 avril. Gai. Bon aspect. Ne parait plus tousser.

17 avril. P = 18 k. Même état. La matité persiste à la base gauche du thorax. L'auscultation très difficile ne permet plus d'entendre de râles; peutêtre existe-t-il un souffle lointain.

L'animal est sacrifié par piqûre du bulbe et saignée.

Autopsie. Le poumon droit est normal. Au niveau du poumon gauche le lobe supérieur est un peu œdématié et laisse écouler à la coupe un liquide assez abondant, peu spumeux. Le lobe inférieur présente un gros bloc imperméable de coloration rouge noirâtre, donnant très peu de suc au raclage, parsemé de petits grains jaunes correspondant aux bronches.

Ce bloc occupe les deux tiers du lobe inférieur; le reste du parenchyme de ce lobe est parsemé de petits noyaux de broncho-pneumonie ; au niveau du lobe moyen existe un noyau du volume d'une noisette et d'aspect identique au bloc du lobe inférieur.

Examen histologique. — Les coupes de fragments prélevés dans la lésion massive montrent des lésions très étendues et d'aspect très variable suivant les points de la préparation, hes bronches ont toutes leur lumière comblée par un véritable tissu, formé d^un feutrage de fibrine contenant dans ses mailles d'innombrables globules rouges, de très nombreux leucocytes à noyau polymorphe et des éléments mononucléaires très peu nombreux, les uns petits à gros noyau foncé, les autres â noyau clair. La paroi des bronches est en état de vive réaction. Les cellules épithélîales se montrent tassées sur plusieurs couches. Il existe des leucocytes polynucléaires se glissant entre les cellules jusqu'à la lumière delà bronche. En certains points les phénomènes sont beaucoup plus intenses et les cellules ont perdu leur aspect d'éléments cylindriques rangés en palissades ; elles ont une forme plus ou moins cubique, et en voie d'activé multiplication, se superposant sur 8 à 10 rangées en épaisseur.

Dans la sous-muqueuse, réaction, conjonctive nette avec prolifération des éléments fixes et présence de leucocytes â noyau polymorphe.

En certains points la muqueuse a disparu ainsi que les fibres musculaires, et les éléments normaux sont remplacés par une accumulation de globules rouges, de leucocytes polynucléaires et mononucléaires et de cellules envoie d'activé multiplication karyokinétique.

Les lésions du parenchyme se ramènent â trois aspects :

lo Des alvéoles groupés en nappes d*étendue plus ou moins considérables, aux parois aplaties dont les noyaux se colorent bien. Leur cavité est complètement comblée par des globules rouges avec quelques rares éléments blancs. Ces nappes couvrent une grande partie de la surface de certaines coupes ; 2° Quelques alvéoles aux contours pâles ne prenant pas la matière colorante basique, aux cavités vides, en état de nécrose et qui se groupent ordinairement en couronne autour d'un nodule formé d'alvéoles remplis de sang; 3® des alvéoles dont la paroi a activement proliféra et dont la lumière est comblée partiellement ou totalement par des cellules volumineuses â gros noyau. Parmi ces éléments il en est un certain nombre â protoplasma homogène, à noyaux multiples, c'est-à-dire de véritables cellules géantes.

Enfin il y a des régions où toute la structure normale du poumon a disparu et dans lesquelles on reconnaît la présence de globules rouges, de globules blancs surtout polynucléaires, distribués'sans ordre au milieu d'un magma de débris cellulaires granuleux prenant mal la matière colorante et ayant une teinte lilas.

Quant à la topographie de ces différentes lésions elle n'est guère évidente sur certaines coupes, en particulier pour les inondations sanguines qui sont distribuées sur de vastes territoires ; mais sur d'autres on voit nettement à un faible grossissement une disposition en forme de zones concentriques telles que le centre est occupé par des alvéoles en état de nécrose ; autour de cellesci existe une zone plus ou moins étendue sans structure nette et au delà une zone d'alvéoles aplatis et en état de réaction proliferative.

Il semble enfin bien net qu'en certains points les zones primitiTement nécrosées ont été envahies secondairement par des leucocytes et des globules rouges.

Il importe de noter, en raison de la brièveté de la survie, la rapidité des phénomènes de sclérose qui sont disséminés à peu près dans toute Tétendue des coupes. On voit au voisinage des zones où Tinfiltration est la plus dense apparaître des éléments fusiformes et même quelques fibres lamineuses. A ce niveau on observe des images de karyokinôse assez nombreuses et des figures de division, directe.

Exp. IV. Lapin noir, P = 2k«350.

2 juin 1905. A 5 heures, injection dans la trachée d^huile de coton 0 ce. 7 et d'acides gras du lin 3 gouttes.

8 /«in. Mort à 8 h. 1/2 du matin, P. = 2''«f020.

Autopsie^ — Les poumons sont volumineux et ne s'affaissent pas. Au niveau du poumon gauche on note l'existence de quelques placards de congestion, d'aspect noiràlre, transparaissant sous la plèvre.

