EXPÉRIENCE DU 23 MAI
Lapin de 2,160 gr. Injection intra-artèrielle de chlorure de magnésium à 5 0\0. Arrêt de la respiration^ abolition de l'excitabilité des nerfs moteurs. 4 heures. On pratique la trachéotomie et on fixe une canule dans la trachée-artère
i.*.s C'ait noui qui Boulignons.
Traité de Toxicologie. Traduit et annoté par G. Poughit. Paris. Doin, 1903» page SS7. Amieimittel Synthèse. BerUn. Springer. I. Edit. 1901, page 6.
du lapin. Une canule à robinet est introduite dans le bout central de Tartère fémorale droite. Le nerf crural gauche est soulevé par une anse de fil.
4 h. 10. La carotide droite du lapin est mise en rapport avec le manomètre du Kymographion de Ludwig .
4 h. 12. Début de Texpérience.
GBSERVATIO.NS
Excitation faradique du nerf crural gauche. Violents mouvements de la patte post, gauche. Le lapin se débat ; ascension temporaire de la pression.
Injection dans le bout central de Tartére fémorale droite de 1 c. c. de chlorure de magnésium
Injection de 1 ce. de MgCl* à 5 0/0.
A^or-^i^'w
Injectionde6c.c.deMgCl«à50/0(=:0,40MgCl* en tout).
Injection de 6 ce. de MgCl«à5 0/0(-0,70 Mg Cl* en tout).
Injection de 12ccdeMgCPà50/0(=: 1,30 MgCl* en tout).
Grande amplitude du pouls, irrégularité du cœur : cyanose des muqueuses, sang noirâtre. Respiration faible, rare, superficielle.
Pas de mouvements convulsifs.
Arrêt de la respiration spontanée. Cœur lent, irrégulier, faux pas.
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On établit la respiration artificielle.
Cœur régulier.
Injectionde6c.cdeMgCl«à50/0Hl,60MgCl« en tout).
Faradisation, à plusieurs reprises, du nerf crural gauche. Aucune contraction musculaire dans la patte postérieure gauche. Aucun mouvement du lapin. Ascension de la pression à 57 mm. La faradisation directe des muscles produit des contractions normales.
L'expérience est continuée dans le but de
démontrer les effets délétères sur le cœur.
Injectiondel8c.c.deMgCl«à50/0(=2,50MgCl* en tout).
Irrégularités du pouls, faux pas du cœur.
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Injectionde20c.c deMgCl«à50/0(3,50deMgCl« en tout).
Cœur extrêmement ir régulier.
Ouverture du thorax, sans que l'animal fasse le moindre mouvement.
Le cœur est irrégulier, les battements faibles. L'on sacrifie l'animal.
Dans cette expérience la respiration s'est arrêtée après une injection de
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i«%30 de chlorure de magnésium, ce qui correspond àO<%60 environ par kilo de lapin.
L'abolition de l'excitabilité des nerfs moteurs a été constatée après une injection de 19^,60 correspondant à 0*%74 de MgCl* par kilo.
Or, rien ne prouve que l'inexcitabilité du crural au courant faradique n'existait pas déjà avant qu'on l'eût recherchée. En effet, au moment où l'animal cessa de respirer, on observa bien une assez forte ascension de la pression, mais sans qu'il y eût trace de mouvements convulsifs. U est donc pour le moins probable que déjà au moment où survint l'arrêt des mouvements res« piratoires, les nerfs moteurs étaient inexcitables.
D'ailleurs le procédé consistant dans l'introduction immédiate d'un poison dans le torrent circulatoire modifie toujours, plus ou moins, la succession des phénomènes. L'injection intra-artérieUe agit d'une manière brutale et précipite les événements. Dans le cas particulier elle a amené une précocité relative de la paralysie respiratoire par rapport à la paralysie des terminaisons des nerfs moteurs.
Ce que nous venons de rapporter au sujet de l'action curarisante du magnésium démontre que, lorsque Stokvis se réfère à Binet pour déclarer que les sels de magnésium dépriment le système nerveux central^ c'est là le résultat d'une erreur. Dans son tableau synoptique résumant l'action des métaux alcalins et alcalino-terreux, Binet, en effet, caractérise le magnésinm par ces mots : « Arrêt du cœur en diastole^ inertie motrice d'origine péripké' rique; action curarisante. >
Meltzer et Auer décrivent minutieusement et d'une manière saisissante la marche envahissante de la paralysie chez leurs animaux en expérience. Mais ils n'ont pas cherché systématiquement l'état d'excitabilité des nerfs moteurs dans les différents stades de Tempoisonnement. Les quelques expériences faites dans le cours de leurs recherches^ et où l'excitation d'un nerf produisait des mouvements, ont dû nécessairement les confirmer dans leur idée que l'immobilité dépendait des centres nerveux.
