‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 128 sur 161 · C'est moi qui Boolîgne · texte numérisé non relu

C'est moi qui Boolîgne

a. la. nouTcUo loi tut les aliénéa dont j'û parlé pins hftut (7) proure bien que ca n'est pas une utopie irrè&lisable de retenir tes malades criminels sans les détenir comme les criminels btenportaDts.

3. ToDte la partie serait gagnés si on m'accordait ceci parce que, seuls, les mé cins pearont dcsig^ner aux magistrats ceux qui sont fous et ceux qui sont demifoos. -

D* GRASSET. — LA aBSPOSSABlLfTÉ i>ES CRJMISELS

D'ailleurs Pierre Baudin ne cache pas que celte derniëre pensée le touche peu. « Nous avoDs, dit-il, un meilleur emploi à faire de DOlre argent et Je notre philosophie médicale que d'immaniaer et d'hospitaliser des détraqués coupables. »

Ceci me parait une assertion absolument fausse et condamnable. On en arrive alors â dire ce qui a été écrit dans un autre numéro du Journal h propos de Soleilland : a pourquoi dépenser l'argent des contribuables à nourrir des monstres pareils? Quand un chien est enragé, ou le tue. u

Oui, quand un chien est enragé, on le tue, tandis que, quand un homme est enragé, on le soigne, même s'il a déjà mordu et au risque de se faire mordre uoi-mC-mc. Une des conquêtes les plus positives de ta sociologie contemporaine est la proclamation indiscutée du devoir qu'a la société de soigner ses malades. Ce devoir est aussi strict vis-à-vis des malades du psychisme que vis-à-vis des accidenté» du travail ou des tuberculeux. Et ce devoir ne disparait pas parce que le malade psychique aura commis un crime ou un délit.

Il est inadmissible qu'on veuille assimiler un malade nocif à un animal nuisible. Pourquoi alors ne pas revenir aux usages de l'époque des grandes batailles de la vie des cavernes? Pourquoi ne pas sacrifier tous les vieillards devenus des bouches inutiles et ne pas jeter k l'Ëurotas tous les enfants souHreteux* qui ne seront qu'une charge pour la société ?

Victor Marguerilte' a bien voulu applaudir publiquement à ces paroles quand Je les ai dites au Congrès de Genève; je l'eu remercie. Je crois indiscutable la doctrine qu'elles expriment.

11 m'est donc^ encore une fois, impossible de souscrire à celle dernière conclusion de Pierre Baudin : le problème de la responsabilité atténuée « n'offre aucun ialérét au point de vue de la loi pénale. Il est confiné dans le domaine purement scientifique. U intéresse les médecins et psychologues. Il doit laisser indilTérents tes juristes et les magistrats u.

i. Au risque de sacrifier un Vollaîre.

2. Victor Marguerilto. Rcsponsabilitii. La Dépêche, 18 »oût 1907. L'nuKor, aprt» AToir énoncé mon vwu tu Congrus de Gtiaôre, icrmine ainsi son article : « on ne peut ijue s'associer à de icla souluîla. Us répondent, aTec un relenlissanl celai, ^ la flup|)liquc des jurjrs; iU opposent aux voix troublées deii consciences — la voix, ■areine de U science, a — Voir aussi Le Soleil du 19 août 16D7.

JOURNAL DS PSYCHOLOGIE

Je persiste à croire qu'au contraire il n'y a pas de question qui s'impose avec plus de nécessité et d'urgence è l'altention des juristes, des magistrats, des sociologues, de tout le monde.

Les critiques dEmile Faguet et de Pierre Baudin dont je riens de parler sont antérieures au Congrès de Génère et ont été publiées à propos de mti Demifoux et DemirespOTisables. Elles ont été reprises depuis le Congrès de Genève, notamment par Maurice de Fleury et Hémy de Gourmont.

11. Maurice de Fleury* ne veut toujours pas séparer la responsabilité morale et la responsabilité médicale. Donc, tons ceux qui parlent de responsabilité ou d'irresponsabilité pour un criminel a croient au libre arbitre, comme l'immense majorité des hommes. M. Grasset y croit aussi et ce qu'il veut nous enseigner, c'est qu'il y a des maladies du libre arbitre. C'est là précisément la faiblesse de sa doctrine. Tout ce que nous savons nous porte à croire qu'il n*y a pas de libre arbitre..., que les criminels sont tous également irresponsables de la fagon la plus totale ».