Le poumon droit est entièrement congestionné ; certaines portions sont splénisées ; des fragments essayés, quelques-uns nagent entre deux eaux, d'autres vont au fond. A la partie postérieure et moyenne du poumon, existe un noyau affleurant la surface de la plèvre, de coloration jaune, du volume d'une lentille et qui, à la coupe, a absolument l'aspect caséeux. Dans le voisinage, un autre petit nodule, j^ros comme une tète d'épingle.

Examen histologique, — Une coupe, portant sur la région correspondant au noyau jaun&tre, montre les particularités suivantes: au centre de la coupe apparaît une zone visible à l'œil nu, de8 m.m. sur 3 de diamètre, formée par une bande sombre se colorant intensément, encerclant un espace plus clair an centre. Cet espace clair est constitué par des alvéoles vides ou contenant quelques rares éléments cellulaires. Parmi ces alvéoles, quelques-uns sont comblés par un réseau fibrineux très net.

A ce niveau, les parois alvéolaires ne présentent aucun noyau coloré. Autour de ces alvéoles la large bande foncée visible à l'œil nu est constituée par un amas serré de cellules rondes à noyau unique, picnotique, en voie de caséification, ne fixant plus avec élection les colorants basiques. Les contours alvéolaires sont indiqués par un epithelium qui, en nombre de points, a complètement changé d'aspect. Le cytoplasme y dessine une bande épaisse, indivise, parsemée de nombreux noyaux riches en chromatine. Cette hyperplasie aboutit insensiblement à la formation de cellules géantes.

En certains points, les éléments de structure normaux du poumon sont complètement détruits et remplacés par des cellules conjonctives dont les extrémités ôbrillaires s'anastomosent et forment ainsi une trame irrégûlière, dans les mailles de laquelle on observe des débris cellulaires. Sur nombre de points de la périphérie de cette zone, on trouve des groupes alvéolaires enva* his par les globules rouges.

Au résumé, ce noyau est constitué par une zone centrale nécrosée, entourée par une zone de réaction endothélîaJe et conjonctive avec phénomènes dégénératifs concomitants, celle-ci étant elle-même bordée par des territoires d'infarctus.

Dans le reste de la coupe, les lésions sont disséminées, et très variables suivant les points, mais beaucoup moins intenses, et se traduisant par de Talvéolite desquamative, une réaction marquée de la paroi des bronches avec présence, dans leur cavité, de nombreux éléments mono ou polynucléaires. On observe par places quelques éléments éosinophiles.

Exp. V. Lapin, 2^400. Gris noir.

h juin 1905. Injection dans la trachée d'un 1/2 ce. d'un mélange d'acides gras du lin 0,2 et d'huile de coton 1,8. 9 /am. P = 2k«,400.

Ibj'uin. P = 2»^»,485.

19 jîdn. P = 2^,350. L'état de Tanimal a toujours été excellent. La cicatrisation de la plaie du cou 8*est effectuée sans incidents par première intention. On n'a jamais remarqué de troubles respiratoires.

L'animal est sacrifié par piqûre du bulbe et saignée. A Tautopsie les poumons paraissent d'abord absolument sains, en tout cas non congestionnés. En regardant de prés, on aperçoit sur la coupe, disséminés, de petits placards blanchâtres faisant un peu saillie sur le reste du parenchyme et de consistance un peu plus dense. Ces placards ont un volume variable ; les plus petits comme une tète d'épingle et certains un peu translucides ; les plus gros mesurent en diamètre 8 àlO mm. environ. Les autres organes sont, d'apparence, absolument sains.

Examen histologique. — On trouve disséminés dans le parenchyme quelques nodules situés au voisinage d'une bronche ou d'un vaisseau ; ces nodules, relativement assez volumineux, sont constitués presque exclusivement par des cellules rondes, les unes à gros noyau clair, les autres, plus petites, à noyau très foncé. Il existe à la périphérie de ces nodules des éosinophiles. Au centre d'un de ces nodules, une dizaine d'éléments à noyau clair se sont réunis, leur protoplasma est fusionné et l'ensemble donne l'image d'une cellule géante (V. fig. 6 et 7, pi. ÏV). Il existe des fi;;ures de kayokinèse très nombreuses dans le tissu périfoUiculaire.

£n dehors de ces lésions nodulaires, les bronches sont à peu près complètement saines. Il existe par places des alvéoles contenant des globules rouges dans leur cavité. Dans quelques cavités alvéolaires, il y a des formations cellulaires rappelant celles qu'on observe chez le lapin de l'expérience VII, mais beaucoup moins développées. Certaines cellules sont creusées de vacuoles, et tassées les unes contre les autres comblent la cavité alvéolaire.

Dans l'ensemble, les lésions sont disséminées, sans grande tendance, à la distribution en zones. Les formations nodulaires constituent ici l'aspect le plus intéressant par leur constitution même, leur topographie para-bronchique ou para-vasculaire.

Exp. Vl. Chien braque jaune. lo^^^QOO.

12 Juin. Injection, à 10 h. 1/2, de 5 ce. environ d'un mélange d'acides gras du coton 3 gr. et huile de coton 3 gr.

4 heures soir, animal en bon état, ne tousse pas.

7 heures soir, tousse beaucoup.

