L. GARRBLON ET J.-P. LANGLOIS
riences, ils paraissaient du même ordre et on n'a pas noté les phases dyspnéiques.
Les dosages des gaz du sang ne permettent pas d'expliquer ces crises dyspnéiques. On voit, en efTet, que le sang, au moment môme où éclate la crise, donne encore 13,86 0/0 d'oxygène, chiffre identique à celui pris au début de l'expérience 17,1. L'acide carbonique est même en proportion légèrement inférieure. Les grandes respirations dyspnéiques ont cependant pour effet d'augmenter immédiatement la teneur en oxygène.
4^ Densité du sang pendant la polypnée. — Dans une série de recherches antérieures sur la polypnée, avec J. Gautrelet*, nous avions cherché à déterminer quelles étaient les variations de la composition du sang sous l'influence de la perte d'eau considérable produite par la polypnée thermique prolongée. La technique suivie a été exposée au commencement de ce mémoire.
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Au début de la polypnée, on observe souvent une augmentation passagère et brusque de la densité, puis le chiffre revient au taux normal, s'y maintient pendant un temps prolongé et ce n'est que lorsque l'animal a perdu un poids d'eau représentant 10 0/0 de son poids initial que le chiffre de la densité commence à s'élever insensiblement.
Cette élévation n'est pas toujours régulière. Après une période d'ascension, la courbe reste stationnaire pendant quelque temps, bien que l'animal continue à se déshydrater. C'est ainsi que dans une expérience, après avoir passé de 1058 à 1068, la densité s'est maintenue à ce taux,' bien que la perte totale en poids ait passé de 39 à 44 0/00. En fait, pendant une polypnée intense, les variations de la densité du sang sont très faibles, de 1 à 2 0/00, alors que la perte totale peut dépasser 40 0/00.
Avec les batraciens soumis à la déshydratation, les chiffres sont encore plus frappants. Après avoir déterminé la densité du sang chez les crapauds maintenus en milieu humide, Langlois et Pellegrin * ont fait la même détermination chez des animaux pris dans le même réservoir et soumis à la déshy-
* Gautrelbt et J.-P. Langlois. Variations de la densité du sang pendant la polypnée thernfîque {Soc. de Biologie^ 5 juillet 1902).
' Langlois et Pbllegrin. De la deshydratation chez les crapauds et des variations corrélatives de la densité du sang {Soc. de Biologie, 1902).
LA POLYPNEE THERMIQUE 249
dratation par échauffement dans un milieu sec. Pour une perte totale de poids oscillant entre 30 et 40 0/0, la densité du sang n*a varié que de 1080 à 1052. Le mécanisme régulateur de la composition du sang fonctionne dans la polypnée, comme dans tous les cas où une cause étrangère tend à faire varier la proportion des éléments du sang. Le sang n'est qu'un vecteur chargé de prendre l'eau aux tissus pour la porter au poumon, mais il maintient, jusqu'à un certain degré de déshydratation, sa teneur en eau, constante.
Ces données sont importantes pour l'étude des gaz du sang, puisqu'elles montrent que, pendant une heure et demie au moins de polypnée, la composition du sang reste très peu modifiée.
5° Les gaz du sang.
Dans son mémoire de 1888, Richet insiste sur l'état d'apnée oii doit se trouver l'animal pour maintenir sa polypnée.
Dans un travail antérieur sur la polypnée thermique chez les animaux poikilothermes, nous avons montré que cette règle était générale, puisqu'elle s'appliquait également à la polypnée des animaux à sang froid comme les varans, les uromastix*.
Toutefois le terme d'apnée nous parait peu conforme à la réalité. Il est difficile de dire, en effet, qu'un animal est en état d'apnée, quand il respire ti'ois à quatre cents fois par minute. Il est plus exact de dire que la polypnée ne peut se produire et se maintenir que si les conditions de l'hématose sont satisfaites.
Nous avons cherché à déterminer quelles étaient les variations des gaz du sang pendant la polypnée. Notre but était de rechercher quelle était la teneur en oxygène et en acide carbonique du sang au moment précis où le rythme respiratoire se ralentissait sous l'influence d'une asphyxie.
Il était indispensable en premier lieu d'établir comment se comportaient les gaz du sang sur un animal chloralosé ayant une température centrale oscillant entre 41 et 42"*, et passant d'une respiration accélérée de 60 à 80 à une respiration de 800 à 500.
L'emploi du chloralosé comme agent anesthésique a l'inconvénient d'introduire dans le torrent circulatoire une quantité de dissolvant notable, 120 c. c. pour un chien de 10 kilogrammes, et, par suite, de diluer le sang.
Mais cette objection est de peu de valeur, si l'on ne tient compte que des prises de sang faites 20 à 25 minutes après l'injection de la solution.
Dans les recherches antérieures : 1" sur la teneur en oxygène du sang de la veine de la capsule surrénale, par la méthode de Schûlzenberger ; 2° sur le dosage des chlorures dans le sang ; 3° sur la densité du sang pendant la polypnée. L'un de nous avait pu constater qu'après un laps de temps de vingt minutes au plus, le sang avait rétabli son équilibre et éliminé l'eau injectée. La saignée, même en petite quantité, exerce une action sur la dilution du sang beaucoup plus importante et plus persistante' et c'est cette observation qui nous avait incités à prendre comme ^méthode de dosage le
* Lanolois. Régulation thermique chez les poikilolhermes (Journ. de PhysioL et de PatboJ. gén., 1902, p. 247).
250 L. GARRELON ET J.-P. LANGLOIS
procédé Haldane-Barcroft, au lieu du procédé de la porape qui exige toujours un volume de sang très appréciable, si on veut répéter plusieurs fois les saignées sur un même animal.
Les chiffres suivants obtenus sur nos chiens chloralosés concordent avec ceux pris sur des chiens normaux par les différents auteurs :
Dans un travail récent : C. R.y(y mars 1905, Tissol a rappelé que, sous rinfluence d'une respiration accélérée, le sang se charge d'oxygène et s'appauvrit en acide carbonique. Cette observation est intéressante, et elle n'avait peut-être pas été mise en lumière par les auteurs qui se sont occupés des gaz du sang. Mais nous opérions dans des conditions très différentes de celles de Tissot et il est nécessaire de s'entendre sur le terme de polypnée. Sur ses animaux soumis au chloroforme, Tissot parle d'une polypnée violente quand il compte 84 respirations, le terme de violente s'fl[)pliquant à la grandeur des respirations.
Dans la polypnée thermique, le nombre des respirations dépasse presque toujours 200 et atteint, dans nos expériences avec pneumogastriques sectionnés, le chiffre de 570. On pouvait, raisonnant par analogie avec ce qui se passe dans les phases d'accélération cardiaque, oii la pression artérielle s'élève si l'accélération est faible et s'abaisse si le rythme cardiaque devient trop fréquent, se demander si un type respiratoire aussi intense permettait un brassage suffisant de l'air alvéolaire.
En fait, nos observations montrent que, sous l'influence de la polypnée la plus intense, quand l'amplitude des mouvements est suffisante, l'hématose atteint son maximum d'énergie*.