I. Féré. i'alholoi/ie, îles émolhns. Paris, F. Alcan
t. Lïurenl. De lu physlcaotnie chei Ïv9 atièiiés. Anat. médico-psychul., V flérie, Vil p. 801.
430 JOVRSAL DE PSYCHOLOGIE
quablcraenl la physionomie cl*UQ bomme inseusé. Nous n'ea doutons pas, mais nous ealimona qu'en fait lea propositions exclusives sont exagérées. La Jissooiation de la mimique n'est pas applicable l lous lea cadres nosographiqucs de la psychiatrie ot nous n'avons certes jamais songé ^ étayer sur ce seul symptôme un diagnostic de Folie. Néanmoins il faut reconnaître avec Ledos* que c la physionomie a ses acconls et ses harmonies aussi bien que !a musique », et il convient d'ajouter que ces accords sont souvent faussés et que ces harmonies sont souvent détruites chez nombre d'agênèsîqucs et chei la plupart des déments. Le jeu de leur physionomie est incomplet, leurs gestes paraissent douteux, leurs rires ressemblent à des pleurs.
Pour interpréter le mécanisme palhogénique de tels phéaomcnes, nous croyons qu'il faut nous garder de toute théorie exclusive, car la dissociation apparente des jeux de la physionomie peut reconnaître deux origines.
Il est des cas où la désharmouie de l'expression n'est pas imputable & l'appareil qui exécute mais au sentiment qui commande. On peut dire que d'une façon générale la dissociation mimique se produit toutes les fois que les senlimcnls sont mal affirmés ou toutes les fois que des sentiments complexes ou contradictoires se trouvent en présence. Ces circonstances sont loin d'être rares àTéUt normal, mais Duchenne de Boulogne distingue avec raison ce qu'il appelle les « contractions combinées expressives discordantes » de ce qu il désigne sous le nom de « contractions combinées încxpressives ». Tandis que les secondes répondent bien aux véritables dissociation* que nous étudierons tout à l'heure, les premières résultent légitimement de la fusion plus ou moins parfaite de deux sentiments con- Iraires, semblant s'exclure l'un l'autre. La joie et la douleur en conflit donnent U sourire mélancolique. Certaines modalités du rire ne sont-elles pas aussi le témoignage d'un vériUble « paradoxe mimique M parce qu'elles traduisent une émotion mitigée, une émolioa dont la nature hilarante est en quelque sorte impure et troublée? L« riresarcaslufue qui porte une pointe d'agression, UiHre obséquieux qui ne va guère sans une nuance d'embarras, le rire jaune coloré de
i. Udo». Truite lie la ph)inQnomie humaine, K%%k.
nnOMARI). — rH^SOCIATIOS HK IA mimique chez les ALIÉSÉS 421
dépit, en sont auLaDl de tcmoignnges. Dans le rire Jaune, par exemple, il existe une contraction peu franche du grand zygomaliquc et du risorius doSantorini, d*où faible déviation cii haut et en dehors de la commissure des lèvres. U s'y joint une légère contraction du petit zygomatirjue, qui est un muscle du pleurer selon Duchennc. Souvent aussi Texpreasion se propage jusqu'au front où elle se traduit par une conlraction du frontal et du sourcilior qui donne au visage une nuance plus ou moins marquée d'inquiéLude.
Voici donc des sentiments, do prime abord différents, qui peuvent cependant se fusionner, & la condition d'être modérés. Ils apportent bien avec eux quelques dissonances, mais en matière d'expression mimique, tout comme en musique, les dissonances ne sont pas fautes contre l'harmonie. Aussi la dissociatioti mimique existe-lelle dans les oeuvres d'art. Les masques japonais la traduisent au suprême degré. Les sculpteurs paraissent avoir recherché surtout rasymëtric mimique oculaire : tanlôL les yeux ne sont pas dans le même axe, tantôt uu oeil est h demi fermé ou bien il est plus petit, plus bas, ou plus exceutrique que l'autre. Ces irrégularité^ voulues sont essentiellement grossières et destinées h. donnerunc impression d'étrangelé, à produire, comme l'on dit, une grimace, laquelle grimace est ik Texpression mimique ce que la caricature est au portrait.