14 juin, — Ne tousse plus. Excellent état, gai. Impossible de différencier un des côtés du thorax par la percussion et l'auscultation.

26 Juin. P. = 15*^^500. Excellent aspect. Sacrifié par piqûre du bulbe.

Autopsie. — La cavité pleurale droite contient une petite quantité (50 ce. environ) d'un liquide rosâtre, opaque, tirant un peu sur le chocolat. Sur la olèore pariétale, existe une cicatrice étoilée et scléreuse siégeant au niveau de la 4^ ou 5« côte, mais n'intéressant pas la côte. Dans les portions sous-jacentes, la plèvre est tapissée de petites saillies jaunes modérément saillantes, comme de petites granulations disposées en traînées le long des côtes et des espaces intercostaux. On remarque, au niveau des gros vaisseaux de la base du cœur, quelques saillies analogues, mais très discrètes.

Au niveau du poumon gauche, il n'existe point d'adhérences, le parenchyme est souple sans noyau induré. Pas de lésions congestives. Le poumon droit, libre d'adhérences, présente au niveau du lobe moyen un bloc du volume de deux noix à peu près, de coloration rouge noirâtre et dont la surface du côté de la plèvre est creusée d'une ulcération arrondie, à fond noirâtre, d'un diamètre de 8 à 10 m. m. et s^étendant peu en profondeur. A la coupe, ce bloc apparaît parsemé de granulations et de tubercules jaunes, d'un volume variable, jes plus gros dépassant un peu celui d'un pois ; quelques-unes de ces formations nodulaires jaunâtres sont ramollies au centre et ont l'aspect d'une petite caverne. Le reste du parenchyme est partout d'aspect absolument 8ain«

Examen hisiologique. — Poumon, Des coupes portant sur des fragments prélevés dans le bloc décrit ci-dessus révèlent des lésions très intenses, massives et de nature variable suivant les points examinés.

Il existe tout d*abord des régions assez étendues en état de nécrose^ limitées par des contours nets ; à ce niveau, aucun noyau ne se colore. Les cloisons in ter-alvéolaires ont un aspect flou et sont teintées en rose pâle par l'éosine. Les cavités des alvéoles sont libres. A la périphérie de cette zone, on voit se produire un afflux de polynucléaires nombreux dont les noyaux, se teintant vivement en violet par Thématoxyline, tranchent sur le fond en état de nécrose.

D'autres régions, contiguês à celles-ci, présentent un aspect différent. Ici la nécrose n'a plus frappé d*embléele parenchyme intact ; l'aspect est le suivant: des nappes de tissu compact ayant une étendue correspondant pour chacune à environ 15-20 alvéoles, sont séparées par deux ou trois alvéoles libres. Dans toute cette région, aucun noyau ne se colore ; les nappes en question, de coloration ros&tre et un peu violacée, ne montrent aucune structure, elles ont un aspect homogène, très vaguement granuleux. Par places, on aperçoit quelques débris nucléaires se colorant encore parThématoxyline. L'aspect rappelle évidemment la caséiBcation ; c'est comme elle une nécrose de coagulation, frappant un tissu aux éléments tassés les uns contrôles autres et qu'on peut deviner, par places, avoir été des globules blancs et rouges comblant les cavités alvéolaires. A la périphérie de ces territoires en état de nécrose de coagulation, la limite est nettement tranchée ; des cellules géantes assez nombreuses apparaissent parmi les premiers éléments à noyau coloré. Puis viennent de nombreuses couches d'alvéoles aplatis et tassés.

Tout différent est Taspect de régions plus éloignées. Ce qui frappe surtout ici, c'est la présence d'innombrables cellules géantes contenant de 10 à 20, 25 noyaux et plus. La forme de ces cellules est variable ; la plupart ont un aspect plus ou moins étoile avec des prolongements rameux. Beaucoup sont arrondies et oni leurs noyaux rangés en ligne régulière à la périphérie de l'élément. Au niveau des cloisons intér-alvéolaires, se manifeste un processus de sclérose très actif et des bandes de tissu conjonctif apparaissent ça et là, larges et plus ou moins anastomosées. Il existe, enfin, des zones montrant simplement un aspect d'infarctus.

Les bronches présentent dans leur cavité de nombreux globules, rouges et blancs. Leur paroi est le siège d'une réaction épithèliale modérée ; on n'y constate point d'infiltration leucocytaire. La sous- muqueuse est à peu pr^ indemne.

