‹ Journal de physiologieChapitre 361 sur 578 · JOURNAL DE PUTSIOL. ET DE PATHOL. GENER · texte numérisé non relu

JOURNAL DE PUTSIOL. ET DE PATHOL. GENER

WËRTHEIMER

même si elles n'avaient pas été contredites, ne seraient pas suffisamment conyaincantes ; on peut leur objecter que l'activité du pancréas et du foie n'a augmenté, à la suite de Tinjection, que dans une trop faible mesure pom que le travail sécrétoire ait pu inûuer sensiblement sur la formation de la lymphe. Si nous prenons, en effet, les cas les plus favorables, nous trouvent les chiffres suivants qui se rapportent tous à des périodes de cinq minutes.

Avant l'injection d'extrait de jéjunum.

Lympb* Bito Suc paacréatiqa*

2,0 ce. 6 gouttes 2,1 6

2 gouttes

Après l'injection.

Lymphe Bil«

5 gouttes

Suc pancréatiqiie

iO gouttes

C'est là une sécrétion peu copieuse chez un chien de 30 kilogr., et encore observe-t-on dans ce cas un commencement d'accélération de la lymphe qui peut-être se fût prononcée davantage si Ton avait poursuivi robservation, car ce n'est quelquefois que vers la 20* minute, comme l'a noté Bainbridge, qu'elle arrive à son maximum.

Pour un chien de 15 kilogr. nous relevons les chiffres suivants :

Lymphe

2,5 ce.

Avant Vinjection.

Bile Suc pancréatique

0,2 ce.

1 goutte

Lymphe

Après l'injection.

Bile Suc pancxéaliqM

10 gouttes

Les expériences de Bainbridge ne sont pas non plus à l'abri de la critique. De ce qu'après le traitement par l'alcool, la macération de la muqueuse intestinale, qui ne fait plus sensiblement baisser la pression artérielle, continue cependant encore à accélérer le cours de la lymphe, on en peut conclure, il est vrai, que ce n'est pas l'agent « dépresseur > qui est la cause de l'augmentation de ce liquide ; mais rien ne prouve que dans un mélange aussi complexe il n'existe pas d'autres substances qui sont lymphagogues^ tout en ae modifiant pas la pression. Les exemples de ce genre ne manquent pas: l'extrait de sangsues est dans ce cas ; il est même de ces substances qui s(^ hypertensives : telle la tubercuiine (Moussu).

Expériences personnelles.

1" Pour arriver à me faire une opinion sur ces données contradictoires, j'ai repi ces expériences, mais en me servant d'une préparation de sècrétine obtenue pari procédé que j'ai déjà signalé dans un travail antérieur * : il consiste» après ava isolé, chez l'animal vivant, une anse duodéno-jéjunale, & la laver avec une solot^ isotonique tiède de NaCl jusqu'à ce que le liquide sorte incolore, puis à y injecil une solution de HCL à 5 p. 1000 qu'on laisse en contact avec la muqueuse inte^ nale pendant 10 à 12 minutes. Au bout de ce temps, Tanimal est tué ; le lifc» acide est retiré de l'intestin et filtré ; mis à l'essai, il se montre doué habitiKâ

1 Joum. de PhytioL et de Pathol gén„ 1902, p. 1069.

TRAVAIL DES GLANDES ET LYMPHOGÉNÈSE

ment d'une efficacité aussi grande sur les glandes digestives que la macération ordinaire. Mais il était à prévoir qu'il aurait sur cette dernière l'avantage d'entraîner unesécrétine mélangée à aussi peu de substances étrangères que possible.

Cette prévision s'est trouvée justifiée, sinon dans tous les cas, du moins dans bon nombre d'entre eux, dans lesquels nous avons pu obtenir une accélération considérable des sécrétions pancréatique et biliaire sans accélération aucune du cours de la lympbe.

Sauf de rares exceptions, on recueillait simultanément non seulement la lymphe du canal thoracique et le suc pancréatique, mais aussi la bile. L'animal était toujours ourarisé. La solution de sécrétine qui habituellement n'avait pas été neutralisée était injectée dans la saphène, plus ou moins lentement suivant les cas ; on peut dire qu'en régie générale il est avantageux qu'il ne passe pas plus de 3 c. c. par période de 5 minutes. Lalenteur de l'injection est, en efi'et, une condition favorable à la réussite de l'expérience, parce qu'on n'est jamais sur que la solution soit absoment pure de tout mélange avec les substances lymphagogues ; et si celles-ci ne s'j trouvent qu'en faible proportion, leur action ne se manifeste plus lorsqu'elles sont introduites avec ménagement dans le système circulatoire.

Exp. 1. — Chien de 44 kilogr. curarisé. Canules dans le canal thoracique, le canal pancréatique, le canal cholédoque (après ligature du canal cystique).