Mais sans aller jusqu'il cette cacophonie expressive, on retrouve la dissoctalioH mimique dans les échelons supérieurs de l'art. La Joconde du Vinci en est le témoignage frappant. Dupiiis * s'exprime en ces termes : « Enigmatique en sa complexité, rexpression de la Joconde a donné lieu à d'innombrables commentaires. Beaucoup prétendent que le tableau est inachevé et que c'est là le secret de ce mystérieux sourire que le peintre aurait laissé ébauché, sans avoir pu Ûxcr la mimique caractéristique de cette belle tète perpétuellement mobile et changeante. Léonard de Vinci n'aurait-il pas plutôt cherché à donner au portrait de Lîsa Gioconda cette expression moqueuse, fine et délicate, qui intrigue tous les observateurs, et qui intrigue surtout par ce fait qu'elle est unilatérale? D'iiprès le professeur Pierret, c'est avec intention que le maître italien a dessiné ce
1. Dapois. Essai sur les mimiqaes Toalaea. Thèse do Ljon, 190S.
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léger relronssU du coin gauche de la bouche. La Joconde est une moqueuse, elle tient h le faire voir à celui qu'elle regarde el qui est situé à sa gauche, et c'est avec intention qu'elle donne h la moitié gauche de son visage l'expression de la moquerie. C'est donc une expression voulue que Léonard de Vinci a cherché et réussi à peindre. »
Eu effet, on peut affirmer que la mimique préseulc un certain degré de dissociation chez tout sujet qui fait effort pour se composer une expression dilTérente de celle que comporte son état psychique. Qu*on examine un enfant lorsqu'il vient de faire une sottise. Pour dissimuler son inquiétude il veut imposer à sou visage un calme factice, une indilTérence d'emprunt qu'il compose avec un soin tellement évident que le moins prévenu ne s'y trompe guère. Ces traits immobilisés en bloc tout autour de ce regard fuyant et inquiet, c'est on aveu formel, c'est une démonstration flagrante de la faute. II y a du trop avec du trop peu dans cet ensemble révélateur. Si de Tenfant à peine initié dans Part île mentir avec le visage, on passe à l'adulte plus expert en hypocrisie sociale, il est moins facile de dépister la dcsharmouie dans le concert expressif des visages. Mais voyez pourtant le rire jaune d'un mécontent qui pose k l'homme satiï^faiL! Voyez la mine cafarde et servile d'un laqucl duut rcmprcssement n'a rien que de très intéressé ! E( puis, dans le sourire de complaisance, dans le sourire affecté des gens de bonne éducation et dans lesourire obséquieux du commcrtjant qui sait son métier, n'y a-t-il pas à faire toute une étude de dissociation mimique? C'est que, dans tous ces cas. des facteurs spéciaux viennent apporter le trouble dans le jeu normal de la mimique naturelle en soustrayant cette mimique audomaine de la spontanéité inconsciente pour la transformer en une activité consciente et voulue. Quoi qu'il en soit dès que l'expression équivoque d'une physionomie traduit une émotion qui est en réalité contradictoire ou mal définie, on doit reconnaître que celte expression est le témoignage fîdéic d'un état psychique. Son incertitude et sa complexité reflètent avec une parfaite authenticité la complexité ou l'incertitude de ses origines el il n'y a pas pour tout cela dissociation ou dé:»harmonie au point de vue mimique.