Plèvre, Une coupe intéressant une des granulations signalées ci-dessus révèle les particularités suivantes. Les lésions sont strictement limitées à la couche endothéliale ; celle-ci est sur toute l'étendue de la coupe, augmentée d'épaisseur par multiplication stratifiée de la couche cellulaire. Lagranulatlou, mesurant environ deux millimètres de diamètre et un millimètre d'épaisseur, apparaît à un faible grossissement formée par un tissu dense creusé de lacunes. Le tissu, à un plus fort grossissement, se montre constitué par de nombreux éléments, les uns plus ou moins cubiques, les autres d'aspect èpithélioïde, allongés, à noyau volumineux. Parmi ces éléments, il existe d'assez nombreuses cellules géantes, de dimensions variables et dont le nombre de noyaux va de cinq à six jusqu'à vingt. De ces cellules géantes, quel* ques-unesqui, en raison de leurs dimensions et du nombre de leurs noyaux, paraisent les éléments les plus anciens, réalisent d'une manière parfaite l'aspect de la cellule géante tuberculeuse. Elles sontsituèes à la périphérie de la granulation Il n'existe pas de groupements cellulaires typiques constitué» par une cellule géante entourée d'éléments épithélioldes groupés en cercles concentriques, mais toutes ces cellules semblent plutôt orientées par rapport aux lacunes, visibles déjà à un faible grossissement. Ces lacunes sont de forme îrréguliére ^|. un peu déchiquetée, elles ont un double contour incolore et réfringent, et

sont bordées par des cellules aplaties ou par des éléments à noyaux multiples, À aspect de plasmodes et à protoplasma se teintant fortement par Téosine.

Exp. VII. Lapin 2'^»,080, Gris.

5 Juin. Injection dans la trachée d*un 1/2 c. c. d'un mélange d*acides gras du lin, 0«,4 et d*huile de coton, 2 c. c.

9 Juin. 2'«,040. Pas de troubles respiratoires.

15 Juin. 2^^,255. Plaie du cou absolument cicatrisée.

30 Juin. 2^8, 480.

3 Juillet Sacrifié par piqûre du bulbe. Les poumons présentent des lésions symétriques siégeant à leur partie postérieure au voisinage et au-dessous du bile. £n dehors de ces points le parenchyme parait sain. Les lésions, plus accusées au niveau du poumon droit, se montrent sous forme de noyaux de couleur jaune, de consistance un peu plus élevée que le parenchyme ambiant. 11 n'existe pas autour d'hépatisation, ni même de congestion nette ; pas d'induration scléreuse non plus. La surface des foyers jaunes ne présente pas d'ulcération. La plus grosse des lésions mesure six à huit millimétrés dans ses différents diamètres. Les plus petites sont comme des tôtes d'épingle, groupées les unes à côté des autres et séparées par un parenchyme un peu gri«. Il n'existe ni adhérences pleurales, ni épanchement.

Examen histologique, — Les bronches ont pour la plupart leur lumière libre. Dans quelques-unes seulement on trouve quelques cellules et quelques boules de mucus. Les cellules de revêtement ont leur disposition normale. Au niveau de certaines bronches la cavité est en partie comblée par des végétations parties de la paroi, ayant refoulé l'épithélium vers la cavité et ayant en plusieurs points contracté des adhérences au niveau de la paroi opposée. La charpente de ces végétations est formée de tissu conjonctif jeune avec nombreux éléments cellulaires. A quelques bronches sont accolés des nodules formés de cellules rondes tassées les unes contre les autres et parcourus par quelques capillaires. Certaines cavités tapissées par un epithelium cubique et contenant des éléments cellulaires nombreux, polynucléaires et mononucléaires donnent nettement l'impression de cavités kystiques.

La plupart des vaisseaux ont leur calibre rétréci et leur paroi très épaissie par un processus d'endartérite oblitérante et de périartérite.

Les noyaux jaunes présentent microscopiquement les lésions parenchymateuses suivantes. Les parois alvéolaires sont épaissies inégalement ; en certains point elles sont fusionnées et constituent des bandes do sclérose adulte sur lesquelles tranchent des noyaux peu nombreux. (V. Bg. 3, pi. IV). En d'autres elles sont parsemées de noyaux et de cellules conjonctives et sont eu voie d'organisation.

Dans les alvéoles encerclés par les parois sclérosées on trouve des cellules de deux aspects principaux. Certaines, très volumineuses, à noyaux très nombreux, affectent le type de cellules géantes ou de plasmodes. D'autres, très nombreuses, sont des éléments constitués par un noyau périphérique, aplati et une bordure protoplasmique mince ; une très volumineuse vésicule constitue la partie la plus importante de l'élément. Ces cellules vésiculeuses, contiguês les unes aux autres comblent complètement, au nombre de 6 à 10, 12 éléments, la cavité de l'alvéole. (V. Hg, 2 pi. IV). Quelques cavités alvéolaires sont libres. On voit nettement tous les éléments de transition entre la cellule qui commence à se creuser d'une vésicule et la cellule dont la transformation vésiculeuse est complète et dont le noyau est refoulé excentriquement au sein d'une mince bande protoplasmique. Au niveau des foyers de sclérose commençante on trouve de très nombreux éosinophiles à noyau polymorphe.

En résumé^ sclérose péri-alvéolaire avec transformation del'endothélium en cellules géantes et en cellules hydropiques. Forte réaction proliferative du côté des parois bronchiques avec quasi-oblitération de certaines bronches

Journal db phtsiol. bt db pathol. obnbr., 1906. 82

et transformation probable en kystes de tronçons bronchiques. Nodules embryonnaires.

Exp. VIII. Chien braque tacheté. P = 15 kilo^.

