ROGER ET JOSUÉ
feste et le plus important consiste en un abaissement très marqué et très durable de la pression artérielle.
Dans une de nos expériences, une injection de 10 c. c. d'extrait intestinal fait passer la pression de lâO à 30 millimètres de mercure. L'injection de 5 c. c. détermine en moyenne une^dépression de 50 millimètres. Une dose de 2 c. c. agit d'une façon inconstante.
FiG. 1. — Injection de 5 c. c. d'extrait. (La durée de l'injection est figurée par le gros trait noir). Abaissement progressif de la pression, qui tombe de 70 à 90 millimètres. Augmentation passagère des contractions cardiaques. Accélération momentanée de la respiration. Chronographs : 120,
FiG. 2. — Môme expérience, après un intervalle de 10 minutes. Elévation progressive de la pression. Série de fortes systoles.
L'injection dure de 20 à 30 secondes^ et c'est généralement de 20 à 30 secondes plus tard, que la courbe s'abaisse. La descente s'accomplit en un temps variable; elle se fait, tantôt rapidement (fig. 3), tantôt suivant une ligne allongée, progressivement décroissante (fig. 1). Le point le plus bas est généralement atteint en 2 minutes, parfois en une minute ou, au contraire, en cinq. Une fois que la courbe est descendue à son niveau inférieur^ elle s'y maintient plus ou moins longtemps; parfois elle présente des oscillatioas en forme de vagues, ou bien elle dessine une ligne à peu près horizontale pour ensuite remonter obliquement.
SUBSTANCES HYPOTENSIVES DES PABOIS INTESTINALES 645
Pendant la phase descendante, les contractions cardiaques ne âont guère modifiées : quelques-unes cependant sont parfois un peu plus énergiques et plus amples qu'à l'état normal. Mais le changement est peu marqué et peu durable (fig. i). On n'observe pas non plus de modification bien notable pendant la période des basses pressions ni au moment où le tracé se relève. Pendant que la courbe remonte, on voit assez souvent des périodes caractérisées par des systoles lentes et énergiques (fig. 2 et 4). Le changement de rythme se fait tout d'un coup, brusquement et dure un temps assez variable. C'est, évidemment, un moyen de lutter contre la dépression sanguine.
Fij. 3. — iDjectiondo S c. c. d*extrait. Abaissement rapide de la pression, qui tombe de 106 à 27 millimètres.
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FiG. 4. — Même expérience, après un intervalle de 6 minutes. Contractions cardiaques énergiques et ascension progressive de la pression.
Les modifications respiratoires sont peu marquées, tout au plus voit-on, pendant quelques minutes, les mouvements devenir un peu plus rapides et plus superficiels (fig. 1). Mais ces variations sont légères et passagères (fig. 2), tandis que les troubles circulatoires sont profonds et durables. Au bout de 15 à 20 minutes, la pression n'est pas encore revenue à son niveau primitif.
. Les phénomènes sont identiques, quelle que soit l'origine de l'extrait employé. Qu'on utilise l'intestin du lapin, du chien ou du bélier, peu importe : les tracés subissent les mêmes modifications et ces modifications sont bien sous la dépendance d'une substance hypotensive; elles ne relèvent pas d'un obstacle circulatoire ; en faisant l'autopsie des animaux on ne décèle ni coagulations intra-vasculaires ni embolies.
. Les diverses parties de l'intestin grêle fournissent des extraits également actifs. Nous avons opéré comparativement avec des macérations du duodénum, de riléon ou avec des mélanges de ces deux segments intestinaux, sans débéler de difi'érences notables.
" Ces pi^emiers résultats soulèventun important problème. Les extraits intes-
tinaux,:ciommLe l!ont établi les recherches de Drucbert et Dehon, déterminent
jodr:«al de phtsiol. et de pathol. oénér., 1906. 42
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des coagulations intra^veineuses, spécialement dans le domaine de la veine porte. Les modifications circulatoires qui résultent de cette lésion ne pourraient-elles pas expliquer les variations de la tension sanguine? Nous ne le croyons pas. Les thromboses des veines mésentériques ne se produisent guère qu'au moment de la mort : l'abaissement de la pression apparaît dès le début de l'injection. Si l'on sacrifie un animal dont la pression s'est abaissée et se maintient à un niveau peu élevé sous l'influence d'une dose non mortelle, on pourra constater la parfaite perméabilité du système porte.
Malgré cette constatation qui nous semble démonstrative, il nous a semblé intéressant de rechercher ce qui se produirait chez un lapin dont le sang aurait été rendu incoagulable par ^injection préalable d^vn extrait de tètes de sangsue.
Les résultats nous semblent assez curieux pour être brièvement rapportés.