Toutefois si les expressions équivoques et en quelque sorte paradoxales, font partie du registre mimique de Phomme sain d'esprit, il
DRO^V^ltD. — DIS^OCIATÎOS DE LA MIMIQVE CHEZ LES ALIBSÉS 433
faut reconnailre qu'elles doivcnl Lrouver une plus large place dans certains cadres nosographiques. L'unilé de mimique doit s'opposer à l'incertitude d'expression, comme Tunité alTeclive s'oppose à Tindiffcrcnce. Toutes les fois, dit Larroumet ' que nous sommes en proie à un senlimenl violent, qu'il soit triste ou gai^ nous n'éprouvons que ce sentiment là, à l'exclusion de tout autre. Par cela même qu'il est fort, il supprime tout ce qui n'est pas lui-môme, il nous absorbe ; il nous rend aveugle et sourd à tout ce qui contrarierait son action et diminuerait son intensité. L'expression mimique d'un tel étatd^&me ne peut être équivoque. Mais par opposition, on congoit fort bien que dans les étals de démence où prédomine l'indilTércnce aiïcctivc, toutes les sollicitations intérieures et extérieures étant ii peu près sur le même plan quant h. leur résultante émotive, la mimique puisse être l'objet d'interférences continueltes et se présenter sous un aspect toujours contradictoire, hétérogène et désharmonique. On sait quel caractère d'incertitude et d'hésitation présente la mimique des déments précoces en particulier.
Mais la véritable dissociation de la mimique, celle qui répond aux «contractions combinées incxprcssîvcs » de Duchcnnc, reconnaît un mécanisme bien différent. Ce n'est plus Témotion elle-même qui est incertaine ou complexe, ce sont les muscles qui servent cette émotion avec maladresse et la traduisent de manière incorrecte.
Une expression physîonomique n'est pas représentée par la contraction d'un seul muscle, mais bien par le jeu complexede plusieurs groupes musculaires dont les uns se contractent tandis que les autres se relâchent. Certains éléments fournissent les traits primordiaux et donnent par leur contraction la ligne principale d'expression. D'antres remplissent lorsqu'ils se contractent un rOle de renforcement ; ceux-là sont traducteurs de l'intensité et ils sont d'autant plus nombreux dans leur intervention que le sentiment à traduire est plus vif. D'autres enfin, qui entourent tous les précédents, se relâchent, se détendent, et accomplissent ainsi un travail secondaire destiné à donner du relief; ils font ressortir les traits expressifs par leur cfTacemeat. Or Tharmonie de cet ensemble peut être altérée de trois façons : par excès, par défaut ou par subsUtutioii.
1. Larroamot. tn Cbromqae lh.étr&I«. Le Temp$, 26 aoA( l'JOt.
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Daus la dissociation par excèst c'est un muscle étranger qui entre en jeu quand il ne le faudrail pas. Les muscles esseoUels ont l'éoer* gie nécessaire pour accomplirleur mission, les antagonistes ontconserve leur tonicité, mais c'est un intrus qui vient apporter une note iuatcendae dans le concert. Imaginons une expression qui commence, celle du sourire par exemple. Le grand zygomatique complète ou plutôt corrige Taction du risorius de Santorini, et leurs efTorls réunis attirent doucement la commissure des lèvres en haut et en dehors. Mais supposons qu'un spasme unilatéral du petit zygomatique survienne brusquement : celte contraction intempestive mettra le désordre dans l'expression primitive qui se trouvera momentaaément faussée.
Dans la disaocialion par défaut^ c'est un muscle associé à une expression qui n'entre pas en jeu quand il Je faudrait, c'est un muscle du groupe utile qui semble oublier son rùle. Or, toutes les fois que plusieurs forces sont appliquées en un point, la valeur de la rêsuUaulc est fonction de T intensité relative de ces forces. Si l'une d'elles vient à disparaître, la résuUante cbaugc de direction. De même, si au milieu d'un mouvcmeut^ l'un des muscles utiles ne reçoit plus l'énergie qui lui est nécessaire, la dispariliuQ de son action devra rompre du même coup l'harmonie de l'ensemble : le membre s'éloignera du but qu'il devait atteindre ou bien la face ne rendra que par une grimace Texpression qu'elle devait fournir.