En parcourant les procès- verbaux de leurs expériences on trouve (page 371) qu'un lapin, après avoir reçu i^l^ de sulfate de magnésium par kilo, a été opéré sans montrer de signes de douleur, et cependant il entre en convulsions quand on bouche sa canule trachéale. Mais ceci se passait â h. 37 m. après l'injection hypodermique de magnésium. Un autre lapin, 1 h. 30 m. après l'injection de l«s50 par kilo, pouvait déjà se tenir sur ses pattes (page 370). Un lapin ayant reçu 1 gr. de chlorure de magnésium par kilo, et supportant sans bouger une opération, réagit à l'excitation du nerf sciatîque 1 h. 35 m. après l'injection (pages 374-375). Les auteurs n'ayant pas publié d'autres expériences sur des lapins intoxiqués avec le chlorure de magnésium, on peut supposer que la curarisation a été incomplète.
La même remarque peut se faire en ce qui concerne le chien (page 378) qui c profondément anesthésié reçut une dose mortelle de strychnine et répondit rapidement par des convulsions violentes. >
Meltzer et Auer écrivent (page 377). « Il vaut la peine de remarquer (note worthy) que chez les chats l'anesthésie s'établit avant l'abolition de tous les mouvements volontaires et réflexes >; et ailleurs (page 388) : c Chez les chats et les chiçns un état d'aQestbésie profonde, l'absence de Ift sepsatioii 4 la
douleur et un relâchement musculaire complet peuvent se développer avant qu'on ait obtenu l'abolition complète du réflexe conjonctival. En outre, chez ces animaux l'état d'anesthésie complète (absence de sensation douloureuse) paraît être atteint avant qu'il n'existe une abolition complète de tous les mouvements volontaires. >
Cette affirmation est évidemment discutable. Expérimentalement, et chez l'animal, l'anesthésie profonde ne peut guère être reconnue que par l'extinction de tout mouvement volontaire et réflexe, ainsi que par le relâchement musculaire complet. Toutefois, il faut le reconnaître, alors que chez l'homme l'anesthésie chloroformique en est encore à la période dite cérébrale, c'est-àdire avant que l'action du poison sur la moelle ait supprimé les réflexes et les réactions musculaires, la sensibilité consciente paraît éteinte. Et certaines substances, le chlorure d'éthyle, le chloralose, le veronal^ amènent, sans provoquer la résolution musculaire, parfois même en exagérant la réflectivité, un état de sommeil qui semble accompagné d'anesthésie complète.
C'est le souvenir de ces faits expérimentaux et cliniques qui^ sans doute, a empêché Meltzer et Auer de s'étonner vis-à-vis de ces animaux qui, en apparence anesthésiés, conservaient leurs réflexes et même leurs mouvements volontaires. Mais remarquons que la curarisation produite par les sels de magnésium explique, elle aussi^ et très facilement, tous les faits observés par Meltzer et Auer. Le propre de la curarisation est, en effet, de s'établir graduellement, de ne point atteindre simultanément toutes les terminaisons nerveuses motrices. Elle s'observe habituellement d'une manière pi us précoce près de l'endroit de l'injection de la substance employée. Le curare, il est vrai, atteint les plaques motrices du phrénique ai^anf les plaques motrices des muscles en général; ce qui avait donné lieu à cette interprétation erronée que le mammifère curarisé meurt par arrêt de la respiration d'origine centrale.
Or la curarisation par le magnésium offre un caractère tout spécialj qui explique l'erreur de Meltzer et Auer, et sur lequel nous devons insister. Le magnésium, comme Binet l'a très bien établi, n'atteint la plaque motrice du phrénique qu'^ dernier lieu. C'est ce qui, si longtemps^ a permis de méconnaître son action curarisante. L'on conçoit que, voyant immobile, et sans grandes réactions^ un animal qui continue à respirer^ l'on ne songe pas tout de suite à incriminer une action semblable à celle du curare. Enfin, il est un fait établi expérimentalement : c'est que la curarisation peut être assez forte pour rendre impossible tout mouvement volontaire ou réflexe, tandis qu'un fort courant faradique traversant un nerf moteur éveillera encore une contraction musculaire. Les expériences citées de Meltzer et Auer n'infirment donc nullement celles de Binet; et dès maintenant nous serions en droit de conclure que par le fait d'une erreur d'interprétation très compréhensible, dont nous venons d'exposer les raisons, les auteurs américains ont été amenés à considérer comme anesthésiés des animaux simplement curarisés. Mais l'on pourrait nous objecter que curarisme et anesthésie ne sont pas exclusifs l'un de l'autre, et que rien n'empêcherait que les animaux de Meltzer et Auer eussent présenté simultanément les deux ordres de phénomènes.
