M. GARNIER ET P. THAON
sanguine, le ralentissement et le renforcement des battements du cœur. Silvestrini prétend que ni la section des vagues ni celle du nerf de Cyon ne change en rien les effets. Seul, Livon * a reconnu qu'après la double vagotomie rinjection intra-veineuse d'extrait pituitaire ne produisait plus le ralentissement des battements cardiaques ni l'augmentation de Timpulsion, mais uniquement l'hypertension.
Nos expériences nous ont donné un résultat qui se rapproche de ceux relatés par Livon. En effet, nous avons reconnu que, si la section d'un seul pneumogastrique ne modifie nullement l'action de l'extrait hypophysaire, celle des deux nerfs vagues rend l'injection à peu près inactive. L'expérience peut être faite de plusieurs façons différentes : on coupe les pneumogastriques à un lapin, on injecte l'extrait hypophysaire, la courbe présente à peine une légère ondulation ; elle s'élève de quelques millimètres, s'abaisse ensuite un peu et remonte ; les pulsations ne sont à un aucun moment ralenties ni amplifiées ; et pourtant la même dose du même extrait injecté à un lapin intact produit l'effet habituel : élévation initiale, chute rapide et profonde, ascension lente, ralentissement et renforcement des battements.
On peut faire les deux expériences sur le même animal : on injecte d'abord l'extrait, et on observe les modifications de la pression sanguine que nous avons décrite; on laisse reposer l'animal quelques minutes ; puis, quand les mouvements du cœur sont redevenus normaux, on coupe les pneumogastriques ; on injecte alors la même dose de l'extrait, aucun effet ne se produit ; on injecte une dose double, la pression artérielle ni le rythme cardiaque ne subissent aucune modification.
Enfin nous'avons varié l'expérience d'une troisième manière : nous faisons l'injection d'extrait à un animal auquel nous avons coupé par avance l'un des pneumogastriques; puis, quand l'action sur la pression s'est produite et que les battements du cœur sont ralentis, nous coupons l'autre pneumogastrique: sur un tracé recueilli dans ces conditions (voy. le graphique, planche III, A), on voit, au moment de la section, les pulsations augmenter d'amplitude pendant quelques secondes : le premier effet de la section a été l'excitation du nerf; puis les pulsations reprennent brusquement l'amplitude et la rapidité qu'elles avaient avant l'injection.
Ainsi toutes ces expériences sont concordantes : nous pouvons en conclure que l'intégrité des pneumogastriques est nécessaire pour que l'extrait hypophysaire produise tous ses effets.
Des deux lobes qui constituent l'hypophyse, c'est le lobe postérieur qui contient seul la substance douée de cette action si remarquable sur la circulation ; et pourtant l'étude histologique de la glande montre que le lobe postérieur a une structure conjonctivo-névroglique, tandis que l'antérieur est formé de cellules épithéliales et semble être la partie sécrétante et fonctionnellement importante.
Mais les deux lobes que sépare l'anatomie macroscopique ne correspondent
* Livon. Corps pituitaire et tension sanguine, Socirlâ do biologie^ 4 mars 1899.
ACTION DE L'HYPOPHYSE SUR LA CIRCULATION 257
pas exactement à la division en partie épithéliale et partie nerveuse. On trouve constamment en effet une couche de cellules épithéliales qui tapisse la surface du lobe postérieur au voisinage de la fente interlobaire ou paranerveuse ; si bien que le lobe postérieur est en réalité formé de deux parties, Tune la plus considérable constituée par des éléments d'origine nerveuse» l'autre beaucoup plus étroite formée de cellules glandulaires. Cette bande épithéliale qui entoure une des faces du lobe postérieur existe chez les bovidés, et aussi chez le mouton et chez le chien ; elle est moins nette chez riiomme. Est-ce à cette couche épithéliale qu'il faut attribuer l'action sur le cœur et la pression artérielle? Silvestrini le pense : il a dans un cas séparé les deux parties du lobe postérieur; il a reconnu ainsi que la partie épithéliale possède seule le pouvoir d'impressionner la circulation, tandis que la partie nerveuse séparée de son revêtement glandulaire est sans action.
S'il en est ainsi, ce petit groupe cellulaire acquiert une haute importance et mérite une étude détaillée.