On recueille sans interruption par périodes de 5 minutes.

Lymph*

i,7 ce.

Bile

Suc pancréatique

4 goutte env.

Début de rinjectioo de sécrétine par la Aphène.

0,4 ce.

Fin de l'injection : l'animal a reçu 28 ce. » la solution en 30 minutes.

iL*e dispositif expérimental restant même dans les expériences suivan- B9 nous n'y reviendrons plus.

Exp. II. — Chien de 6 kilog. 500.

Lymphe

Bile Sue pancréatique

0 goutte

Après avoir cessé de recueillir pendant 7 minutes on commence l'injection de sécrétine.

Fin de rinjection = 49 ce. en 25 min. 0,8 0,38 4,62

On recommence une deuxième injection de sécrétine.

Fin de rinjectioo ^ 48 ce en 35 min.

0,8 0,2 4 goutte

WERTHEIMËR

Exp. III. — Chien de 5 kilo^. SOO.

Ljmpbe Bile Soc pancréatiqiM

Début de rinjectioD.

Fin de Tii^ection = 14 ce. en 45 min. 0,75 0,15 0,7

Exp. IV. — Chien de 11 kilogr.

Lymphe Bile Soc pucrtetiqaa

2 ce.

3 gouttes

1 goutte

On commence l'injection.

0,02 ce.

0,1 ce

FiD de l'injection = 22,5 ce. en 45 min.

Exp. V. — Giien de 5 kilog. 200.

Ljnpte Bile Suc pucnatifBC

2 gouttes

On commence l'injection dans Ii veine splénique préalablement mise i découvert.

Fin de l'injection = 20 ce. en 50 min.

Exp. VI. — Chien de 7 kilogr. 500.

Lymphe Bile Suc pancréatiqiM

0,2 ce

1 goutte

On commence Tinjection.

Fin de l'injection =: 15 ce. en 25 min.

TRAVAIL D£S GLANDES £T LTMPH06ÉNËSE

Exp. Vil. — Chien de 5 kilogr. 500. Dans cette expérience on n'a, par exception, recueilli que la lymphe et le suc pancréatique.

Lymphs

Suc pancréatique

4 goutte

On commence l'injection.

Fin de rinjection = 20 ce. en 35 min.

i*" Nous avons réuni ainsi 25 expériences (sur 83) dans lesquelles le cours de la lymphe ou bien a diminué, ou ne s'est pas accéléré^ ou bien n'a présenté que quelques variations insignifiantes, telles qu'on peut les rencontrer dans les conditions habituelles, sans aucune intervention. Sur ces 25 cas, 18 fois la quantité de suc pancréatique recueillie dépassait 1 ce. par chaque période de 5 minutes, comme dans les exemples que nous venons de rapporter, 7 fois elle se rapprochait de ce chiffre sans l'atteindre.

Pour juger de l'excès de travail imposé parfois au pancréas, il sufQt de remarquer que la sécrétion continue sans interruption pendant 1 h. 10 dans l'expérience II, 1 h. 5 dans l'expérience V, 50 minutes dans l'expérience VI et que pendant ce temps on obtient 22,4 ce, 20,8 ce, 19 ce de suc paocréatique chez des animaux de 5 à 7 kilogr. On trouvera plus loin des exemples du même genre dans lesquels la glandé fournit 15",7 de suc en 35 minutes^ 20*^^8 en 40 minutes (exp. IX et X), c'est-à-dire plus de 2, et parfois jusque 3 ce par périodes de 5 minutes.

II faut noter aussi que toujours la sécrétion biliaire augmente, parfois dans de très fortes proportions, comme dans les expériences I, IV, X. Ajoutons enfin que le suc entérique, qu'on ne recueille pas, est sécrété en plus grande abondance également, du moins dans les segments supérieurs de l'intestin, ainsi que l'ont démontré Delezenne et Frouin K

La conclusion à tirer de ces expériences, c'est que le fonctionnement simultané, et poussé bien au-delà de ses limites physiologiques, de tout cet ensemble de glandes n'a aucun retentissement sur la formation de la lymphe. Si la théorie d'Asher était justifiée, une activité aussi grande et aussi prolongée de tant d'éléments glandulaires devrait avoir infailliblement pour effet d'augmenter le débit de la lymphe; et puisque nous observons si souvent le contraire, c'est que, dans tous les cas où, à la suite d'une injection de sécrétine, cette augmentation se manifeste, elle dépend d'une condition autre que le travail des glandes digestives, comme l'a, avec raison, soutenu Falloise, sans toutefois en avoir fourni des preuves suffisantes.

