H. ROGER
Pour mettre encore mieux on évidence l'action exeito-motricedela peptone et du glycose, on peut faire l'expérience suivante. On attire une anse d'iotestin grêle qu'on sépare en trois segments. Chaque segment est muni à son extrémité postérieure d'une canule. Dans l'un d'eux est introduite une solution de peptone, dans le second une solution de glycose, dans le troisième, qui servira de témoin, de l'eau salée. Chaque tube est réuni à un tambour inscripteur, de sorte que Ton enregistre simultanément les mouvements des trois anses. Les résultats sont très nets. L'anse remplie d'eau salée reste immobile ou presque immobile; les deux autres sont animées de mouvements rythmiques, amples et réguliers. C'est le glycose qui semble agir tout d'abord le plus énergique ment. Puis les mouvements provoqués par la peptone deviennent plus intenses (%. i) ; ils se prolongent d'ailleurs plus longtemps. Pour éviter toute erreur dépendant de la sensibilité différente des tambours employés, il est bon de faire servir alternativement chacun
Fig. 2. — Mouvements simultanés de trois anses intestinales isolées et contenant du glycose (1), de la peptone (II), de l'eau salée (III).
d'eux aux trois segments et de réserver le tambour le plus sensible au segment rempli d'eau salée.
En considérant les tracés obtenus on constate que les mouvements des diverses parties ne sont nullement synchrones. Chaque anse se contracte pour son propre compte et jouit ainsi d'une certaine indépendance fonctionnelle.
Il n'est pas nécessaire que la solution de peptone soit mise en contact avec la muqueuse intestinale pour que les mouvements se produisent. Le résultat est le même quand la peptone est introduite par une artère intestinale. Pour ne pas troubler la circulation sanguine dans la partie sur laquelle on opère, on choisira une artère irriguant le territoire contigu, et on poussera l'injection à contre-courant. On constate que l'expérience est réussie, en voyant quelques gouttes de la solution de peptone passer dans les artères de l'anse isolée. Aussitôt les parois intestinales se contractent avec force; elles reviennent sur elles-mêmes, parfois avec une telle énergie que la circulation semble interrompue; l'intestin est blanc, exsangue, resserré comme si on l'avait enfermé dans un lien. Puis un relâchement se produit et des contractions rythmiques apparaissent, rapides et énergiques. Pendant une demi-heure et plus, le style enregistreur décrit à la minute 14 à 15 oscillations d'une grande ampleur. Le tracé que nous avons fait reproduire (âff. 8) nous semble à ce point de vue fort démonstratif. Deux canules avaient été introduites dans
MOUVEMENTS DE L'INTESTIN
raa»e intestinale, de façon à étudier les mouvements péristaltiques et antipéristaltiques. Les deux premières lignes ont été recueillies alors que Tanse renfermait simplement de Teau salée. On peut constater l'immobilité presque absolue du liquide. Les deux dernières lignes out été prises aussitôt après Tinjection intra-artérielle de peptone. Les mouvements péristaltiques sont extrêmement marqués; mais Tonde est si bien dirigée qu'il ne se produit pas de reflux; il n'y a pas de mouvement rétrograde. Ainsi, même quand le contenu de l'intestin est complètement liquide, la progression se fait de l'estomac vers le cœcum. Je ferai remarquer seulement que, pour obtenir ce résultat, il est indispensable que les canules ne soient pas trop éloignées l'une de l'autre ;
Pig. 3. — Mouvements provoqués par une injection inlra-artérielle de peptone. Tracés pris avant (I) et après (II) l'injecUon. Deux canules ont été introduites dans Tanse intestinale et permettent d'enregistrer les mouvements antipéristaltiqoes (A) et péristaltiques (P).
pour peu que la distance qui les sépare soit considérable, la contraction, en débutant au milieu du segment isolé, fait refluer le liquide et ce reflux conduirait à admettre, bien à tort, l'existence de mouvements antipéristaltiques.
