J. GOURMONT ET GH. LESIEUR
paralysies spontanément curables. Pour Remlinger et la majorité des auteurs qui se sont occupés de cette question, la cause de ces accidents bénins réside dans le traitement pastorien lui-même. Il s'agit de personnes ayant une susceptibilité nerveuse particulière, qui font de la paralysie aiguë (le plus souvent à type ascendant de Landry) à l'occasion de l'intoxication causée non par le virus rabique lui-même (de la morsure ou des moelles injectées), mais par la toxine rabique contenue dans les moelles et introduite avec elles par le traitement.
En somme, il y aurait, d'une part, la rage à symptômes protéiformes, doDnant même parfois le syndrome de Landry, due aux morsures ou lèchements d'animaux enragés, toujours mortelle^ et, d'autre part, des paralysies aiguës revêtant le plus souvent ce même type de Landry^ mais curables^ dues à l'intoxication par les moelles rabiques du traitement pastorien (même si l'animal mordeur n'était pas enragé et si les moelles n'étaient pas virulentes), et non à l'infection rabique. Cette seconde catégorie de paralysies serait donc bieo à part, et mériterait le nom de « myélites (ou polynévrites?) du traitement ».
Nous croyons qu'on a fait confusion et qu'on a groupé dans cette seconde catégorie des cas fort dissemblables. On a trop été induit en erreur par la notion de la rage toujours mortelle, alors qu'il existe certainement des cas de rage atténuée curable et des cas de rage chronique. Ces « myélites du traitement > doivent être démembrées.
La rage n'est pas fatalement mortelle ; il y a des cas de rage chronique et des cas de rage guérie. Nous reviendrons tout à l'heure sur la rage humaine, mais la rage animale peut guérir, même sans traitement. Hôgyes, Remlinger ont noté des cas de guérison de la rage expérimentale chez le chien. Nousmêmes, alors que nous inoculions des chiens dans la chambre antérieure et dans le cerveau pour rechercher l'apparition de la polynucléose rabique*. avons nettement observé 2 chiens, inoculés dans le cerveau, qui ont guéri d'accidents rabiques, atténués il est vrai, mais très nets. Nous pourrions encore citer une chèvre qu'Arloing et l'un de nous' inoculaient pour tenter d'obtenir un sérum antirabique. Après avoir été traitée pendant 24 jours, elle avait reçu 3 fois du virus frais fixe (1 c. c. de moelle de 3 jours) dans le san; et 3 fois sous la peau. Quelques jours après^ elle présente des signes d'excitation, se précipite tète baissée contre la porte de son écurie, refuse de boire et de manger. On porte le diagnostic de rage furieuse. Au bout de 48 heures les symptômes s'amendent; le 7* jour ils avaient disparu. Après une période de repos de 17 jours, les mêmes symptômes reparaissent et la guérison est définitive.
Ëxiste-t-il des observations de rage canine par morsure guérie ? Il est impossible de le savoir, l'attention n'ayant pas été attirée de ce côté. Nous sommes convaincus que ces cas existent.
Revenons à la rage humaine. Voici comment nous comprenons la classification des faits :
!• La rage classique (furieuse, paralytique, cérébelleuse, à syndrome de
> J. CouRMONT et Lesieur. La polynucléose de la rage. Journal de Phys. et de Path&L générale, .599-610, 1901.
* S. AflLoiNG et Lesieur. Essais de sérothérapie antirabique. Soe. méd. des Hôp, dr Lyon. 3 novembre 1903.
Landry, sympathique, etc.), dont on meurt^ parfois même malgré le traitement. Elle est bien connue actuellement.
2* Vhystérie rabiforme^ qui se présente parfois au cours du traitement ou après lui, pouvant même simuler parfaitement la rage, mais sans aucun autre rapport avec celle-ci que la frayeur et l'émotion causées soit par la morsure, soit par le traitement. Nous en avons eu récemment un cas, à Vinstitut bactériologique de Lyon, qui nous a causé beaucoup d'ennuis. Une femme de 29 ans, nettement hystérique, disparaît le 8' jour du traitement et part pour Lourdes ; elle revient, avec de la rétention d'urine, reprend le traitement. Rentrée chez elle, elle présente, 6 jours plus tard, des accès d'hystéroépilepsie et entre à l'hôpital de Saint-Étienne avec le diagnostic de rage. Les journaux de la région sont remplis d'articles sur la faillite du traitement pastorien. Laguérison de Taccès se produit en quelques heures. Le cas de Grasset (i89i) (hystérie rabiforme 40 jours après la morsure) rentre peutêtre dans cette catégorie. En somme, l'hystérie rabiforme n'est pas rare et doit être bien connue.
3* Les paralysies curables, toxiques, du traitement, sur lesquelles Remlinger, etc., ont attiré Tattention. Ces cas sont incontestables. Les symptômes surviennent pendant le traitement, le plus souvent pendant les premiers jours, à une période où l'incubation de la rage serait véritablement trop courte. D'ailleurs, dans le cas de Tonin (du Caire), l'animal mordeur n'était pas enragé ; il fut retrouvé plus tard. Nous admettons donc parfaitement ces accidents dus au traitement, qui n'ont pas plus d'importance que les accidents postsérothérapiques à la suite des injections de serums thérapeutiques.
Voici, d'ailleurs, une observation personnelle confirmative :
Syndrome db Landry. — Stéphane B..., 56 ans, négociant ^ léché aux mains sur des écorchures, le 11 février 1906, par un chien atteint de rage mue (constatée par un yétérinaire).
Traitement pastorien commencé le 15 février, arrêté au 16* jour (2 mars).
Cinq autres personnes, léchées par le même chien, traitées à la même époque, ont subi sans incident toutes les inoculations.
Dans les antécédents de B..., rien de notable, sauf une légère grippe il y a quelques semaines, et, depuis quelques années, & la suite de pertes d'argent, un certain état de dépression nerveuse.
2 mars 1906. — Début, dans la nuit, par des douleurs abdominales, un peu de diarrhée et une sensation de gène au niveau de la gorge.
3 mars. — Le malade vient encore se faire injecter, mais il se plaint davantage de gène au niveau de la gorge, avec angoisse. Il éprouve un peu de difficulté à émettre les sons et & parler ; la voix est nasonnée; faiblesse et parésie des membres inférieurs ; au niveau de la paroi abdominale la sensibilité est émoussée, ce qui donne au malade l'impression de paroi en bois ou en carton. Pas d'autres troubles de la sensibilité. Mictions normales. Pas de selles.
4 mars. — Le malade ne peut se rendre & l'Institut. Les phénomènes nerveux se sont très accusés. Engourdissement des membres inférieurs qui paraissent au malade. recouverts d'une couche d'ouate. Le malade ne peut plus se tenir seul debout, ses jambes se dérobent et il s'effondre. Si on le soutient sous les bras, il peut faire
I Observation recueillie avec nous par le Prof. J. Nicolas, que nous remercions de son obligeance à nous la communiquer.