A rencontre de cette manière de voir s'élèvent deux faits expérimentaux : l'un (}ue nous relevons dans le mémoire même que nous critiquons, l'autre
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4^ 47^ Faradisalion du sciatique droit (distance 20).
Violeoie réaction de la cuisse gauche.
Trace de mouvements dans les trois autres membres, le tronc et la tête.
Réflexe cornéen faible.
4'' 54 ^ Faradisation du sciatique droit (distance 15).
Violente réaction de la cuisse gauche.
Aucun mouvement dans les trois autres membres.
Quelques faibles mouvements de la face.
4' 56'. Animal absolument flasque.
Réflexe cornéen aboli.
4'' 57'. Faradisation du sdatîque droit (distance 15).
Violente réaction de la cuisse gauche.
. Aucun mouvement des trois autres membres, du tronc et de la tête.
4'' 59'. Id.
5''. On arrête la respiration artificielle.
5'' l'-2'. Mouvements convulsifs, allant en diminuant et exclusivement localisé^ dans la cuisse gauche.
5'' 3'. Arrêt du cœur.
De ces expériences il ressort clairement que les sels de magnésium^ outre leur influence sur le cœur^ agissent à la manière du curare, non seulement chez les animaux à sang froid, mais encore chez ceux à sang chaud. Les résultats énoncés par Binet sont donc (entièrement exacts.
En 'outre, les expériences dont nous venons de donner un exemple démontrent, nous semble-t-il; que les nerfs sensitifs de l'animal intoxiqué par le magnésium conservent leur conductibilité, et que les centres nerveux correspondants n'ont point perdu leur activité. L'électrisation du sciatique droit ne provoque plus, lorsque l'effet du poison est manifeste, aucune autre réaction motrice que celles qui ont pour siège le membre inférieur gauche, et la forme, l'intensité de ces réactions motrices, leur continuité tant que persiste l'excitation douloureuse, nous ont bien semblé caractériser des manifestations de la douleur plus que de simples réflexes. C'est là le second fait expérimental auquel nous faisions allusion plus haut et qui démontre que l'animal empoisonné par le magnésium est curarisé sans être simultanément anestbésié.
En ce qui touche les expériences de Meltzer et Auer, la conclusion nous paraît donc s'imposer.
Comme nous le disions plus haut, en face d'un animal qui ne réagit plus aux impressions douloureuses qu'on lui fait subir, et dont néanmoins la respiration se continue, la première hypothèse qui se présente à l'esprit n'est pas celle du curariisme. Et c'est bien ce qui avait engagé les auteurs, qui autrefois se sont occupés de la question^ à afBrmer que le magnésium exerçait sur le système nerveux central une action profondément déprimante.
Examinant les faits expérimentaux de plus près, Meltzer et Auer ont été amenés à faire porter cette action dépressive d'une façon prédominante sur les centres sensitifs. Mais, nous le répétons, cette notion établie par Binet, que le magnésium est un poison curarisant^ renverse forcément l'interprétation de l'expérience. Et si, à la lumière de cette même notion, que nous venons de démontrer exacte pour l'animal à sang chaud, nous analy-
ODS les protocoles de Meitzer et Auer, nous reconnaissons que les détails qui y sont relatés s'expliquent tous^ facilement, par la paralysie de la plaque motrice. Par contre l'action anesthésiante du magnésium doit être révoquée en doute.
Dans ce mémoire nous avons comîplètement laissé de côté la question de l'injection intra-rachidienne de sels de magnésium. M. Meitzer, dans sa communication faite le 7 décembre 1905 à l'Académie de médecine de New-York, dit qu'il a obtenu l'anesthésie et la paralysie du train postérieur chez l'animal après injection intrarachidienne de sels de magnésium, et que ce procédé a déjà été appliqué à l'homme, où il aurait même, dans certains cas, produit une anesthésie générale profonde.
Cette question mériterait un examen approfondi. Mais a priori on peut supposer que le fait, établi par Meitzer et contrôlé par des chirurgiens (Haubold^ Blake, Willy Meyer) est susceptible d'une interprétation différente de celle donnée par l'auteur.
Il s'agit probablement d'une action purement locale d'une solution saline concentrée sur la moelle et les racines nerveuses, d*une déshydratation abolissant temporairement la fonction de ces éléments.
Mais alors on peut se demander si des organes de la fragilité de la moelle épinière et des racines nerveuses supporteront impunément un traitement aussi violent. Quels seront les résultats éloignés de ces interventions peut^ être téméraires? C'est ce que ne nous ont pas encore révélé les quelques publications parues sur ce sujet.
TRAVAIL DES GLANDES ET LYMPHOGÉNÈSE
Par M. B. WERTHEIMER.
(Avec la collaboration de M. L. Lepage).