11 convient d'ajouter que le manque d'énergie, au Heu d'atteindre les muscles primitifs d'un mouvement, peut intéresser ses aotogonistes. La conséquence n'en est pas moins évidente au point de rue de la disharmonie. Les muscles, disait Duchenne, a sont des espèces do ressorts qui, daus rinlervulic des contractions, se font plus ou moins équilibre. C'est ainsi qu'à lu face, les tissus et principalement la peau, sont cutrainés dans le sens du plus fort, a Or, cette tonicité musculaire qui, à Tétai de repos, conserve à la ^ face l'harmonie de ses traits, nous retrouvons son application quand les muscles sont à l'état de mouvement^ caron peut dire avec Jackson que < le mouvement le plus simple n'est pas la somme arithmétique des actions de tous les muscles qui se contractent dans ce sens, mais la somme algébrique de la coopération de ces muscles et des contrac-
rmoMAnn. — oissociatios de i.a mimique chez les aisènès 425
tions ije leurs aatagouisLes' ». Le rôle des muscles ODlagonistesest donc importanl, car il sert de freîn cl maintient» par Ih même, l'équilibre de rensemble. Le muscle autagoniste vient-il & défaillir, lo mouvcmenl du muscle directeur s'exagère^ et il en résulte wnc désharmonie.
Dans la dissociation par substitution on voit 8*UDir de façons variables les deux processus du défaut et de l'excès, pour aboutir h une véritable ataxie de la mimique. Il y a \h. comme un mélange de spasmes partiels et d'insuffisances locales dont le résultat est un défaut d'homogénéité dans les dilTércntcs expressions du visage.
M.Soury' admet qa*un tel défaut d'homogénéité peut élre considéré comme un stigmate important de dégénérescence^ même en dehors de l'aliénation, cl il étudie après Sikorsky trois types de mimique dègènérative.
Le premier type de mimique dègènérative repose sur l'énorme prédominance dos muscles du facial supéricursurceuxdc l'inférieur. Dans les états afTcctifs, les plis frontaux s'exagèrent, mais les autres muscles conservent une immobilité plus ou moins complote. Dans le rire, par exemple, le pli naso-labial se dessine mais d'une fat^on tout & fait fruste cl rudimentaire. L'auteur ajoute même que les conlractiiins des muscles frontaux alTcclent n.sscz souvent le caractère de convulsions spasmodiqncs ; elles sont si régulières dans leurs manifestations qu'elles rappellent plutôt des grimaces choréîquesquo des mouvements mimiques véritables. Les rides du front sont remarquablement accentuées même à l'état de repos: elles se forment déjii dans le jeune âge, du fait de la contraction constante et intense du plan musculaire sous-Jacenl. 11 semble qu'il y ait là quelque chose de paradoxal, car des états psychiques supérieurs, tels que l'attention ou la réflexion entraînent communémeulune prédominance de mimique frontale. Toutefois en examinant les portrails de Gladstone, de Beethoven, de Locke, de Pirogoff, de Franklin et de beaucoup d'autres on observe une contraction plus ou moins marquée del'orbiculaire et du sourciller, contractions qu'accusent deux plis verticaux dans la région de la glabelle. Or, chez les sujets atteints de mimique
1. Jack»on (H). Remarks on evolulion and diisolulion of the nervous ijstem. The Journal of mental science. Avril 1887. i. Sourjr. Système nervtux emlral.
43ft
JOURSAL PB PSYCtiOLOGW
dégénératire la contraction de l'orbitaire et da sourciller serait rn dérnut, et il en résuUeraîlque non seulement on ne voit pas, chez cax, les plis de la glabelle signalés plus haut, mais que les sourcit.s. 1res élevés, forment deux arcs à convexité su péro-ex terne conformément à la direction des Qbres musculaires du frontal. Il existe donc d'après cela une différence essentielle entre la mimique frontale des hommes supérieurs et celle des dégénérés.
Le deuxième type de mimique dégénérative s'adresse k l'orbiculaire des lèvres. La bouche est le ceutre de toute la mimique faciale inférieur chez les gens normaux. Chez les dégénérés au contraire on observerait fréquemment l'inertie, l'écartemenl et la bouffissure des lèvres, ainsi que des spasmes involonlairei^dela même région.