A rencontre du procédé mis en œuvre par ce physiologiste, celui que

1 Soc. de Biol, 1904, p. 319.

nous avons employé permet d'exclure rinteryention des substances lympfaagogues, tout en laisssant à la solution de sécrétine son efficacité entière à l'égard des glandes abdominales. Je rappellerai que ce résultat concorde assez bien avec les observations de Bayliss et Starling, d'après lesquelles la sécrétine proviendrait de la couche épithéliale, et les substances qui font baisser la pression, c'estrà-dire les albumoses, des couches plus profondes, peut-être de la muscularis mucosae. Il semble, en effet, que dans notre mode de préparation, la solution acide^ qui reste si peu de temps en contact avee la muqueuse intestinale, doive limiter son action à l'épitbélium ; cependant les principes lymphagogues n'y font pas toujours défaut, comme on le vem plus loin.

2" Les cas précédents dans lesquels la formation de la lymphe ne se montre nullement influencée par la suractivité des glandes digestives sont déjà significatlfs par eux-mêmes; on pouvait se demander cependant si, dans ces circonstances, l'augmentation de la lymphe n'était pas entravée pour une raison oa pour une autre qui nous échappait, étant donné que le problème de la lymphogénèse comporte encore tant d'inconnues. Pour résoudre ce doute et rendre la démonstration plus complète nous avons donc, à plusieurs reprises^ fait en quelque sorte la contre-épreuve. Chez des animaux chez lesqa^ le cours de la lymphe ne s'était pas modifié après l'injection de sécrétine, malgré l'augmentation du suc pancréatique et de la bile, nous avons^ immédiatement après, injecté une deuxième solution douée de propriétés lymphigogues, mais n'ayant qu'une action faible ou nulle sur les organes glandulaires. Nous nous sommes servis à cet eiîet^ soit d'une macération de la muqueuse de l'iléon, soit d'une solution acide de notre sécrétine vieillîe el envahie par des moisissures^ parce que nous avons constaté qu'à cet état elle avait perdu à peu près tout pouvoir sur les glandes, mais non sur la lymphe. Les deux injections successives se faisaient, autant que possible, avec la même lenteur.

Voici quelques observations de ce genre.

Exp. VIII. — Chien de 10 kilogr. On recueille comme toujours, par périodes de 5 minutes.

Lymphe

Bile

Suc pancréatique

2,35 ce.

0,35 ce.

Début de

l'injection de la sécrétiue

active.

2 gouttes

0,8 ce.

Fin de Tinjection = 19 ce. en 25 miiL

Injection de sécrétine vieillie.

Fia de TlDJectioD = 15 ce. en 20 mm, 1,4 0 1 goutte

Injection rapide de 2 c. c. de macération de riléon.

1,2 1 goutte 0,3

2 1 2 gouttes

TRAVAIL DES GLANDES ET LYMPH06ÉNÊSE

Exp. IX. — Chien de 10 kilogr.

Lymph* Bile Suc puicréatiqoe

1,9 ce.

Pin de l'ii^ection z= 18 ce. en 30 min.

Injection de sécrétine vieillie.

Fin de l'injection z= 15 ce. en 30 min.

Injection de i

Exp. X. — Chien de 12 kilogr.

Lymphe Bile Suc pancréatique

1 goutte

Fin de Tinjection =: 15 ce. en 30 min.

Injection d'une macération de la muqueuse de l'iléon.

L'animal a reçu pendant ces 3 dernières périodes, soit en 15 min., 8 ce de la solution.

Injection de séci

On voit donc^ par la comparaison des injections successives, que chez ces animaux rien n'empêchait la lymphe de s'accélérer si le travail des glandes ligestives élaborait vraiment des substances lymphagogues, ou si, d'une façon générale, il était capable d'influencer la formation de cette humeur.

On remarquera que dans l'expérience X l'injection de l'extrait fourni par a muqueuse de l'iléon a été suivie d'une faible augmentation des sécrétions )ancréatique et biliaire ; mais il est évident que ce n'est pas à elle qu'il faut ittribuer l'accélération simultanée de la lymphe, puisque, lors de la première njection, une augmentation incomparablement plus forte des sécrétions l'a pas eu le même effet, qui est dû, sans conteste, aux principes lympliacogues contenus dans la macération.

3"* Une deuxième catégorie de cas qui parlent dans le même sens que es »récédents, ce sont ceux dans lesquels une très forte accélération des sécréions pancréatique et biliaire s'est accompagnée d'une faible augmentation [a débit de la lymphç.

Nous en reproduisons ici quelques-uns.

Exp. XI. ^ Chien de 7 kilogr. 500.

Lymphe Bile Suc pancréatique

ij

Début de rinj(

Fin de rinjection = 16 ce. en 35 mio. 1,6 0,31 0,84

Exp. XII. ~ Chien de 6 kilogr. 500.

Lymphe Bile Soc panciéatiqoe

3 ce 3 gouttes

Commencement de Y

injection.

Fin de l'injection = 15 ce. en 30 min.

Page 1