Comme j*ai essayé de le répondre déjà', cette objection tombe devant ta définition donnée plus haut de la responsabilité médicale ou du sens médical à donner au mol responsabilité. En se plaçant au point de vue du déterministe le plus convaincu, dans la détermination de rhomme, il y a des éléments psychiques; donc, dans la bataille prévolitive qui précède le crime, la normalité ou la maladie des neurones psychiques est un élément dont il faut tenir compte, et pour cela l'intervention du médecin est indispensable. Où sont les maladies du libre arbitre dans cette conception de la responsabilité médicale ?

Avec beaucoup de modération dans la Forme et une gracieuseté de style qui masque la cruauté de l'idée, Horace Biauchon expose des idées qui se rapprochent beaucoup de celtes d'Emile Faguet et Pierre Baudin.

Leur santé psychique peut, dit-il, rendre les inculpés plus ou

i. Hors» Biauchon. Au Congrès des neurologist«$. L'expettiio médieoiégale fit la question do responsabilité. Le Figaro, S5 août 1907. I. Ia rcsponubilité des criminels. Le Figaro, 3 septembre flM7.

D» GRASSET. — LA RESPOSSABÏLITÈ DES CRIMISELS

moias « sympathiques » oa « antipathiques »; rien de plus. El il ajoute : on a certainement eu tort d'écarteler « Damiens^ fou notoire^ qui voulut poignarder Louis XV; mais^ en supprimant la torture^ nous avons fait rcssealicl et tout en moi ne se révnlle pas & la pensée qu'on pourrait éliminer, par un procédé très rapide et point trop hideux, si possible, un aliéné très dangereux ».

Je crois que tout ce que j'ai dit plus haut pour répondre à Emile Faguet et à Pierre Baudin s'applique ici. L'exercice du droit de défense contre les aliénés criminels ne supprime jamais le devoir, pour la société, de les assister et de les soigner, de les traiter autrement que comme des animaux malfaisants.

Dans ce même article, Horace Dianchon raconte l'histoire très curieuse d'un Albert D... qu'il a précisément observé avec Gilbert Ballet et qui est vraiment le type du demifou demiresponsable. Stea parlant de cet hystérique ambulatoire qui avait déserté, « mû par une de ces impulsions irrésistibles dont il est encore aujourd'hui coutumier», il dit :<( évidemment entre cet Albert D... et tel autre déserteur, mauvais drôle hervéisle, il y a une différence. » S'il y a une différence entre ces deux déserteurs, il ne faut pas se préserver deux par les mêmes procédés ; il y en a un qu'il faut soigner, tandis que l'autre n'a droit qu'à ta prison. lit alors^ qui reconnaîtra, précisera et indiquera au juge cette dilférence, sinon le médecin? Au nom de quel principe le médecin pourra-t-il être consulté, si on en revient, suivant le vœu de Genève, à l'observation de la lettre de l'article 64?

13. « Ils ont été sages, dit Rémy de Gourmonl S ces médecins qui décidèrent, en un récent Congrès, de refuser de se prononcer sur les problèmes de responsabilité que leur posent tes tribunaux... Parler de responsabilité, c'est parler de libre arbitre et parler de libre arbitre, c'est s'engager dans les mystères fondamentaux de la philosophie humaine... On comprend que les médecins, qui sont presque tous déterministes, aient résolu de ne plus se prononcer sur les questionsde responsabilité. Cela n'est pus du ressort de la médecine, qui doit se borner à déclarer si le sujet est sain ou malade, et à le soigner si on le remet entre ses mains. »

1. Rémy de Oourmont. Lei médecina et la responsAbiUté. La Dépêche, 1" septembre 1907.

JOVRSAL DE PSYCnOLOOIB

Non. Le rôle du médecin est plus éleDdu qne cela. Si l'inculpé est un épileptique qui a agi hors de sa crise, s*il est dégénéré, hystérique, fou moral, il ne suffit pas que le médecin donne son diagnostic auquel les jurés ne comprendront rien et dont par suite Ils ue tiendront nul compte. Il faut qu'il dise si les neurones psychiques étaient ou non normaux chez les sujets au moment oîi rinculpé a décidé âon crime. Où est, dans ce cas, l'acte de foi du magistrat ou dn médecin dans le libre arbitre, s'il reste entendu que te mol responsabilité est pris uniquement dans son sens médical et avec Tcpithète médicale? Que! que soit le déterminisme du médecin expert, il peut toujours faire son rapport sur ce point de départ. II ne faut pas, je le répète, que la peur d'être accusé de spiritualisme et la phobie de la métaphysique nous fassent abandonner nos droits sur une partie du domaine médical.