Le troisième type de mimique dégénérative a pour principal caractère la contraction prédominante de l'élévateur commua du nez et de la lèvre avec inaclivilé manifeste du zygomatique major. GetLo mimique communique à la physionomie une expression naturelle de maussaderie ou de morosité, et elle donne au sourire un aspect tout particulier. C'est que le sourire provoqué normalement par l'action du zygomatique major, s'effectue, le cas échéant, à l'aide des muscles qui mettent en mouvement le pli naso-labial dans sa portion supérieure, de sorte qu'à l'expression du plaisir se joint celle du pleurer. Un exemple de Soury témoigne de cette activité paradoxale d'une façon très nette. II s'agit d'une femme dont le sourire tout à fait étrange s'accompagnait même de contractions du pyramidal. Le spectateur doutait constamment si cette femme voulait rire ou pleurer. Maiscommc elle ne riait jamais autrement il fallait bien admettre qu'on était en présence d'un cas de mimique dégénérative, et qu'à cette personne manquait totalement le sourire naturel, qui, chez l'homme normal résulte de Taction du zygomatique major, sans participation des autres muscles périlabiaux. Schiile a d'ailleurs décrit cette mimique indifférenciée: n Dans l'expression de la joie, nous dit-il, le visage des malades prend l'expression d'un visage en pleurs. » C'est encore celte même expression mimique qu'il désigne, chez les idiots, sous le nom de « joie douloureuse ». Cette « joie douloureuse », n'a rien de commun avec celle qu'on observe, à l'état normal, dans ce qu'on pourrait appeler les états mixtes de l'esprit humain où les sentiments de tristesse et de bonheur sont en quelque sorte en conflit.
DROMAIU). — DlSSOCtATtON DE U MWIQVE CHEZ LES AlfÉNÊS 427
PAu reste, Duchenne qui a bien étudié celle mimique a montré que dans les étais normaux où In joie vient à se teinter d'une nuance de mélancolie, le sourciller et le zygomatïquc mnjor sont enjeu, mais le Kygomatique mineur cl l'élévateur commun do la lèvre et du nez, demeurent sans action.
Des trois formes de mimique dégénérative, la première est laplus commune. Soury fait observer que la prédominance frontale csl par- Uculièro au singe ; elle est tr6s accentuée aussi chez les nouveau-nés. Les grosses lèvres charnues et sans expression qu'on signale dans un
\deuxiéme type sont également caractéristiques des races inférieures.
Enliu on a pu relever dans les mômes races inférieures la fusion en
une masse unique de tous les muscles de la face qui des orbites
descendent à la lèvre supérieure. Cette circonstance a évidem-
aent pour effet de s'opposer aux mouvements indépendants et
[isolés de la mimique faciulo. Elle nous rapproche de la mimique n indifTérenciée » qui constitue le li'Oisiôme type de mimique dégénérative.
Dans les trois types il s'agit donc bien d'étals réversifs, qui sont des signes évidents de dégénérescence.
Au resle, ainsi que le fait observer Soury, la mimique dégénéralive est accompagnée si souvent de signes physiques et psychiques, qu'il est impossible do la considérer comme l'cfTct d'une coïncidence ou d'an accident.
Pour noire part, nous acceptons en principe Texistence d'une «mimique dégénératricc » mais nous estimons qu'il est un peu arbitraire de systématiser des types capables de se combiner de mille fagoDS. En admettant que les trois formes admises par Soury et par
kSikorsky soient les plus fréquentes, elles ne sont certainement pas les seules qu'on puisse observer et elle ne résument pas en ellesmêmes lous les cas de la clinique. Nous avons pu nous en convaincre en examinant successivement les jeux physionomiques d'une tren-
I laine d'enfants soumis à nos soins et recrutés dans les différents échelons de la hiérarchie des dégénérés, depuis la simple débilité jusqu'à l'idiotie. Au reste en comprenant d'une fa<;on légitime certains types de mimique parmi les stigmates des dégénérés il ne faudrait pas conférer h de pareils symptômes une valeur plus exclusive et plus absolue que celle qu'il convient d'appliquer à tous les genres
JOVnSAl DE V.SYCHOLOGtB
de sligmalcs qu'on a décrits dans le domaine forl élenda mais 1res élastique de la dégénérescence.