9 Juin. Injection dans la trachée diacides gras du lin, 3 gr. et d'huile de coton, 3 gr.

10 Juin. La toux est incessante. Elle est accompagnée d'une expectoration de crachats très spumeux, un peu visqueux dont certains, teintés de sang, rap pellent les crachats rouilles.

Par la percussion on reconnaît Texistence d'une grosse matité à la ba» gauche; l'auscultation permet d'entendre dans la même région des ràlei crépitants, éclatant en bouffées superficielles, dans les moments où ranimalD< tousse pas. Après la toux éclatent des râles extrêmement fins et en pluie aux deux temps de la respiration.

14 Juin, L'aspect de Tanimai est excellent. Il ne tousse plus. La percussioi et l'auscultation sont négatives.

5 Juillet P = 14^. Excellent aspect. Résultat de l'examen des poumooi négatif.

13 Juillet, P = 15^ L'animal est sacrifié par piqûre du bulbe. On constau des lésions des deux poumons, localisées à la partie postéro-inférieure de cha cun. Ces lésions sont sensiblement plus étendues à gauche. Leur aspect es multiple. Il existe d'abord des noyaux de consistance assez dure, comme con jonctive, un peu surélevés par rapport au parenchyme ambiant. Leur volum< correspond à celui d'une noisette environ. Sur la coupe, leur coloration es inégale et sur un fond rougeâtre on voit apparaître des granulations jauneverdâtre saillantes, à aspect de tubercules. Indépendamment de ces noyaux, oi trouve à la coupe quelques petits infarctus noirâtres et deux noyau: isolés â siège sous-pleural et du volume d'un gros pois. A la coupe cetu dernière lésion montre un aspect en cocarde : le centre jaune- verdâtre es entouré par un cercle rouge noirâtre. Rien du côté des ganglions.

Au niveau de la surface pleurale on remarque seulement quelques petite saillies sous forme de granulations du côté de la plère viscérale.

Examen histologique, — Coupe d'un des noyaux sous-pleuraux du voium( d'un pois. Le parenchyme entourant ce noyau est peu altéré ; seules les cloî sons interalvéolaires sont par places un peu épaissies; les cavités des alvéole sont libres ; les bronches ont leur epithelium parfaitement conservé, leu: cavité est libre. Le noyau est formé par un tissu dense tranchant fortement \ un faible grossissement sur le parenchyme voisin. Les lésions sont caracté risées par de la sclérose et des modifications de Tépithélium des alvéoles. Ce derniers sont séparés les uns des autres par du tissu conjonctif nettemea lamineux, entremêlé de leucocytes et de grandes cellules polygonales à noyai difficilement colorable. L'épithélium des alvéoles présente les transformation déjà signalées à propos du lapin de l'exp. VII, mais ici la réaction de ce éléments atteint un degré beaucoup plus accusé. Elle aboutit en effet â la for mation de masses plasmodiales atteignant jusqu'à une largeur de 100 (& a moyenne, remarquables par leurs contours irréguliers et déchiquetés. Lea cytoplasme fortement acidophile, parsemé très irrégulièrement de noyau riches en chromatine présente des expansions qui le font communiquer àplei cytoplasme avec des formations voisines de même nature ; enfin on y constat l'existence d'aufractuosités à l'intérieur desquelles existent des hématies et de leucocytes. Ce sont là en somme de très grandes cellules géantes, des plaa modes : masses cytoplasmiques indivises, parsemées de noyaux (V. fig. 8j pi. rr

Exp. IX. Lapine grise. P=r3^ff,300.

23 juillet. Injection intra-trachéale d'un 1/3 c. c. d'un mélange d*huile i coton 2 c. c. et d'acides gras du lin, 0«<^,4.

2^ juillet Bon état P=3''fi^,190. — Légère désunion au niveau de la plai au cou.

13 octobre. P = S^^^jTOO. — La lapine entre temps a mis bas ; elle est actuellement encore en lactation.

Sacrifié par piqûre du bulbe. Rien de particulier du côté des différents organes. Des poumons, le gauche ne présente pas de lésions nettes; on relève seulement l'existence de deux ou trois pseudo-granulations peu saillantes . Au niveau du poumon droit, grosses lésions localisées le long du bord interne et postérieur du lobe inférieur. A ce niveau existe un noyau affleurant la plèvre, mesurant environ 15 millimétrés de haut sur 10 de large, formé d'un tissu gris&tre et translucide sur lequel tranchent quelques tubercules jaunes atteignant chacun le volume d'une grosse tète d'épingle. Entourant ce noyau on aperçoit quelques lésions ayant absolument Taspect de tubercules caséeux. Une coupe passant par la plus grosse lésion donne une tranche ayant l'aspect de l'infiltration gélatiniforme de Laênnec. Au contact de cette zone on trouve un petit kyste contenant un liquide crémeux, blanchâtre, plus fluide que le pus ordinaire du lapin.

Examen histologique. Celui-ci a porté sur plusieurs* fragments et montré des aspects très différents suivant les points étudiés.

