‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 113 sur 161 · I . TurnoF. Loc, cit · texte numérisé non relu

I . TurnoF. Loc, cit

Joarn&l do piychitlogie.

JOVnSAI. DE PSYCHOLOGIE

du droit. LcB deux occipito-froataux et les orbiculaires des paupières] présentent des conlra'îlions spasmodiqaea... L'accès passé, les spasmes cessent dans la moitié gnucbcdu frontal et dansi^orbiculaire des paupières du même côtéf mais ils continuent dans la moitié droite du frontal, dans l'élévateur propre de la lèvre supérieure gauche, cl probablement dans les zygomatiquos gauches. »

Turncr a d'ailleurs proposé relativement à cette ataxie de la mimique, une tbéorie'qu'on peut résumerdo la façon suivante. L'énergie emmagasinée sous forme de phénomènes scnsilifs^ resterait la même chez Paliéné que chez l'homme sain et celle énergie serait répartie dans les divers territoires moteurs avec autant d'intensité que si ces derniers étaient totalement Indemnes. Mais par suite de la destruction d'une partie des territoires en question, la force emmagasinée se distribue en réalité sur une surface qui se trouve amoindrie. Il en résulte que les cléments restant de cette surface seront plus chargés d'énergie qu'À l'état normal. Aussi leur décharge sera-t-elle plus intense ot il en résultera dus contractions excessives. A côte de ces muscles jouant trop, il est évident que ceux qui correspondent aux cenlres lésés se contractent trop peu. Par suite, les mouvements auxquels les muscles sont associés ne peuvent s'efTecluer d'une manière intégrale. Cet ensemble, d'ailleurs complexe, pourrait rendre compte théoriquement de ce que nous avons appelé la dissociation par substitution.

Nous avons passé on revue les diltérentes questions qui peuvent se rattacher à la mimique dissociée- II en est une cependant que nous avons rejetée à dessein, parce qu'elle mérite d'être étudiée à titre d'annexé : c'est celle du latéralisme.

Latér\usub. — Hallervorden de Kdnigsberg S eu utilisant une technique spéciale, a pu constater rinfêriorilé générale des visage gauches chez les droitiers et des visages droits chez les gauchers, de sorte qu'on peut conclure à l'existence chez les gens normaux d'une cérébratité gauche pour l'expression mimique comme pour te langage et pour les usages de la main. « Les visages droits, nous dit-il, sont d'une pensée plus lucide et d'une volonté plus active; les vivagei

t. Hallerrorden, Eine neue Melhode experimeaUUer Phfûognomik. l'<ycA. Neur. Woch.. ociobro 1902, n* 28.

UHQMAIUI. — OISHOCIATIOS DE LA MIMIQVH CHEZ LBS ALIÉSÊS 435

gauches sont simplement perceptifs, quand ils ne sont pas d'une expression douteuse, voire même d'une expression nulle. »

Tout en faisant la part d'une certaine exagération» il faut reconnaître l'cxacliludc générale de la proposition précédente. Il est certain que si Ton observe successivement ïea deux moiliùs du visage chez un même sujet on constatera qu'elles n'ont pas la même expression. Sans doute ce que nous indiquons n'est pas comparable aux asymétries grossières d'origine myopulliique, spasmndiquc ou paralytique; mais il est bien certain que la traits renèteut une activité psychique dilTércnte dans les deux faciès. Si l'on compare les deux moitiés latérales de la face, on constate que l'expression est plus nette sur l'une que sur l'autre. Dans le sourire par exemple, la fente palpébrale est plus rélrécie d'un cùté, les sillons orbitaire inférieur etjugonasal sont mieux marqués, la commissure de ta lûvre est un peu plus élevée et plus tirée au dehors. Il existe ainsi une dilTérence d'expression sensible surtout au niveau des yeux et de la bouche, ecs deux grands centres mimiques du visage. Toutefois, cette différence par activité inégale des deux cerveaux droit et gauche ne détruit pas l'harmonie de l'ensemble : un accord parfait, répété sur deux octaves dilTérents, ou répété avec une dilTérence plus ou moins nolable d'inlensilé, restera un accord parfait.

Mais ces phénomènes qui sont en quelque sorte normaux lorsqu'ils ne dépassent pas uue certaine mesure peuvent atteindre chez les malades un degré tout h fait remarquable. C'est celte asymétrie patente et franchement morbide qu'il convient d'étudier.

Tout d'abord il est nécessaire de ne pas confondre les faits légitimes de latéralisme avec des mauifesLalious d'une toute autre essence.

Lannoiset Pautet' après avoir montre l'importance que les aliénislesetles neurologistes attachent aux troubles unilatéraux de In mimique faciale, indiquent la fréquence d'une pathogénie d'ailleurs trÈs souvent négligée : les altérations du nerf facial dans l'oreille moyenne. Des paralysies et des contractures légères peuvent être le résultat de lésions plus ou moins lalentcsdela septième paire, à son

1. lannoiset Pautet- Troubles unilaUrsux de la mimique faciale. XI* Con^rèM d«M atiénislet etneur.dt France et des pay» delantjite française.

JOURSAL DE PSYCUOLOGiB

passage dans le canal de Fallopc. La fréquence des troubles précites par lésions d'origine otique, enlèverait ainsi une grande partie de leur valeur aux troublcsunilatéraux delà mimiqneen tant qne signes { de dégénérescence on de foHe.