Mais laissons de côté \si dissociation primitive et congénitale des agénésiqucs, pour envisager maintenant la dissociation secondairement acquise des déments.
Sikorsky* s'est attaché à décrire et à interpréterccrtaioes altitudes du visage chez les déments apathiques, et il s'est efforcé de synthétiser ses études en désignant une série dHndices qu'il considère comme des signes non équivoques de démence.
Le premier indice de la démence apathique est représenté par V affaiblissement du muscle orhitaire inférieur. Cet indice est si constant et si visible qu'il peut être considéré comme le meilleur dans les cas douteux. Il donne toujours h la physionomie ou plulùl au regard du malade une expression de lassitude. L'auteur rappelle que dans le tableau bien connu de Kaulbach <r Narrenhaus m, où les physionomies d'aliénés sont rendues avec un remarquable talent d'observation, ou trouve cet air de fatigue dans l'expression d'uu personnage couronné, d'une mère on démence et d'un cher d'année.
Le second indice réside dans l'affaiblissement du muscle élévateur de la paupière supéneure. La parésie de ce muscle se reconnaît à ce que le limbe de la paupière se rapproche de la pupille et en recouvre la partie supérieure. La combinaison de celte parésie à celle de l'orbiculaire donne l'expression la plus parfaite duo regard éteint u.
Le troisième indice se traduit par V affaiblissement global des mxiscles du facial inférieur. Dans la plupart des cas, tous ces éléments s'afTaiblisscnl simultanément. Toutefois les troubles se manîfcstent de préférence dans ceux qui se dirigent vers la lèvre supérieure, c'est-à-dire le grand zygomatique, le petit zygoraalique, le muscle élévateur de la lèvre supérieure et la partie supéneure de l'orhiculairc. L'affaiblissement de ces muscles est bien caractéristique et donne au visage une forme particulière: la figure « s'allonge H suivant l'expression classique. D'ailleurs, si en partant d'un point déterminé on mesure la distance qui sépare ce point de la commissure des lèvres, on pourra constater un affaissement progressif de
l. Sikorsky. Les indices phjraiunomiques d« la démenct apathique. Icon^ Salp., 1M3, n» 6, p. 177. -*
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contraire, le rire produit inainédîalemeut le mouvement général de U pcAU. depuis le coin de 1& bouche Jusqu'à Tangle extérieur de l'œil A l'état de repos, la dimiauLion de la lonicîU musculaire a sa répercussion immédiate sur les ûbres cutanées dont nous venons de parler, et c'est pour cela que la physionomie perd son air de finesse et de noblesse pour dcveuir replète et sans expression. En ce qui eon* cerae les modifications trophiques et vaso-motrices, on peut aJOrmer que tout afTaiblissement musculaire produit un ralentissement dans la circulation du sanget de la lymphe. D'ailleurs il va sans dire qu'A cette influence secondaire viennent se joindre des influences primitives sur lesquelles nous ne pouvons pas noua éteudrc maisqui réagissent probablement d'une façon directe sur la nutrition des tissus.
Nous ne croyons pas devoir critiquer les résultats de Sikorsky, car nous avons trouvé leur confli-malion chez la plupart des déments que nous avons eu l'occasion d'observer nous-mêmes. On pourrait tout au plus reprochera Tauleur un esprit de schématisation excessif. Mais ce qu'il convient d'exprimer c'est que rafTuiblissemeut musculaire que nous venons d'étudier ne correspond nullement à de véritables paralysies. Le caractère môme de celle aiTaiblissement n'est pas celui d*une parésie vraie : il est fait d'inconstance et de variabilité. Au reste les muscles ne sont affaiblis que dans leur fonction d'expression mimique : ils conservent toute leur action quand ils obéissent à la volonté. EnOu Tobscrvation a prouvé l'absence de toute réaction de dégénérescence, le cas échéant, et il faut admettre que les altérations fonctionnelles qui sont à l'origine dételles maalfestations n'intéressent pas le neurone inférienr.