Au niveau des bronches on observe des lésions d'aspect très spécial inégalement réparties ; certaines bronches, où la lésion est à son maximum se présentent ainsi: l'èpithélium est parfaitement conservé en palissade régulière, les fibres musculaires également, ainsi que les cartilages, et il existe seulement autour de ces éléments une réaction embryonnaire peu accentuée. Cependant la lumière de la bronche est à peu prés supprimée et sa cavité est réduite à une simple fente demi-circulaire. Cette réduction de la cavité bronchique est due à l'existence d'un énorme bourgeon refoulant l'èpithélium bronchique, bourgeon dont le point d'implantation est situé en dedans des fibres musculaires. Ce bourgeon est formé d'un tissu conjonctif adulte fibrillaire avec des noyaux aplatis. Un coup d'oeil jeté sur la figure 4 de la planche IV, rendra d'ailleurs mieux compte de cette disposition que toute description.

Sur d'autres bronches on voit le même processus en voie d'évolution avec un bourgeon de structure identique mais dont le volume est tel qu'il fait seulement saillie dans la cavité bronchique dont il rétrécit le calibre sans Tobstruer. Ces lésions représentent évidemment le stade ultime d'une réaction considérable, limitée antérieurement à la paroi bronchique dans sa couche immédiatement sous-épithéliale. Il est curieux à ce propos de remarquer l'intégrité des fibres musculaires, si voisines du point où l'irritation primitive a été maxima.

Au niveau des vaisseaux il existe un rétrécissement considérable de certaines artères dont la lumière est réduite à une fente irrégulière par un processus très marqué d'endartérite et de périartérite. (Fig. 1, pi. IV).

Dans certaines zones qui correspondent aux régions qui macroscopiquement avaient surtout un aspect de lésions tuberculeuses, on trouve des cavités dont les dimensions vont jusqu'à un diamètre de 2 à 3 m/m, entourées par un tissu plus ou moins scléreux. De ces cavités, quelques-unes sont vides ; la plupart contiennent des éléments cellulaires nombreux disséminés au milieu de débris d'aspect granuleux et d'un magma prenant mal la matière colorante. Les éléments cellulaires contenus dans ces cavités sont les uns des leucocytes polymorphes plus ou moins dégénérés, les autres des éléments volumineux à noyau périphérique, enfin des cellules d'origine manifestement épithéliale provenant de la paroi. Cette dernière souvent extrêmement épaisse est formée de cellules épithèliales irrégulières, disposées le plus souvent sur plusieurs rangées. Sous cette couche épithéliale on trouve un tissu fibrillaire, aux mailles allongées parsemées de noyaux conjonctifs aplatis, et contenant de nombreux éléments à noyau unique et rond et quelques cellules à noyau polymorphe. Dans les couches profondes de la paroi on note par places l'existence de quelques fibres musculaires groupées. Il B*s,git donc ici de eaoités kystiqueSy reconnaissant une origine bronchique, certaine au moins pour quelques-unes d'entre elles, et dont la paroi est en voie de transformation scléreuse

Indépendamment de ces cavités limitées par une paroi de nouvelle form&lton, il existe des bronches simplement dilatées, ayant conservé leur anneau musculaire à peu prés complet et dont la lumière est en partie comblée par des cellules et des débris analogues à ceux signalés plus haut.

En d'autres points on observe de larges zones de sclérose adulte remplaçant complètement le tissu normal du poumon; les alvéolesont disparu ainsi que leur revêtement et le tissu nouveau, formé par des trousseaux fibreux moyennement serrés donne par la méthode de Van-Gieson des figures élégantes où se dessinent une série de fibres roses onduleuses tranchant sur le fond jaunâtre de la préparation.

Enfin en d'autres régions on retrouve des lésions d'aspect analogue à celles déjà décrites chez les animaux des expér. VII et VIII: les cloisons interalvéolaires sont épaissies, les cavités diminuées, mais il n*existe plus ici que de rares éléments à noyaux multiples et à aspect de plasmodes. Ces dernières lésions représentent évidemment un stade moins avancé des bandes de sclérose que nous venons de décrire.

En résuméy dans cette dernière expérience, les lésions se traduisent avant toutpar des réactions de sclérose à sièges multiples : interalvéolaire, bronchique, vasculaire. D'une manière concomitante se développent et évoluent des productions kystiques, dont l'apparition est peut-être subordonnée à la production des rétrécissements bronchiques que nous avons signalés.

Nous avons exposé d'abord le résultat détaillé de chacune de nos expériences indépendamment de toute interprétation. Voyons maintenant à en discuter et à en sérier les résultats.

La durée de survie dans les neuf expériences rapportées ci-dessus a varié de 24 heures à 80 jours avec les étapes intermédiaires suivantes : 5 jours, 14 jours (deux expériences), 28 jours, 35 jours. Trois animaux sont morts spontanément, deux en 24 heures, Tun en 5 jours. Tous les autres ont été sacrifiés.

Au point de vue clinique, si Ton peut ainsi parler, nous avons constaté d'une part, chez tous les animaux n'ayant pas succombé à une introduction trop massive d'acides gras, l'absence à peu près complète de tout symptôme d'ordre général ; conservation du poids, de l'appétit, de l'apparence de la santé ont été la règle et cela malgré des lésions pulmonaires souvent très étendues. 11 y a là un fait intéressant qui montre la dissociation entre les lésions locales et les phénomènes de réaction générale, produits de l'intoxication, cette dernière n'existant pas ici. Nous n'avons eu atlaire ici qu'à des poisons locaux.

