LAMY £T MAYER
12. Le pouls capillaire du rein. - Mais auparavant, il nous faut insister sur un phénomène particulier que présente le rein. Si on recueille simultanément, au moyen des appareils de P. Franck et Hallion, les courbes pléthysmographiques des différents organes, on voit que la rate, par exemple, présente souvent des variations de volume plus fortes que celles du rein. Mais si Ton porte son attention, non pas sur les variations du volume général, mais sur les battements, sur le pouls capillaire, on peut se convaincre que le rein est l'organe de l'économie dont les battements sont les plus marqués. Aucun n'a un pouls capillaire aussi ample. La courbe du rein est comparable à celle que donne le sphygmomètre de Chauveau branché sur le manomètre. En fait, c'est une vraie courbe sphygmométrique».
Cette amplitude du pouls rénal est variable. Parfois, elle est grande, sans que la diurèse soit abondante. Si alors on provoque une hypersécrétion, l'amplitude ne change pas.
Mais l'examen de nos tracés nous a montré qu'il n'y a jamais simultanéité d'une faible amplitude du pouls et d'une polyurie. Le plus souvent, quand le rein bat peu et qu'on provoque une polyurie, l'amplitude des battements s'accroît. Cette amplitude du pouls capillaire appartient en propre au rein.
13. Rôle du glomérule. - On peut se demander si ces battements caractéristiques ne sont pas le fait de la structure spéciale au rein. Les gloméniles forment un dispositif capillaire qui n'existe dans aucune autre glande. Formés de capillaires enroulés, pelotonnés, serrés, collés les uns contre les autres, ils présentent une surface extérieure sphérique, c'est-à-dire, en somme, un minimum de surface. Cette proposition les rend propres à amplifier considérablement le pouls capillaire. Nécessairement, les glomérules sont des organes pulsatiles dont les battements sont très considérables. En tout état de cause, ils ont cette fonction, qu'on ne saurait méconnaître.
Eh bien ! nous nous demandons si cette fonction n'est point leur rôle principal.
Les études d'anatomie comparée du rein des vertébrés nous ont, dans ces dernières années, apporté deux faits importants. Huot a montré que certains poissons lophobranches (les Hippocampes, les Syngnathes) ^ ont des tubes urinifères semblables à ceux des mammifères, mais ils n'ont pas de glomérules. liegaud et Policard ont fait voir que, chez les Cyclostomes (lamproies) et les Ophidiens (vipères) S les glomérules n'existent que dans la proportion d'un pour plusieurs tubes. Une partie des tubes est borgne et se termine en culde-sac.
Ainsi, les glomérules ne sont pas indispensables à la sécrétion urinaire : jamais ils n'existent tout seuls, sans epithelium glandulaire. D'autre part, on doit remarquer que toutes les fois qu'ils existent, ils sont placés au fond de tubes dont les parois sont glandulaires.
Or, dans les organisations animales, il existe dans bien des cas de longs
> Voir une courbe de ce genre dans notre mémoire de ce journal, nov. 1904, p. 1078. ' HcOT. Annalei des Science* naturellei, zoologie, 1902, XIV.
3 Regaud et Policard, Archives d'anatomie microscopique, VI, 2 ei 3, 1903, Soc, de Biologie, 17 mai 1903.
tubes sécréteurs (tubes de Malpighi des insectes, etc.)- Le plus souvent, dans ces cas^ le fond des tubes est en rapport avec un appareil mécanique (flamme vibratile des Arthropodes, cœur des Lamellibranches) destiné à mobiliser le liquide sécrété.
Dès lors, nous sommes amenés à nous demander si le glomérule n'a pas une fonction mécanique analogue. Nous venons de voir que c'est un organe pulsatile, une sorte de cœur périphérique qui bat continuellement à l'extrémité du tube urinifère qui est long, fin, capillaire. Ses battements, ses mouvements de va-et-vient, deviennent des mouvements de piston qui, à chaque instant, poussent le liquide urinaire dans les tubes et favorisent son cheminement en surmontant le frottement et l'attraction capillaire du tube. Le rein, en tant que glande éliminatrice, doit expulser aussi rapidement que possible son produit de sécrétion : d'où l'utilité de cet appareil pulsatile.
Nous émettons l'hypothèse que c'est cette fonction mécanique qui est le principal rôle du glomérule ' et non pas la sécrétion de l'eau. Il nous semble que nous évitons aussi bien des difRcultés pour l'interprétation anatomophysiologique du rein. En particulier, nous pouvons nous dispenser désormais de l'hypothèse d'une résorption^ si complexe et cadrant si mal avec les données histologiques.
De plus, nous pouvons rendre compte du dispositif de la < veine porte > rénale. Elle représenterait deux modes d'utilisation des capillaires : enroulés et < pelotonnés >^ avec un minimum de surface externe, ils agiraient surtout par leurs pulsations^; déroulés et étalés en réseau, avec un maximum de surface, ils présenteraient la meilleure disposition pour les échanges.
in. RÉSUMÉ
En résumé, nous avons pu montrer, en nous servant des résultats de nos expériences :
I. Au point de vue du mécanisme de la sécrétion rénale. - !• Que le mécanisme du passage de l'eau à travers le rein n'est point un processus simple de filtration ou d'osmose;
2* Que le mécanisme du passage des cristalloVdes n'est point un processus simple de filtration ou de diffusion;
3" Que, plus généralement, aucun mécanisme impliquant seulement l'intervention d'une énergie extérieure aux cellules rénales ne peut expliquer ces passages; qu'on ne peut pas ne pas admettre un travail développé par les cellules rénales, travail dont le résultat est une sélection ;
4'' Que dans rhypothèse d'un mécanisme complexe (filtration-résorption), on est aussi forcé d'admettre un travail développé par les cellules rénales, et dans des conditions cadrant mal avec les données expérimentales;
1 11 est clair que nous n'avons pas le droit de dire — n'en ayant pas de preuve directe — que le glomérule n'a aucun irùle sécréteur. Nous ne pouvons affirmer qu'il ne passe pas une petite quantité de liquide à travers la capsule de Bowman entourant le glomérule, comme il en peut aussi passer à travers la capsule limitant l'espace dit semi-lunaire, et en rapport par son autre face avec les espaces intertubulaires. Notre hypothèse est que, si ce passage existe (ce dont on peut douter), il est très peu important et ne joue qu'un petit rôle dans la sécrétion rénale et dans le mécanisme des polyuries.
< C'est aussi à quoi servira l'inégalité de calibre des vaisseaux afférents et efférents du glomérule.