Quoi qu'il en soit, l'impotence d'un groupe musculaire ne va pas sans une exagération fonctionnelle des antagonistes. L'auteur russe a tenu compte de cet élément et en regard des insuflisances par atonie que nous venons d'étudier, il a signalé ce qu'on poorrail appeler justement des hypevtonies muscuiaires de eompetisaiiom. Si l'on analyse la corrélation qui existe entre le système musculaire supérieur et le système musculaire inférieur de la lace, on arrivée cette conclusion que raffaissement de la paupière entraîne presque toujours une forte contraction du muscle frontal dont le rùle pent compenser jusqu'à un certain point l'afTaiblissement fonctionnel des
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étévatËurapalpébraax. C'est aiasi que Ton explique d'ailleurs, depuis Uulchinson, la conlracUon considérable des muscles frontaux dans les opbtalrooplégies enlraiuanl de la ptôse. Werliagea insiste également sur une expression particulière qui rappelle celle d'un homme & peine éveillé ou mieux encore celle d'un homme qui, sur le point de s'endormir» cherche & lutter vainement contre renvahissementdu sommeil. L& encore le plissement du front joint au rétrécissement des fentes palpcbrates. indique l'hypertouie du frontal venant en compensation de la ptôse palpébrole.
Mais le constraste entre le système musculaîro facial et le système musculaire frontal peut s'observer dans la démence alors qu'il n y a aucun abaissement de la paupière. On peut vérifier l'action prépondérante de plusieurs muscles frontaux) le frootal, le sourcitier, l'orbiculaire supérieur et le pyramidal du nex), dans les cas où il y a atTaiblissemcnt manifeste du système musculaire inférieur de la face. Parmi les photographies annexées aux recherches de Sikorsky, on peut même voir une figure où par suite de raffaiblissemcnt du système facial inférieur, tous les muscles frontaux prédominent» mais où, d'autre part, l'afTaiblissement palpébral d'un côte a provoqué, pour son propre compte une contraction compensatrice du muscle frontal beaucoup plus marquée de ce même côté. On voit par là quelle complexité peuvent atteindre les phénomènes de compensation sur lesquels nous venons de nooa étendre.
Sikorsky a envisagé surtout la dissociation mimigue dans ses manifestations statiques. Il n*est pas moins intéressant de l'étudier dans ses fonctions dynamiques chez la plupart des déments et chez le paralytique général en particulier. La dissociation des mouvements de la face traduit ici le désarroi de l'activité musculaire au même titre que la trémulation des lèvres ouïe tremblement delà langue. De nombreux auteurs se sont attachés à en marquer la fréquence.
John Turoer* admet que la désharmonie de la mimique existe dans presque toutes les classes d'aliénés, mais il reconnaît que c'est dans les cas de démence rapide et dans la paralysie générale en particu-
1 Joli Turncr Dissolution of exiiression. J. of mental science, Arril. 9â et 93.
43i jovttSAK De vsYcnoioais
lier, qu'on rcDCoatro les plus beaux exemples de ces dissociations de rexpressioii: « Graduellement, nous dil-il, mais ti coup sûr, les muscles de la face perdent leur TaculLé d'exprimer les émoLious Buivaul leur maDicre habituelle, m
Taly et Beloua *, rappelant ropinion de Pierrel, font observer que le spasme émotif normal a pour principal caracttHed'Ôtre généralisé à LouLe la face et de s'accorder avec l'élal rocnlal du sujet, tandis que les spasmes émotifs des paralytiques généraux, sout localisés; ils ne prennent pas l'ensemble de la physionomie, ils ae passent quelquefois dans une partie seulement du visage, les yeux ou la bouche voire même d'un seul côté; et de cette dissociation résulte souvent une expression niaise toute particulière.