Dans un second article * le même émînent psychologue^ après avoir aimablement reproduit une longue réponse que je lui avais envoyée, ajoute : n sans revenir sur la question du libre arbitre et du déterminisme, on peut, d'accord avec le 0^ Grasset et d'ailleurs avec les faits et avec le bon sens, admettre qu'il y a des malades mentaux, que les malades sont plus ou moins malades, c'està-dire plus ou moins conscients, plus ou moins aptes & résister à leurs impulsions. L'hypothèse du déterminisme ne peut nous faire oublier toutes les nuances visibles entre l'homme normal et le fou caractérisé... La vie normale n'est... qu'un étal d'équilibre, un étal statique. L'homme que l'on qualine d'anormal est au contraire en étal plus ou moins constant de déséquilibre. Une force le pousse que ne vient pascontre-balancer la force contraire : il tombe... a

Je n'en demande pas davantage, et dans cette doctrine il y a tous les principes nécessaires pour aboutir, semble-t~il, à une manière de voir identique à la mienne. En fait, il n'en est rien. Cette belle doctrine, quand on l'a bien discutée et démontrée, on n*a rien à en faire, dit Rémy de Gourmont, quand on revient au point de vue pratique de la justice et de la défense sociale ; h nous nous trouverons d'accord avec les bûcherons sociaux, avec les magistrats, sur la nécessité d'enlever l'homme et d*en débarrasser àjamais la société...

1. Rémy de Gourmont. Les médecini et la responsabilité. L'opuùon du docicDt Orauet. La Ùépicke, 10 septembre 1907.

b' CwBASSET. — LA RESPOSSABJUTÈ DES CtUSUSELS

Ne parlons même pas de crime, parlons de danger '... Les opinions de MM. Baudin, Faguet, de Fleury, qui effraient M. Grasset sont en principe fort acceptables... Il y a d'un c6lc les assassins^ de l'autre les assassinés, que m'importe que celui qui me cassera la tète soit unapachc ou un fou rurleux?Ce qui m'importe c'est de vivre -... »

J'avoue qu*eii lisant la première partie de ta belle Réplique de Hémy de Gourmont, j'espérais qu'elle aboutirait à des conclusions plus voisines des miennes. Puisque, l'un et l'autre, noua reconnaissons qu'il y a des malades, des non-malades et des plus ou moins malades, il ne faut plus les « abattre » tous avec la même cognée. Si les magistrats sont comparables aux a bûcherons n, ils en diffèrent par ta pitié qu'ils oui pour tous les hommes malades, même quand ils sont criminels. Et qu'on ne me répète pas : (( ce qui m'importe, c'est de vivre. » Mais il n'est pas question de désarmer vis-&-vis des malades nocifs. Pt^rsoune ne veut perdre de vue le danger qu'ils font courir à la société; il faut les enfermer comme les autres, mais/>as dans le même lieu; il faut, tout en les mettant dans l'impossibilité de nuire ultérieurement, les soigner dans un asile de sûreté, leur donner un médecin. Quel danger cela fera-t-il courir à la société ?

La Qoavelle loi sur les aliénés prévoit cela, je le répète une fois de plus; elle cherche à assurer les devoirs sociaux sans enlever à la société l'exercice d'aucun de ses droits. Rémy de Gourmont, Faguet, Pierre Baudin, Maurice de Fleury, Gilbert Ballet... tous les esprits généreux et humanitaires (avec quije suis si profondément navré de me trouver momentanément en désaccordj vont-ils donc demander au Sénat de ne pas voter celte nouvelle loi de pitié et d'humanité et, contre Victor Margueritte, Léon Millot, Charles Vallon, Régis..., vontils demander que nous retournions à la législation de 1838 et de 18i0 ?

L « L« mieux, seintile-t-il, dit Atfred Elievanl, est de nous assucîar à ces obserrations pour en dtiduire la jusUflcatioii du droit de la socièlc à se déisadre contre les don^^ers qui la menacent, et, suit dit sans faus5e seiisibleiie, quels que soient les êtres qui incarnent ces daii[;er3 » {Le Petit Troyen, M septembre 1907}.