Ces recherches préliminaires de physiologie normale m'ont conduit à l'étude de certains états pathologiques. Il m'a semblé intéressant de commencer par déterminer ce qui se passe dans les cas d'occlusion intestinale. L'expérimentation est fort simple. Il suffit de pratiquer, chez le lapin, sur le côté gauche de l'abdomen une incision de 2 centimètres, d'attirer une anse et de la fermer complètement avec un fil. La survie ne dépasse guère 24 ou 36 heures. C'est donc le lendemain qu'il faut faire les observations. L'animal étant bien fixé, on va à la recherche de l'anse obstruée. On la retrouve facilement; distendue par une quantité énorme de liquide, elle forme dans l'abdomen un volumineux cylindre. Au-dessous de la ligature, l'intestin est réduit à rétat de simple ruban aplati. Le liquide qui s'est accumulé, est peu épais, de coloration verdâtre; sa quantité est de 140 à 150 c. c, chiffre colossal quand on songe qu'à l'état normal l'intestin grêle d'un lapin bien nourri ne renferme que de 25 à 40 c. c. de matières. Aussi le liquide distend-il toute la partie supérieure de l'intestin et peut même, parfois, refluer jusque dans l'estemac.
^ H. HOGER
Après avoir repoussé le liquide qui s*est accumulé derrière la ligature et
avoir placé une pince à pression continue pour en empêcher le retour, on fait une incision et on introduit comme d'habitude la canule de verre. Quaad
MOUVEMENTS DE L'INTESTIN 59
OD enlève la pince, le liquide revient avec force et s'élèvô danfe notre petit manomètre sur une hauteur de 4 ou 5 centimètres. Ce liquide est agité de deux ordres d'oscillations : les unes, peu étendues, sont synchrones aux mouvements respiratoires ; les autres, amples et énergiques, sont dues à deis contractions de Hntestin, luttant contre 1 obstacle. Les grands mouvements se reproduisent toutes les 3 ou 4 minutes; le liquide monte rapidement et s'élève à une hauteur de 14 à 15 et parfois 16 centimètres, puis après quelques oscillations, il revient peu à peu, au bout d'une minute ou une minute et demie, à sa hauteur initiale.
Ainsi, rien qu'en examinant la canule de verre, qui représente un petit manomètre à air libre, on peut faire d'intéressantes constatations que la méthode graphique permet de préciser. Si Ton inscrit simultanément les mouvements respiratoires et les oscillations du liquide intestinal, on constate leur parfait synchronisme. L'anse distendue de liquide forme dans l'abdomen une masse volumineuse que comprime chaque contraction du diaphragme.
%sJsM^^^^^^
Pig. 5. — Mouvements de TintesUn dans Tocclusion expérimentale. En I, mouvements transmis par la canule intestinale. En II, mouvements respiratoires transmis par le pneumographe.
Les grandes oscillations du liquide intestinal se traduisent par une courbe fort élevée dont l'aspect est assez constant (%. 4 et 5). Après une légère ascension initiale se produit une élévation rapide, très marquée, suivie d'une série d'oscillations descendantes et ascendantes ; les sommets secondaires sont toujours moins élevés que le sommet primitif. L'ascension est parfois tellement rapide qu'elle se fait sous l'aspect d'une ligne presque verticale (âff, 4), d'autres fois elle est plus lente, par conséquent plus oblique, et sillonnée d'oscillations secondaires synchrones aux mouvements respiratoires {ffff. 5).
Faut-il attribuer ces grands mouvements, si particuliers, à la distension du tube digestif ou à la présence, dans sa cavité, d'un liquide excito*moteur? Cette dernière hypothèse contient une grande part de vérité. Si on reprend le liquide qui se trouve dans l'anse obstruée, si on l'introduit dans l'anse intestinale d'un lapin neuf, on provoque des contractions énergiques. On rend la démonstration encore plus évidente en opérant simultanément sur deux anses, dont l'une, remplie d'eau salée, servira de témoin et contrastera