‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 10 sur 161 · BÉNÉZECH. — ÉTUDE DE PSYCHOLOGIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

BÉNÉZECH. — ÉTUDE DE PSYCHOLOGIE RELIGIEUSE

iaterae et externe, la secousse décisive, provoquée par l'appel dans les profondeurs obscures du sous-conscient.

M. X... était autrefois un unifié intellectuel, il devient à partir de ce jour un unifié religieux, dont les énergies sont désormais orien tées vers un idéal nouveau. Le bouleversement psychique a atteint les racines mêmes de son être. Des tendances, des aspirations, des idées nouvelles ont émergé et ont pris la première place. Le centre d'attraction mentale a été changé. Auparavant X... voulait surtout savoir ; dès maintenant, sans cesser d'aimer la science, il voit des misères qu'il ne soupçonnait pas et il s'oublie pour travailler à la transformation morale et religieuse des peuples non civilisés.

On ne saurait voir là la marque pathologique d'un dégénéré. C'est plutôt, à notre avis^ la manifestation normale de ce qu'il y a de plus élevé dans l'homme.

L'explication psychologique d'ailleurs se contente de décrire le dehors de ces phénomènes, leur déroulement perceptible dans le temps. Mais d'autres questions se posent que la psychologie peut bien délibérément laisser à d'autres sciences mais qui sont loin d'être supprimées pour ce motif.

L'homme religieux et particulièrement le chrétien, dans l'ensemble des événements de l'univers et de l'histoire, dans certaines consciences lumineuses comme celle de Jésus-Christ et en soi-même, derrière les phénomènes psychologiques normaux, aperçoit l'action permanente d'une Personnalité morale qui parle à l'homme par divers moyens, en une langue que la conscience religieuse claire doit s'efforcer de comprendre. Il reste encore en lui beaucoup d'inexprimé et d'inexprimable dont il a le sentiment intense.

La psychologie, obligée de traduire en langage social ce qu'elle étudie, laisse par là même, ce qu'il y a de plus profond dans l'expérience religieuse. Seul l'homme religieux en a la révélation en son être ému.

Auguste BÉiNKZEGH.

SOCIÉTÉ DE PSYCHOLOGIE

Séance dc VENonsDi 7 bÉOEUsnE 1906.

La Société de Psychologie a leau sa séance mensuelle le vendredi 7 décembre à la Sorbonne. Etaient présents parmi les membres de la Société : MM. Arnaud. Dumas, Lalande, Marie. Malapert, Melioand, Philippe, Pieron, Seglas, Sollier; M, Pellat, professeur k la Faculté •les Sciences ; MM. Kahn et Charpentier, avocats au barreau de Paris ; .MM. d'Allonnes, BaraL et Dagnan, agrégés de philosophie» et un grand nombre d'auditeurs qui, s'intéressant à la graphologie, avaient tenu h entendre 1» communicotion de M. Solange Peltat.

Deux communications étaient inscrites à l'ordre du jour : une de M. le D' Dumas sur La plaie dtt pane chez les stigmatisés chrétiens et une de M. Solange Pellat sur La Graphologie et ses méthodet de vèriftcation expérimentale.

A huit heures trois quarts, M. Segtas (prêsidenl) déclare la séance ouverte et donne la parole au D' Dumas pour sa communication sur La plaie du flanc chez les stigmatisés chrétiens.

Communication de M. Dumas,

Quand on parcourt la longue liste des stigmatisés, on s'aperçoit qu'ils portent, tantôt 9ur l'épaule gauche, tanlôl »ur l'épaule droite, la marque de la croix et de prcférence sur le cûté gauche la marque dc la laucc. Qu'ils aient hésité pour Tépaulc et se soient décidés au hasard, rien dc plus facile h comprendre puisque l'ÉvaDgile ne dit pas sur quelle épaule Jésus a porté sa croix et qu'aucune iradition ne nou» renseigne; mais il n'en osl pas de même pour La blessure du c6lé. bien que saiol Jean, le seul évangéliitle qui en parte, n'ait rien spécillc îi ce sujet. De bonne heure, ca etTct, l'Église voulut voir dans l'eau et le saug qui coulèrent de la blessure, l'eau du baptême et le sang de la communion, et dans l'interprétation symbolique

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qu'elle doaaa de la Passion, elle se plaça k droite de Jésas pour recevoir le précieux liquide, tandis qu'elle laissait la place de gauche k la synagogue moins favorisée. Ou peut donc assurer que depuis saint François jusqu'à DOS joars tous les stigmatisés ont vu Jésus porter & droite son coup de lance dans toutes les représentations picturales de la Passion et dans tous les cnicidz. Dès lors, c'est une question de savoir pourquoi nous trouvons parmi eux à c6té de quelques droitiers tidèlea & la tradition un nombre considérable de gauchers qui s'en écartent. Saint François, par exemple, est droitier, et l'on peut citer avec lui parmi les droitiers célèbres : Marie Colonna, Angèle de la Paix et Catherine Emmerich. Mais Véronique Giuliani est une stigmatisée de gauche comme Catherinc.de Ricci, Catherine de Sienne, Jeanne de Jésus-Marie, Claire de la Croix, Passidée de Sienne, Louise Lateau, Madeleine X... et bien d'autres qu'on pourrait nommer. D'où vient que taut de stigmatisés n'ont pas tenu compte d'une tradition consacrée, sur ua point qui devait leur paraître capital?

Quelques-uns d'entre eux ont été marqués à gauclie parce qu'ils ont substitué mentalement l'idée du cœur à l'idée du flanc ; c'est dans l'organe de leur amour qu'ils ont reçu le stigmate et Jésus lui-même leur est apparu comme Trappe au cœur malgré les tableaux, les crucifix et la tradition qui plaçait 8& blessure à droite.

t Jésus », dit Véronique, « mit la baguette de flamme sur son cœur et la pointe de la lance dans le mien* ». De même Catherine de Racouisio voit dans une extase saint Pierre lui prendre le coeur, le présenter à Jésus qui le purifie de toute souillure et le remettre à sa place: elle ressent une grande douleur et pendant longtemps la peau reste enflée et douloureasc dans toute la région du coeur; c'est égaleincut de leur cuour et non de leur cdté que parlent d'autres mystiques qui comme Véronique et Calheriue de Raconisio ont été blessés A gauche; mais cette explication ne vaut pas pour la majorité des stigmatisés qui sont restés fidèles à la tradition de l'Église et se sont représenté dans leurs extases Jésus blessé au flanc droit et non au cœur. Ils l'ont vu crucifié, lo cûté droit percé et saignant et pourtant c'est à gauche, un peu au-dessous du cœur qu'ils ont reçu le coup de lance et qu'ils ont eux-mêmes soufTert et saigné. Dans ce cas, s'ils ont transposé sa blesiïure c'est manifestement parce que placés en face d'un crucifix, d'une peinture de la Passion ou d'une représentation mentale de Jésus crucifié ils ont reçu k gauche les rayons, les flammes, les lances de feu qui s'échappaient de la plaie. Voild pourquoi Jeanne de Jésus-Marie fut blessée à gauche, bien qu'elle ait vu des rayons ardents partir du càté droit de Jésus, et Ton peut donner à coup sûr des explications analogues pour RIaise de la Croix, Passidée de Sienne et toutes les sligmalisées de gauche que nous avons citées.

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