S. Tout en appréciant grucieusemenl ma réponse & Biancbun dans Le Figaro, Henry Bordeaux m'écrit : « la théorie du Congrès de OenëTC àlait ta réaction tonte naturelle contre celle manie d'irresponsabilité qui nous avait saisis et contre on humanitirtsme et une sensiblene qui ne s'exerçaient qu'au profil des criminels et jamus des rictimes. »

SIO JOVRSAl DE t*SYCnOLOGa

« Depuis quelque temps, dit Rémy de Gourmontt od ne demande plus aux jurés leur opinion sur la matérialité d'un fait ; on les interroge sur le programme de l'agrégation de philosophie. C'est ridicale. p Si les médecins refusent dorénavant d'intervenir dans le débat, il faudra ajouter au programme érigé de ces boas bourgeois celui de l'agrégation do médecine. Ne sera-ce pas plus ridicule encore ?

13. De tout ce qui précède il semble ressortir que médicalement, en se plaçant sur le terrain médical^ avec des arguments médicaax, on peut réfuter les doclriaes si brillamment exposées et soutenues par Emile Faguet, Pierre Baudin» Maurice de Fleury et Rémy de Gourmont.

On peut démontrer scientiliquenient que, si tous les criminels sont égaux devant la société au point de vue de la nocivité, ils sont absolument inégaux comme santé psychique, comme responsabilité médicale ; et que, si la société doit se défendre et se garer aussi bien des uns que des autres, elle doit le faire par des moyens différents suivant que le criminel est bien portant ou malade ; que par conséquent la société ne doit pas et ne peut pas se désintéresser de toutes ces questions, et que les magistrats doivent, dans leurs jugements. tenir le plus grand compte du verdict antérieur de responsabilité, irresponsabilité ou responsabilité atténuée.

Hais toute cette réfutation est viédicale ; elle part donc de cette première idée fondamentale que tes médecins ont quelque compétence dans ces questions de responsabilité, qu'ils ont le droit d'en causer, d'en discuter, de faire entendre leur voix.

Si Ton adopte les idées de Gilbert Ballet consacrées par le voea du Congrès de Genève, tout cela s*cffondre, la base disparaissant. Les médecins sont incompéteats dans les questions de reapousabilîté, ils ne peuvent plus en discuter ; tous leurs arguments, étant d'origine et de nature médicales, sont par là même annuléa.

Les médecins étaient les seuls qui pussent argumenter. Puisqu'ils sont récusés, puisqu'ils se récusent eux-mêmes^ ces doctrines deviennent dorénavant inattaquables.

El alors, voyez-vous ce qui ressort de l'admission simultanée et coalisée des idées des médecins comme Gilbert Ballet et Maurice de Fleury, des sociologues et des psychologues comme Emile Faguel,

D^ OBASSET. - LA lŒSPOSSAVlUTÊ DEH ClUMISELS

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Pierre Baudin et Rêmy de Gourmonl? Il en ressort l'abandon complet de ces pauvres malades fous ou demifous dont personne ne veut plus prendre la défense, et qui devront être traités comme les bien portants ayant commis le même crime.

Ni médecins ni magistrats n'ont à s'occuper des questions de responsabilité ; tout le monde se récuse, et ou guillotinera l'épileplique comme le bien portant si Tun et l'autre ont porté un très grave préjudice à la société en tuant quelqu'un de leurs semblables.

Pas de sensiblerie en faveur de ces bétes venimeuses. La société n'a qu'à se défendre, et dans la bataille elle n'a pas h se préoccuper de savoir si ses adversaires sont responsables ou non, c'est-à-dire s'ils sont malades ou bien portants.

J'insiste un peu sur celte idée aÛn qu'on voie nettement qu'en combattant les idées de Gilbert Ballet et le vœu de Genève, je ne combats pas pour les médecins (à qui les expertises sont souvent une charge et une préoccupation de plus) mais pour les mahtdes psychiques à qui la socièlé l'cfuscra tout soin dès qu*ils seront criminels^ si les médecins ne prennent plus la peine et n'acceptent plu» Ea mis- [BÎon de les désigner aux magistrats, de les distinguer des autres criminels non malades.

Cette situation lamentable qui résulterait de l'admission du vœu du Congrès de Genève me parait être encore un puissant argument t contre les idées de Gilbert Ballet.

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