RÈGLE DES PHASES
gement apporté aux facteurs de l'équilibre, par une intervention extérieure, a pour conséquence un changement inverse à l'intérieur du système (^).))
Si Ton augmente la pression extérieure, il s'ensuit un accroissement du composant et de la phase dont la formation entraîne une diminution de volume ; si Ton communique de la chaleur, il s'ensuit un accroissement du composant et de la phase dont la formation absorbe de la chaleur; si Ton augmente la teneur du système en un composant pris dans une phase donnée, il s'ensuit un accroissement du composant et de la phase dont la formation entraîne une diminution de la proportion de ce premier composant. En d'autres termes, le système en équilibre tend à retourner à l'équilibre en éliminant les causes perturbatrices. Il est possible désormais d'établir la distinction des divers cas et de voir la manière d'appliquer la règle des phases et le théorème de Le Chatelier. On ne devra pas oublier que nous nous bornons à discuter les états et les changements d'équilibre dus à la pression, à la température et aux concentrations, et que les effets perturbateurs dus à la pesanteur, à l'électricité, à l'élasticité des solides ou à la capillarité, sont supposés éliminés. Si tel est le cas, le problème est simple, car les valeurs absolues des masses des diverses phases n'ont pas d'effet sur l'équilibre, la concentration d'une phase n'étant pas fonction de sa masse. Une solution saturée reste saturée, qu'elle soit en contact avec une petite ou avec une grande quantité de solide. De la même façon, l'équilibre n'est pas troublé, si l'on verse du contenu de la solution. Ce ne serait plus vrai, si l'on tenait compte des effets de la pesanteur. Les cristaux au fond d'un long tube plein d'une solution sont soumis à une pression plus grande que si la couche de liquide n'était que de quelques millimètres; et les solubilités sont différentes dans les deux cas. La chose est très appréciable dans les systèmes divariants de trois composants où il y a une phase vapeur en équilibre avec deux phases liquides. Un accroissement dans la quantité de la couche liquide supérieure produit un changement très net dans la masse de la phase liquide inférieure; c'est là un point qui a été complètement mis eu lumière dans le développement du théorème de Nernst(2). La pression d'un gaz dans un cylindre de grande hauteur n'est pas strictement
(i) Le Chatelier, Comptes rendxis, XGIX, p. 786; 1884;— Braun, Wied. vlnn..XXXIlI, p. 337 ; 1888. — Duiiem, Mécanique chimique, p. 152.
(2) Zeilschrift fur physikalische Chemie, VllI, p. 110; 18^1.
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uniforme, à cause de l'influence de la pesanteur. Ces effets, en règle générale, sont très petits et peuvent être négligés dans la plupart des cas sans inconvénient. Ils peuvent être réduits au minimum en opérant sur de petites quantités de matière.
On verra plus loin que la classification des équilibres à l'aide de la règle des phases, et des changements d'équilibre à Tai Je du théorème de Le Chatelier, est tout à fait générale et n'implique aucune hypothèse sur la nature de la matière ou des modifications qui ont lieu.
11 n'est pas besoin de supposer que la matière est constituée de particules distinctes, ni de supposer qu'elle est continue ; il n'est même pas besoin d'admettre l'existence ou la non-existence de la matière. 11 est indifférent qu'il existe ou qu'il n'existe pas une distinction entre les réactions «chimiques» et les réactions «physiques ». La seule question qui se pose est celle du nombre relatif des composants indépendamment variables et des phases dans le cas de l'équilibre ; et celle des données expérimentales relatives aux effets de la chaleur et aux effets de la variation des densités ou des concentrations dans le cas du déplacement de l'équilibre.
LES GAZ RARÉFIÉS SONT-ILS DES ËLECTROLTTES ? Par M. E. BOUTY.
1. — Pour étudier les propriétés électriques des gaz rarô-fiis, on a le plus souvent recours à des ampoules dans lesquelles pénètrent deux électrodes. Celles-ci sont mises en rapport avec une source à différence de potentiel constante ou alternative, et Ton observe les phénomènes de luminescence développés dans le gaz.
Les apparences observées dans ces conditions ne sont pas homogènes; les parties du gaz voisines des électrodes se comportent autrement que les parties éloignées. 11 est évident que l'on doit obtenir des apparences plus simples, en supprimant les électrodes et en excitant la luminescence par des phénomènes d'induction.
C'est ce qu'a fait notamment M. J.-J. Thomson, dans un remarquable ensemble de recherches, résumées dans son livre : Notes on Récent Researches in Eleclricify anrî Mar/nctisni, publié à Oxford en 1893 ('). Le tube à gaz raréfié est placé à l'intérieur d'une courte
(') Voir notamment les paragraphes 72 à 88, p. 02 à 105.