‹ Journal de physiologieChapitre 269 sur 578 · BERNARD ET M. SALOMON · texte numérisé non relu

BERNARD ET M. SALOMON

acceptes sans critique suffisante. En effet, on invoque toujours, à l'appui de la théorie toxinique des lésions de néphrite, les observations de Burckhardt et de ChauiTard. les expériences de Grancher et Martin, Dujardin-Beaumetz et Dubief, Arloing, Rodet et Courmont, Carrière, Ramond et Hulot.

Burckhardt' a observé un cas de mort avec coma et anurie chez une lupique de 23 ans, qui avait reçu en 5jours 2centigr. 1/2 de tuberculine; les reins présentèrent des altérations diffuses des epitheliums. C'est là un cas d'intoxication massive à l'aide de tuberculine, comme eût pu le faire tout autre poison actif, et qui ne peut en rien éclairer la question qui nous occupe.

Le cas de Chauffard * concerne un tuberculeux de 29 ans^ chez lequel des injections de tuberculine de Koch (44 milligr. en 20 injections dans l'espace de 40 jours) déterminèrent une albuminurie abondante. Le malade ne mourut que 15 mois après, et Tautopsie montra des lésions de néphrite diffuse avec amylose. Il semble que la valeur démonstrative de cette observation ait été fort exagérée; si l'albuminurie semble être apparue à la suite de l'administration de la tuberculine, rien ne prouve que les lésions rénales trouvées 15 mois après la cessation de ce poison lui soient attribuables, d'autant que le malade était tuberculeux, et l'on sait que la tuberculose engendre de pareilles lésions. On doit donc se demander si elles ne se seraient pas réalisées toutes semblables chez le malade, sans l'adjonction de la tuberculine, et si cette dernière ne les a pas seulement accentuées; en tout cas, la question de leur mécanisme reste tout entière.

Grancher \ H. Martin et Ledoux-Lebard, dans des essais de vaccination antituberculeuse chez des lapins, ont relevé, chez quelques animaux morts en cours d'expérience, des losions rénales appartenant au type du gros rein blanc; c'est une néphrite à prépondérance épithéliale, qu'ils font dépendre c d'une intoxication chimique plus que d'une évolution tuberculeuse >. C'est là une hypothèse dont l'évidence est singulièrement amoindrie par la notion récente de l'aptitude des bacilles de Koch à provoquer des néphrites épithéliales. En effet, dans leurs expériences, ces auteurs ont injecté aux lapins des cultures vieillies^ et la présence du virus empêche d'attribuer à coup sûr aux poisons les lésions constatées; d'autant plus que, quelquefois, il existait des tubercules dans le rein. Ces lésions de néphrite folliculaires ont donc très comparables à celles que nous avons obtenues avec le bacille, et ne peuvent étayer la théorie toxinique.

On pourrait en dire autant des expériences de Dujardin-Beaumetz * et de Dubief qui, injectant à des cobayes de la tuberculine et des cultures de tuberculose, ont observé chez les animaux des hémorragies rénales; on ne peut exactement, dans ces expériences, faire la part du bacille et celle des poisons, aujourd'hui que nous savons que le bacille peut à lui seul déterminer toutes les lésions rénales.

Au contraire, les expériences ultérieures n'utilisèrent que la tuberculine de Koch.

> Bull, méd., 1891, p. 38.

> Chauffard. Néphrite par tuberculine, Bull, méd., 1892.

* Granchkr et Martin. Note sur les vaccinations antituberculeuses, 2* Ck>ng. de la Tub.. BulL méd., 1891, p. 722.

Grancher, Martin et Ledoux-Lebard. Rech. sur la tub. expérimenU, Soc. Biol.^ 14 fé?.1891.

* Acad. de méd., 10 février 1891.

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