DONNEES ACTUELLES DE LA PHYSIOLOGIE
Les premières recherches i.!c la physiologie moderne qui aient (exercé leur conlre-coup dans les controverscB psychologiques paraissent avoir été des recherches d'ordre circulatoire, poussées de L 1res bonne heure à un assez haut degré de perfection. ' Aussi n'y a-l-il pas lieu de s'étonner que la » théorie physiologique» des émotions se soit trouvée être d'abord une théorie vasculaîre comme l'a exposé François- Franck de façon très heureuse ' : « C'est aux variations du courant artériel général qu'ont été subordonnées toutes les opérations cérébralea, et le cerveau est devenu, dans 8ca actes les plus délicats, le serviteur des changements massifs qui peuvent se produire dans la circulation générale; sa personnalité a disparu; ce n'est plus qu'un organe passif siibissant sans résistance le contre-coup des variations de la pression artérielle. Gelle-ci augmente-t-elle, sous rinlluence d'une constriction dominante des artérioles^ l'exagération de l'apport sanguin au cerveau amène une suractivité fonctionnelle, qui s'exprime par Texubérance des mani- Lfestations motrices, dans les états mentaux les plus différents comme fia joie et la colère. La pression artérielle s'abaisse-t-elle au contraire, 60U3 Tinfluence d'une vaso-dilatation prépondérante résultant lelle-mëme d'une modification vaso-motrice active ou inbibitoire, le reerveau subit une spoliation sanguine qui entraîne une diminution [de son activité ; de là les manifestations dépressives des grandes
!. Cfa. A. François-Franck. Cours du Collège de France et Travaux du Laboraftoirf, p. 46-58.
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émoUons, de la terreur, par exempte, des douleurs violeoles, ua celles de la tristesse et du chagrin. »
Cette coaceplioQ qui a été introduite eu réalité dans la scioace par Mosso, correspond h un momeut de la pensée, mais n'a pas résisté aux recherches physiologiques des divers auteurset, en particulier de Franr^oia-Franck, qui ont montré que le cerveau n*était pas le vassal de la circulation générale réglée elle-même par le sympathique. En réalité le cerveau a ses vaso-moteurs propres ; au même titre que tous les autres orgaues il a une circulation iudépendanle, et les modifications vasculaires, si elles conditionnent la durée d'un certain état de fonctionnement, ne provoquent pas cet état qui est au contraire le primum movens du changement vasculaire'. Les variations du fonctionnement cérébral sont extrêmement rapides, les variations circulatoires sensiblement plus lentes. Un organe est excité, il a un fonctionnement plus actif, et la circulation y devient plus abondante, il y a là une succession de trois phases qui est également vraie pour le cerveau.
El, d'autre part, la variation vasculaire cérébrale, caractéristique d'une variation mentale qu'elle suit, précède k son tour les variations vasculaires périphériques, comme François- Franck l'a mis en évidence chez des chiens curarisés.
Tel est l'ordre normal des phénomènes; mais il est évident que des variations accidentelles de la circulation cérébrale relenliront sur les phénomènes mentaux, et une anémie réÛexe subite coupera court h la pensée ; d'autre part des grandes perturbations de la circulation générale ne laisseront pas iodifférente la circulation cérébrale.
Mais dans le processus émolioanel typique, les variations centrales précèdent les variations périphériques et ne sont pas conditionnées par ces dernières. Ce sont là des faits sur lesquels on est obligé de tabler.
Ces faits ne sufCsent pas d'ailleurs à renverser toute conception périphérique de Témolion, telle que l'a exposée Lange, et surtout William James^ qui, avec son grand talent, est beaucoup plus proche de la métaphysique que de la physiologie.
1. F r&nçois -Franck Ibid. Cf. Commnni cation »aCong^r''>s intomationklrieMôdedne de 1900 (section de pbysîulogie) etjt l'Académie do Mcdccinc. In Biilt Ac. dtU4d., U août 1900.
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coU(]ue§ nî d'aneslbésiciues étaient liés sur la table de vÎTÎseclion «t trépanés en un point correspondant au silton post-croisé; il était r.iit alors une injection, au moyen d'une aiguille très fine, d'un dixième de cenlimèlrc cube d'une solution de curare bleuie à la Ihiouine, l'aiguille étant enfoncée de manière h atteindre, à la profondeur approximative, une région du noyau caudé; le siège exact de l'injection n'était connu qu'à l'autopRie grAce à la coloration bleue . de la solution ; l'observation des phénomènes durant la vie de ranimai se faisait donc sans que l'observaleur puisse savoir à quelle excitation ils correspondaient ; et il fallut un nombre d'épreuves considérables pour obtenir des excitations de même ordre et examiner concurremment les effets constants de ces excitations (le curare ayant une action excitante sur les centres cérébraux).
Parmi ces faits constants, voici quels sont ceux qui, pour notre étude, sont particulièrement importants.