A cet égard, il n'est pas moins nécessaire de rappeler que cbes l'héraiplégique cérébral l'altération mimique apparente peut être fondée sur l'inégalité bilatérale du tonus facial, lequel se trouve soit en excès soit en défaut d'un côté, suivant qu'il y a contracture ou paralysie.

Ces réserves faîtes, il est certain que Pélude comparative des deux moitiésdu visage fournitd'intéressants résultats chezles psychopathes de tous genres. Cette étude a été faite par le professeur Pierret dans ses leçons cliniques et par son élève Paret*.

Entre les symptômes de latéralismeà peine indiqués chez les sujets sains et les troubles hémiplégiques consécutifs h des lésions graves, il y a place pour Vasymètrie mimique des dégénérés et des psychopathes. Ici les différences ne sautent pas aux yeux comme dans les paralysies unilatérales ou les hémicontractures de la face. Néanmoins, avec un peu d'attention, ou peut voir qu'une moitié du visage seulement répond à la situation présente ou à l'idée exprimée; l'autre moitié demeure impassible. C'est dans l'œil et la bouche qu'on perçoit lesi différences les plus nettement accentuées. Les yeux sont sur un même plan, mais l'orbile semble abaissée d'un côté parce que les paupières se trouvent affaissées. La bouche est souvent déviée ; les plis uasolabiaux, n'ont aucune symétrie: l'un est plus oblique et moins long, l'autre est vertical et descend plus bas.

Généralement l'asymétrie s'accentue quand une émotion stimule le visage. Nombre de sujets dont la bouche n'a rien d'anormal à Vét&i de repos ont pris l'habitude de ne sourire qu'avec une moitié de leur face. D'autres fois au contraire l'asymétrie sembledisparaitre avec le mouvement, l'activité naît pour un instant au sein des muscles încxpressifs, et l'on ne retrouve plus la différence d'expression qui existait à l'état de repos.

On trouvera dans la thèse de Paret de nombreuxeiemples où Vasijtnétrie expressive concorde &ycc d'autres signes de latéralisme por-

1. Pjiret. Essai sur le latéralismo cli» les aliénés. Thètt Lyon,189S.

OROiaMiD. - DISSOCIATiOS DE LA MIMIQUE CUKZ IBS AUÉStiii 437

tanl sur la moLilité propremeat dite et la sensibilité générale, voira même sur la vaso-motricité et la nutrition.

L'observation suivante concernant un de nos malades ulteint de délire polymorphe montrera suffisamment la complexité des phénomènes qui peuvent se rattacher au latéralîsme.

Georges S... ancien militaire, âgé de trente-huit ans, présente des idées incohérentes de grandeur et de persécution. Ses antécédents qui témoignent d'une bérédiléchargée^Ie désignent comme un dégénéré« elson propre passé riche en obsessions, impulsions et phobies.

confirme cette étiquette 11 présente au premier coup d'œil une

asymétrie faciale manifeste. Mais à c6té de cette asymétrie d'origine osseuse, il existe chez lui une asymétrie expressive qui provient de ce que les muscles des deux côtés ne se contractent pas également. Quand il se fâche ou qu'il discute avec une certaine passion, les lignes transversales du front se marquent du côté droit alors qu'elles sont invisibles à gauche. L'oeil droit demeure grand ouvert, tandis que la faiblesse des fibres de l'orbiculalre et du releveur de la paupière supérieure, donne à ce même organe du côté gauche une expression vague et en quelque sorte incertaine. Le pli naso-labial est à peine marqué de ce côté, tandis qu'un tiraillement énergique relève la commissure droite de la bouche. L'examen dynamométrique prouve que la force musculaire du bras gauche est notablement supérieure à celle du bras droit. La sensibilité au toucher, à la chaleur et à la douleur est plus manifeste dans tout le côté gauche du corps, il semble que ces dernières remarques soient eu conlradiclions avec celles qui précèdent. En réalité, celle contradiction apparente prouve simplement que les phénomènes de latéralisme sont distribués de fat;ons différenles pour la motilité volontaire d'une part et l'expression mimique d'autre part. Le côté du corps le moins fort et le moins sensible d'ailleurs s'oppose au côté le moins mobile et le moins expressif de la face.

On pourrait multiplier les cas du même genre en examinant au point de vue spécial du latéralisme les malades d'un asile appartenant aux divers cadres nosographiques de l'aliénation. Mais nous ne croyons pas être bien loin de la vérité en affirmant que l'observation journalière de la rue ne serait guère moins féconde en résultats positifs.

438 JOURNAL DE I\syatOLOGÎB

Il est vrai que les dégénérés dcpassenL [argement renceînte d£s établissements fermés, ce qui explique sans doute la phrase de Maudsiey*: « Quand les yeux remuent indépendamment Tnn de Tautre, comme cela se voit chez quelques personnes, je n'affirme pas que ce sont là tes marques d'un fou : mais celle bizarrerie ne s'associe-t-elle pas fréquemment à une duplicité de caractère ? » Sans doute. C'est que la duplictlé de caractère est an commencement ou une façon de ta folie.

D' Dboiiabd.

!. Maudsley. Pathologie de l'esprit.

LA TIlHlOIUE DES ÉiMOTIONS

Page 1