Par contre, les signes tirés de l'étude clinique de l'organe atteint, impossibles à observer chez le lapin ont été très nets chez le chien. Nous avons noté chez ces derniers de la toux, de l'expectoration séro-sanglante, et Texamea direct nous a permis de constater par la percussion et l'auscultation des symptômes, tels que souffles et râles crépitants, en rapport avec l'étendue el l'intensité des lésions.

D'une manière générale, l'étendue des lésions, l'intensité et la gravité des symptômes ont été en rapport avec les doses employées, et après introductioa dans la trachée d'acides gras en quantité suffisamment élevée, la mort est survenue rapidement par le mécanisme de la congestion œdémateuse diffase et de riiépalisation*.

' Si nous nous sommes Hmilés dans le présent mémoire à une étude exclusive des lésiool pruduiles au niveau du poumon par les acides gras, nous avons cependant réuni d'autre piH un grand nombre de fails nous montrant qu'il s'agit là de propriétés très générales el paraissant indépendantes, au moins dans une large mesure, de la nature des tissas.

Daos les observations les plus intéressantes avec survie prolongée, lalésion a été souvent localisée à un poumon et à une région limitée d'un poumon; en raison des dispositions anatomiques, le liquide injecté est passé tout entier par une des bronches de bifurcation et il est venu produire tout son effet en un point circonscrit.

Si nous envisageons la filiation des accidents, ils nous semblent ainsi sériés : les portions le plus immédiatement en contact avec l'agent toxique indroduit sont frappées de sphacèle et elles apparaissent au microscope comme sans afSnité pour les matières colorantes, mais ayant conservé leur charpente anatomique normale. A côté de cet aspect, il en est un autre qui correspond également à un processus de nécrose, mais moins immédiat, c'est celui que présentent de vastes zones d'aspect caséeux où le parenchyme, rendu homogène par un exsudât flbrineux intra-alvéolaire et un afflux considérable d'éléments cellulaires d'origine sanguine rouges et blancs, a été frappé secondairement d'une nécrose de coagulation massive, supprimant toute affinité colorante élective des noyaux, faisant disparaître les limites cellulaires et fondant tout le tissu en une masse gi*enue et sans structure nettement apparente.

Au delà de ces régions nécrosées etcaséeuses, àcôté de nappes d'infarctus, se dessine un champ de réaction fibrinoleucocytaire dans lequel d'innombrables polynucléaires encombrent les mailles alvéolaires. A la périphérie de cette zone, le revêtement alvéolaire entre en réaction et exprime son activité par l'apparition de très nombreuses cellules géantes à protoplasma relativement peu abondant et à noyaux multiples. En même temps les cloisons interalvéolaires sont le siège d'une vive réaction conjonctive et des travées scléreuses apparaissent. Tons ces phénomènes se produisent rapidementct même les processus scléreux sont précoces ; nous avons noté en effet, après cinq jours seulement de survie, l'apparition de tissu de sclérose jeune déjà des plus évident. C'est là un fait qui montre que l'activité du tissu conjonctif peut se manifester avec une rapidité qu'on est loin de lui accorder d'ordinaire.

Ces lésions étendues paraissent donc reliées les unes aux autres par une jux ta positionconcentrique,évidentesurcertaines préparations, beaucoupmoins nettes sur d'autres où suivant la durée de survie, suivant le point touché par la coupe, l'image fournie correspond à un des aspects que nous venons de schématiser : sphacèle, nécrose de coagulation massive, alvéolite fibrino-leucocytaire et épithéliale, infarctus pulmonaire, réaction proliferative inter et intra-alvéolaire avec nombreuses cellules géantes.

Parmi les facteurs qui conditionnent ces divers aspects lésionnels, la quantité de substance toxique introduite et la durée de survie constituent évidemment les deux principaux et nous n'avons pas noté de différences très manifestes entre les lésions obtenues chez le lapin et celles que nous avons constatées chez le chien.

Après une survie longue de 80 jours, les lésions sont avant tout du type de sclérose, à siège multiple : parenchymateux, vasculaire, bronchique. Dans l'expérience IX, nous voyons coïncider la dilatation de certains tronçons bronchiques, le rétrécissement et l'aplatissement d'autres tronçons. Peut-être y a-t-il là une relation de cause à effet et une reproduction expérimentale delà dilatation bronchique par un mécanisme déjà invoqué depuis longtemps, celui du rétrécissement d'aval commandant la dilatation d'amont. C'est un

49t JEAN CAMUS ET PH. PAGNIEZ

point que nous devons laisser indécis, mais nous ferons remarquer que la lésion bronchique si remarquable qui est fig^urée dans la planche annexée à ce mémoire existe déjà, à un degré marqué dans l'expérience Vli, où certaines préparations donnent aussi l'aspect de cavités kystiques voisines de bronches rétrécies.

