DE LU DISSOCIATION DE LÀ MIMIQUE
CHEZ LKS ALIÉNÉS
Sous riofluencti des variations alTticlives, les muscles du visage se conlraclenl pour constitiii^r un tout harmonieux qui est l'expression niimi(|uc d'une éinoLËon ou d'un sentiment. Il se produit donc ix l'élaL normal ce qu'on appellerait en musique un accord piirfuit. Muis on peut iiun^incrquc parmi les muscles en mouvement, it y en ail an dont la coulraction s'efTectue d'une manière excessive ou insufflsnnlc.ou Lien eoeorc qu'un ou plusieurs muscles, destinés & représenter un étald'dme tuuldilTiJreiit du premier, viennent à ajouter leur note au couccrl. L'accord sera faux : il en résultera une expression mimique discordante. Ainsi, la mimique se trouve dissociée toutes les fois que les diUôrcats muscles qui doivent entrer en jeu normalement dans l'cxpreasion des étais cfTeclifs, réagissent d'une fa(;ou incoordonnrcet sans harmonie. Mais avant d*ealrer plus avant dans les dissociations de l'expression, il aous parait utile d'éliminer de celte rubrique un certain nombre de faits qui lui sont étrangers.
Tout d'abord il faut établir une distinction entre rélude de tacoDfiguration de la face, c'csl-à-dirc des signes permanents de laphysiognomouie, et l'étude de la physionomie h l'état actif, c'est-à-dire des modilications temporaires qui se produisent du côté de la face sous l'influence dételle ou telle émotion. Cette dernière seule intéresse la mimique.
Les dégénérés sont souvent caractérisés dans leur aspect extérieur par des anomalies congénitales qui servent même de base ù. leur individualité clinique. Nous ne décrirons pas ici ces anomalies particulièrement bien étudiées dans les travaux de Tcbaldi ', et do
1 . Tcbaldi. Fiaionomiu edexpreBsionealudiate neii9 lors ttinûdoni, Pftdova (18S4). Journal de psychologie. 27
JOVflNAL DE PSYCnOLOtUS
SégUs*. Ce 80Dl des assymélries, des inalformalloos cr&Qieones el faciales, des déformalîons de l'oreille et du nez, du maxillaire et des dénis, des modifications des difTéreutes parties de l'œil, du strabisme ou du nystagmus, des altérations du système pileux, etc. La physionomie se trouve ainsi déviée suivant des types d'ailleurs fort nombreux qu'on a tenté de catégoriser. Parfois^ la tète est développée ù outrance, les saillies en sont accentuées, les traita sont grossiers et l'ensemble revèL un aspect simiesque. Il n'est pas rare non plus de rencontrer des caractères anthropologiques rappelant les individus d'une race disparue. D*autres fois encore, un arrêt de développement âe traduit par la microcépbalie; le visage denaeure enfantin el en quelque sorte asexué, ou bien il resle boufû, ridé, revêtant l'aspect de la sénilité. Tout cela u*a rien de commun avec Texpression.
D'autre part la mimique peut être modifiée chez les aliénés, par des circonstances qui, tout en étant indépendantes de -l'état mental relèvent du même processus morbide que les troubles psychiques. Ce sont lantût des altérations viotn'ces (tics, mouvements choréiformes ou albétosiques, tremblements), tantôt des altérations irophiques (atrophies musculaires, hémiatrophie de la face). De même certaines maladies nerveuses, au cours desquelles apparaissent fréquemment des troubles mentaux, entraînant dans l'expression de ta physionomie et dans Tbabitus général du malade des modiÛcalions profondes qui ne dépendent pas k proprement parler de la fonction mimique. Elles peuvent imprimer aux traits des déviations permanentes d'origine spasmodique ou paralytique, et il en résulte autant de masques pathognomoniques bien connus des ueurologistes. Là encore il ne s'agit pas, à proprement parler, de troubles de la mimique.
Apres élimination des phénomènes précédents, éludions la dissociation mimique dans ses caractères objectifs, puis dans son mécanisme pathogénique.
Si l'on veut avoir une idée grossière de ce qu*on appelle une « dissociation mimique» il suffira d'examiner la physionomie d'un clown. Les commissures sont abaissées ou relevées, les plis de contraction musculaire sont alténués, exagérés ou dénaturés, elces faUiûcalîona
i. Séglas. Va J'cxamen morphologique dea aliénés et des idiots. Soutelie iamographie de ta Salpf trière. I8M,
OHOMAIID. — DISSOCIATIOS OE LA MIMIQVS CHEZ LES ALIÊSÊS 4111
produisent sur uu même visage rillusioa de sentimeals contradictoires qui s'entrechoqueiil dans une véritable cacophonie de l'expression. Ce déséquilibre physionomique obtenu arLilîoielIcment au moyen des peintures et des fards n'est que l'exagération ù oulraoce du phéaomèae que nous voûtons étudier.
Dana la réalité, les dissociations mimiques ne sont pas toujours aisées à rceonnattrc au premier coup d'œil. Quand le sujet vent bien B*y prêter, on peut Uiier d'un petit artifice qui consiste h appliquer verticalement puis tiorizoulalemenl au-devant du visage un écran qui le divise par moitiés. On examine alternativemeat la partie supérieure et la partie inférieure, la partie droite et ta partie gauche, dans un travail de comparaison. Mais il faut avouer qu'un tel procédé encore que pratique lorsqu'il s'agit d'une photographie^ ne read en présence d'une figure mobile que des services assez limités.
11 faut croire cependant que la tiissociation de la mimique a frappé depuis longtemps Icâ p^y^^hiatres par sa fréquence et son importance, car d'aucuns font du symptôme qui nous intéresse un signe universel et quasi apéciliquc de futic. « Le masque de l'aliénation mentale, dit Féré*, a pour caractère rîncohcrence de l'expression, qui ne correspond Jamais à l'expression franche d'une émotion normale, parce que toujours quelques muscles se relûchent ou se contractent lorsqu'ils devraient se contracter ou se relâcher en suivant les associations normales. » D'après Laurent S « le type de Taliéné en général se reconnaît â ce que l'expression de l'œil, le centre d'actions oculaires» et le centre d'action buccale sont en désharmonie u. Le même auteur dit ailleurs : « Il n'est aucun cas d'aliénation mentale où l'on ne puisse démontrer la dissymétrie que nous venons d'indiquer, u Fautil encore rappeler le schéma de Lavater? Le grand physiognomoniste proposait de prendre trois portraits difTérents et de diviser la face de chacun d'eux eu trois parties, répondant, la première au front, la deuxième au nez, la troisième à la portion inférieure depuis le nez jusqu'au menton, puis de remplacer dans le premier portrait la portion moyenne par la portion correspondante du deuxième, la portion inférieure par la correspondante du troisième: on obtiendrait imman-