M.Jourdin'monlrcégalemcntaucoursdesa thèse comment l'ataxie des muscles du visage peut donner lieu chez les paralytiques généraux à des dissociations multiples de l'expression, et il affirme que la physionomie de ces malades se distingue essentiellement par le jeu incomplet ou exagéré d'un petit nombre de muscles épars ou groupés. U présente à Tappui de son dire la photographie d'une malade, dont l'expression générale est celle du sourire boû et satisfait et qui, cependant, présente à gauche une contraction nnormalel du muscle pyramidal. I! en résulte pour ce cûté de la physionomie un faux air d'agression en discordance complète avec l'autre côté. Une autre photographie représente un visage dont le cûté gauche d«j la face exprime l'étonncrnent stupide, tandis que le cdtc droit exprime une douleur intense grftce h une contraction exagérée du frontal et du pr^tit zygomatique correspondant. Il est permis de rappeler dans le même sens cette malade de Brissaud^ chez laquelle le jeu des zygomatiques est tellement combiné, que l'on ne sait si clic rit ou si elle pleure.
On pourrait décrire de la sorte une variété infinie de physionomies discordantes, suivant que le trouble moteur porte sur tel ou tel muscle dont il anéantit ou exagère la réaction expressive. Sur ces
1. Taly et Beloas. Des difBcalléfl que prâsonle le diagnovlic do U paralysie générale. Commaoicatioa à la Société de médecine de Sainl-ÉlieDoe. Arrll 1890.
2. Jourdin. EUsais flur les troubles de la mimique chex les paralytiques gèncraoi, Thite Lyon, 1895.
3. Brissaud. Hiro et pleurer «pasmodiques, Heftut ttientifiguê, 1894.
DHOM.iRO. — DlSSOClATIOy DE LA MIHIQVE CHEZ LES ALIÊSÊS 433
physionomies on verrait se peindre à la fois, mais en quelque sorte par Tragments, la Joie avec la douleur, la craiole avec l'éLonnemeot, la bienveillance avec le dédain, c'esl-^-dire autant de sentimentâ s'ex-
Ieluanl Tua Tautre, et dont la somme constitue un mélange bizarre. ' Ainsi qno le fait observer M, Jourdin, l'alaxie mimique peut èlro poussée fort loin. « Les muscles en désaccord complet semblent jouer au hasard sans action déterminée. U en résulte un mélange de sentiments divers, si nombreux, si opposés et si complexes que la physionomie ne représente plus rien de réel ni de vraisemblable. Là, plus d'accord, plus de synergie, plus de symétrie. En un mot, le visage présente ce que l'on a qualiÛé si heureusement du mol de cacophonie expressive, o Une photographie que nous trouvons dans le livre du mémeauteuren est un exemple. Il s'agit d'une femme dont la partie supérieure du visage, avec son front presque nui et ses yeux presque clos, peut simuler le rire aussi bien que le pleurer, tandis que la partie inférieure, avec sa bouche largement ouverte et sa lèvre inTcrieure attirée en bas, demeure sans expression définie. Dans l'ensemble on ne saurait dire quel est le sentiment qu'éprouve, un tel être. Il n'est pas moins intéressant de rappeler comme type de cacophonie expressive, une observation de Tumcr' concernant une paralytique générale dont l'auteur analyse les mouvcmentâ de col&re : « ... Quelquefois les deux sourcitiers sont fortement contractés, mais le plus souvent ce sont les muscles de la partie inférieure de la face qui ont la plus large part dans la production des contorsions grotesques de ses traits... La bouche est largement ouverte et la lèvre supérieure est élevée, découvrant les dents et les gencives cl exagérant la profondeur des sillons noso-labiaux. qui se rejoignent au menton. Ou bien, si elle est modérément ouverte, ses angles sont très relevés et écartés, dételle sorte que si l'on couvre la partie supérieure de la face, la parlie inférieure a un aspect riant... Parfois la partie gauche de sa lèvre supérieure se relève d'une manière hargneuse et le sillon naso-tabial gauche est profondément marqué, tandis que clui du côté droit est à peine visible... Si l'on attire son attention, elle présente immédiatement de l'asymétrie frontale. Des sillons Apparaissent au niveau de son sourcil gauche qui s'élève au-dessus