<t L'excitation du tiers antérieur (excepté sa partie extrême) et du tiers moyen de la tête du noyau caudé, spécialement dans leur moitié interne, provoque, chez les chiens, des phénomènes émotionnels qui ont tous les caractères de la peur. Dans ce syndrome^ h ce qu'il semble, aucun des phénomènes les plus caractéristiques de Tcmotiou ne fait défaut : Tattitude du corps, le jeu de la physionomie. les phénomènes cardiaques et respiratoires, intestinaux et vésicaux, l'état des pupilles, rinflueDce des menaces et spécialement des bruits, composent un ensemble d*une évidence qui s'impose. »
« L'excitation du tiers postérieur du noyau caudé provoque un ensemble de phénomènes qui révèlent un état émotionnel nettement attribuable à la colère : le grincement des dents et l'aboiement caractéristiques, la tendance à attaquer et à mordre, l'expression de la physionomie ont une signification si évidente que la nature de l'émotion est nettement révélée'. »
Voici par exemple un animal normal qui, après l'injection se mot^ à grincer des dents, à aboyer et à se lancer avec fureur, mordant avec acharnement les objets qu'on lui présente, dont on le menace, qui réagit avec colère à tout bruit mcnat^ant ; il a rei;u l'injection dans la partie externe de la portion médiane du noyau caudé.
i. PagAOo. Areh, U. rf« Biol., p. IT-IB.
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voici un aiiire qui ne présente pas du tout ces phénomènes de rage, mais au contraire une véritable anxiété; il est terrorisé h la moindre menace acoustique ou visuelle, il tremble nt se sauve, la queue entre les jambes. L'injection a porté dans la partie médiane de la télé du noyau caudé.
^m Ces réactions sont constantoSf quand les injections atteignent ces régions; elles ne se présentent absolument pas quand ces régions ne sont pas atteintes, les autres phénomène;:, convulsions et mort au bout d'un certain temps, se présentant dans tous les cas.
t Nous avons donc des émotions intenses liées à des excitations de tgions déterminées du noyau caudé. Que ces régions soient le Ê;gc du phénomène émotionnel ou soient seulement un intermédiaire provoquant le phénomène émotionnel dans une région de l'écorce, interprétation que nous discuterons, en tout cas il est difQ- Igeile de maintenir devant ces faits que l'émotion n'est pas un phénomène cérébral distinct.
^^ Mais on peut continuer à dire que rémotion, même considérée ^Bomme formant un état mental au même litre que les états intcllec- ^Bbela, ne peut apparaitrc que si elle est provoquée par les phéoomènes organiques qui la doivent dès lors précéder, phénomènes préalablement engendrés par les excitations, de quelque nature qu'elles soient. C'est làunc hypothèse en l'air ctquî ne peut répondre ^ku'ii un attachement excessif pour les théories périphériques. Mais ^Klle n'est pas en elle-même impossible.
^ A une telle hypothèse comme h toute conceplion périphérique s'opposent alors les expériences de iSAen'iVi^/on S sur lesquelles je
'insisterai pas, car elles ont été fort bien el très complètement exposées dans ce journal*. Sherringtoa a rendu apesthésiques des chiens par section de la moelle, dans lu région cervicale inférieure, et des
aeumogastriques qui coatieunent les troues sympathiques. Che;^
1. Shemngton Experimonts on the Value ofVsscuUr and Viscéral Faclors for the Genesis of Kmotion. l'foceeflinga of Royal .Socic/y of London, IWO, l. 66, p. 31M-403.
2. Heraull d'AUonnes (0.). L'explication physiologique de rémotlon U. Journal de psychologie t 3* année, a* S, mars-aTrti 1906, p. 137-144.
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ces chiens, n'éUicnl plna réunis au cerveau quo le Otaphrngnic^ la lèle, saufune parlic de l'a;sopbagc cl de la trachée, cl la région lout a fait anlérieurcdu corps avec une partie de la région antérieure des patles de devant ; tout le reste du corps et en particulier tous les viscères, étaient insensibles. Or, chez ces chiens, si Ton en croit les expressions pbysionomiques, les émolîons continuèrent à se manifester comme auparavant, la joie, la crainte, la haine, la colère, l'anxiété ; rapproche d'une personne aimée ou délestée, les core ou les gronderies provoquaient leurs cfTcts aiTccUrs habituels.
L*émotion parait donc bien se constituer indépendamment de apport périphérique; et les expériences de Sbcrrington pouvaient èlrc considérées comme cruciales. Elles ont cependant été contestées.
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C'est M. RevauU if AUonnes qui a très habilement présenté la critique, non des expériences de Sherrington mais de l'interprétation qu'eu a donnée le physiologiste anglais'.
Nous obtenons encore une mimique émotive chez des chiens apesthésiés, mais dans quelle mesure pouvous-nous en conclure h l'existence réelle de l'émotion correspondant à celle mimique?
En eitel M. Revault d'Allonnes invoque les expériences de Bechterew' surlcs fonctions des couchesopliquesffdontrintégrité permet encore la production de mouvements pbysionomiques et mimiques complexes et adaptés. Chez l'animal dont l'écorce cérébrale est détruite mais dont la couche optique est intacte, on observe la conservation de lamimique malgré la perte de l'intelligence et de l'émolivilé consciente. Les mauvais traitements provoquent le grincement des dents, le hérissement des poils ou des plumes, le redressement des oreilles, c'est-à-dire les manifffStatioDs coordonnées de la colère et de la douleur, bien que l'animal soit devenu incapable d'éprouver colère ni douleur. Les caresses déterminent inversement les manifcslalions de la joie afTectueuse» le frélillemeut de la queue et le roaron chez le