Un lapin reçoit dans les veines l'extrait de deux tètes de sangsue. Cette injection préalable ne change pas la pression. Cinq minutes plus tard, on injecte 5 c. c. d'extrait intestinal. La pression tombe rapidement de 125 à 110 millimètres et remonte très vite, en 35 secondes, au chiffre initial. Le même extrait, injecté à la même dose, dans les veines d'un lapin neuf, fait tomber la pression de 90 à 56 millimètres; puis la courbe se relève lentement; au bout de 12 minutes, elle n'est encore qu'à 70.
Dans une deuxième expérience, nous injectons à un lapin l'extrait de deux tètes de sangsue. Quinze minutes plus tard, nous introduisons par la voie intra-veineuse 5 c. c. d'extrait intestinal. La pression tombe de 108 à 40 millimètres, puis remonte presque aussitôt et se maintient autour de 80.
A un autre lapin, qui avait reçu l'extrait de quatre tètes de sangsue, nous injectons encore au bout de 10 minutes S c. c. de notre extrait. La pression s'abaisse de 110 à 60 millimètres pour remonter peu à peu et revient lentement à 100 millimètres.
Chez un lapin neuf, le même extrait amène un abaissement de 110 à 60 millimètres et empêche la pression de remonter.
On voit par ces deux séries de recherches qu'une injection préalable d'extrait de tètes de sangsue n'empêche pas l'abaissement de la pression sanguine; les dépressions sont aussi marquées que chez l'animal neuf, mais elles sont moins durables. La courbe revient plus vite à son point de départ ou, du moins, manifeste une tendance évidente à se relever. Nous n'en conclurons pas que le poison intestinal agit en coagulant le sang. Il nous semble plus probable que l'extrait de sangsue exerce sur l'économie une action complexe, et, tout en modifiant le sang, influence les centres régulateurs de la pression.
Après avoir établi l'action d'une dose unique, il était intéressant de rechercher l'influence des injections successives.
Prenons un lapin qui a reçu de 5 à 10 c. c. d'extrait intestinal. Quand la pression commence à remonter, pratiquons une nouvelle injection intra-veineuse. Nous ne provoquerons aucun trouble nouveau; la courbe continuera son ascension, même si l'on a introd uit des quantités considérables, par exemple 10 c. c. d'extrait. La première injection empêche donc la deuxième d'agir.
Il n'est même pas nécessaire que la premiere injection ait abaissé la pression pour que le phénomène apparaisse. Des quantités, trop faibles pour modifier la courbe, sont cependant capables d'empêcher l'action oltérieure
de fortes doses/ Un lapin reçoit à des intervalles de S à 7 minutes deux injections de 2 c. c. chacune^ puis une de 5 ce, une de 6 c. c, et enfin une de 10 c. c. 11 ne survient aucun changement de la pression artérielle et cependant un témoin a présenté une chute de 36 millimètres après une injection de S c. c. du même extrait. Un autre animal reçoit en deux fois 4 c. c. ; 5 minutes plus tard on injecte 10 c. c, puis 5 c. c. sans que la pression se modifie, alors que le témoin qui reçoit 5 c. c. seulement de la même solution subit une dépression de 56 millimètres. Les injections répétées de petites quantités d'extrait d^ntestin amènent donc très rapidement^ en quelques minutes, des modifications de l'organisme telles que l'injection dé fortes doses, qui sont extrêmement actives et même mortelles quand on les introduit sans préparation, n'entraîne aucun trouble apparent et ne détermine plus aucune modification de la pression artérielle^
Le tableau ci-dessous résume les principaux résultats que nous avons obtenus :
DOSE VNIQUB
Quantité injectée.
ctnt. cvihn, iO
It)
Variations de la pression.
millim. Hg.
DOSBS RBPÉTIÈBS'
Quantité injectée.
cent, cubes.
Variations de la pression.
millim. . Hg.
Les substances actives que renferment les extraits organiques sont extrêmement délicates et les manipulations utilisées pour leur préparation ne réussissent le plus souvent qu'à les détruire. C'est ce qui est arrivé dans nos expériences. Mais les rechercbes que nous avons faites nous ont conduit à quelques résultats intéressants.
Suivant la méthode habituelle^ nous avons commencé par étudier l'influence de l'alcool. Comme il était facile de le prévoir, il se forme dans nos extraits un précipité volumineux. Nous versons de '3 à 5 volumes d'alcool à 95*> nous attendons quelques minutes, puis nous jetons sur un filtre. La partie insoluble, débarrassée d'alcool par une evaporation rapide, est reprise dans de l'eau salée. Une portion seulement se redissout : l'alcool a coagulé d'une façon définitive la plus grande partie des matières albuminoïdes. Aussi les effets produits par le liquide ainsi préparé sont-ils peu marqués. Une seule fois, nous avons obtenu une chute notable de la pression artérielle : de 415 oiiUimètres» le manomètre tomba à 70; il subit un abaissement de 45 mil-