Indépendamment de toutes ces lésions reliées manifestement les unes aux autres, soit par leur contemporanéité, leur juxtaposition concentrique, soit parleur succession évolutive, on peut voir après introduction de très petites quantités d'acides gras dans l'arbre respiratoire se développer au voisinage des ramifications bronchiques de petites lésions nodulaires, dont certaines, centrées par une cellule géante et constituées par une accumulation d'éléments ronds à gros noyau, imposent immédiatement à l'esprit la comparaison avec le follicule tuberculeux.

Tous ces faits nous montrent donc que les acides gras sont capables, introduits par la voie trachéale, de produire :

i® des lésions destructives ;

2^ des lésions hémorragiques ;

3" des lésions de réaction cellulaire de trois ordres : A, leucocytaires caractérisées surtout par l'afflux de polynucléaires, l'apparition d'éosinophiles, la production de lésions folliculaires avec, parfois, cellules géantes ; B, Epithéliales, donnant lieu à une multiplication très active des cellules de revêtement alvéolaire, à leur transformation en éléments vésiculeux, en volumineux plasmodes ; G, Conjonctives^ se traduisant par une réactioi: scléreuse manifeste, dont on peut suivre tous les stades.

Far leurs caractères complexes, ces lésions sont d'interprétation générale délicate. Cependant, par leur analogie avec certaines lésions histo-palhologiques, elles nous suggèrent les réflexions suivantes. Un certain nombre de ces lésions : nappes caséeuses, follicules embryonnaires avec ou sans cellules géantes, sclérose péri-alvéolaire, réaction coi^'onctive sont évidemment, au point de vue morphologique, analogues à nombre d'aspects de: lésions tuberculeuses.

Ces lésions, déterminées par les acides gras, sont-elles en réalité super posables à des lésions de tuberculose? Certainement non. Présentent-elles des analogies importantes avec ces dernières ? Le fait ne nous semble pas contestable.

La non identité entre les deux groupes de lésions n'a pas lieu de nou: surprendre ; nous avons opéré non avec des acides gras tuberculeux, mai: avec des substances de la même série. De plus, nous ne prétendons pas que les acides gras soient les seules substances irritantes fabriquées par U bacille tuberculeux. Mais même en n'envisageant que les acides gras, et ei leur attribuant le rôle très important qui, pensons-nous, plus ou moins leui appartient, il apparaît de prime abord évident qu'une substance chimique introduite dans les tissus ne saurait avoir une action en tout semblable à celU de la même substance sécrétée lentement et à petite dose par un organisme animé comme le bacille tuberculeux, qui s'adapte, qui lutte avec des moyeni difTérents suivant les circonstances. D'ailleurs, les lésions que détermine le bacille ne sont pas elles-mêmes toujours identiques; en particulier, la c^séiflcation de la tuberculose n'apparaît pas dans tous les cas avec ses caractères

LESIONS PULMOI^ÎAIRES PAR LES ACIDES GRAS 493

claBsiques et Straus parle « de foyers de nécrose de coagulation, sans passage à la caséiflcation proprement dite » dont nous nous sommes rappelé la description en regardant cerlaines de nos coupes.

La ressemblance des lésions que nous avons produites est bien plus frappante avec celles qu'on obtient par les poisons locaux d'Auclair, surtout avec celles de la chloroformo-bacilline. Le fait cadre bien avec les données expérimentales: en efTet ces substances, de même que nos acides gras, sont introduites dans l'organisme de façon massive et brutale et la grande analogie des lésions obtenues, s'explique non-seulement par la présence d'acides gras dans les deux cas, mais encore par un même procédé de mise en contact avec les tissus.

Toutes ces recherches auraient un intérêt moindre si la présence d'acides gras, démontrée par plusieurs auteurs dans les bacilles vivant en culture démontrée par nous-même dans les poisons locaux d'Auclair (50 0/0 d'acides l^ras libres dans un échantillon d'éthéro-bacilline, 21 0/0 dans un autre ; 20 0/0 dans un échantillon de chloroformo-bacilline). n'était pas prouvée également dans les bacilles vivant dans l'organisme. Or nous avons montré, d'autre part, dans des recherches sur la colorabilité du bacille tuberculeux, que sa résistance à la décoloration par les méthodes de Zielh et d'Ehrlich appartenait aussi aux acides gras d'origine végétale employés dans nos expériences et que ces propriétés tinctoriales spéciales étaient même la preuve de la présence d'acides gras autour du bacille. Par conséquent, les acides gras existent dans les bacilles, au niveau des lésions, puisque leur coloration se produit dans les crachats et dans les coupes.

Toutes ces notions, amènent à penser que la tuberculose est un processus irritatif dans lequel l'action des acides gras entre au moins pour une bonne part ; nous devons remarquer en outre que des acides gras d'origine non microbienne produisent des lésions analogues, dans une certaine mesure, à celles de à la tuberculose, preuve nouvelle que la spécificité de l'irritation tuberculeuse n'est pas aussi absolue qu'elle était apparue tout d'abord.

Nous adressons nos meilleurs remerciements à M. A. Petit pour l'amicale obligeance avec laquelle il a bien voulu, pour l'étude microscopique de nos préoarations, mettre à notre disposition sa compétence indiscutée.

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