‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 136 sur 161 · IS · texte numérisé non relu

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j'cDtends par h&llucÏD&lions obsédantes des hallucinalions » reeiiflées ■, c'esl-à-dire à la réalilé extérieure desquelles le malade ne croit pas, mais qui l'iacommodeol par leur répèiiLion, leur persistance, leur apparilîoo ÎDopiaée et incoercible, au milieu de ses occupations journalières.

La première malade est une femme de quarante ans, que je désignerai par lesÎQÏLiales fî. C. Z, ; voici son histoire en quelques mots.

Elle serait, à ce qu'elle dit, tombée malade assez brusquement, en dé' Cfimbre t90G. Elle était en parraiic santé lorsque, peu de temps arant le jour de l'an, un facteur, selon l'usage, vinldemanderf^es éircnnes ; le mari de B.C. Z.,ma] disposêce jour-là. répondit assez brusquement : « Vous repasser«z un autre jour, ma femme est malade ». Aussitôt après, elle a commencé à être obsédée par cette pensée que le fait d'avoir passé pour malade, sans l'être réellement, allait lui porter malheur, et depuis, elle est constamment préoccupée de mille superstitions ridicules bI tenaces; à certains moments surtout, ses actes, mêmes les plus insignifiants, sont entravés par cette pensée : « Si tu fais cela, lu vas mourir w, ou : ■ il va l'arriver malheur », ou : <■ il arrivera malheur à quelqu un des tiens », ou quelqu'autre idée analogue. Voici d'ailleurs ce qu'elle me dit lorsque, le 18 Janvier, je la vis pour la première fois : « J'ai la pensée troublée... Attendez, monsieur : j'avais bien préparé, — une sorte de neurasthénie... Je ne peux plus tutt«r contre mes pensées, c'est une sorte de perséculion de la pensée, je ne peux plus lutter. — A quoi, lui dis-je, pensez- Tons donc comme cela? — Il se met toujours des malédictions, des superstitions, dans tout ce que je fais, tout ce que je vois, c'est toujours signe de malheur, et je combats, je combats, je combats, je me dis : « Le bon Dieu •e veut pas de superstition ». Et Je suis toujours tournée vers cette peaséelà. i> Les obsessions les plus diverses se sont ainsi, depuis deux mois, succédées cbci elle : Crainte de la saleté, crainte des maladies dont elle entendait parler, scrupules moraux, etc. ; ce qai paraît la tourmenter le plus, c'est une constante obsession verbale de malédiction, sur laquelle nous aurons à revenir.

B. C. Z. n'a jamais détiré, elle a toujours conservé une conscience c«cdplète de sou étal ; néanmoins, ses obsessions avaient pris une telle importance, que, devenue incapable de se livrer à aucune occupation suivie, elle manifestait en outre d'inquiétantes velléités de suicide : elle dut être ioteruée à Sainte-Anne d'où elle fut transférée & la Haison-Blancbe. Elle 7 resta deux mois, en sortit notablement améliorée, mais non guérie, el vint alors me revoir A la Salpéthère, où je la suis encore actueUement comme malade externe.

D'après les afllrmations ci'dessus, le début des obsessions aurait été de date très récente : la malade nie d'abord s'être jamais trouvée en des états

semblables aa 1er icurc mont, ce qui parait vrai ; elle nie également aToîr ea habitueltemeal d'une farou atténuée des obsessioas, scrupules, ou autres accidents paychaslbéuiques. Ou pourrait donc se demander si nous ne nous trouvons pas eu présence de troubles se rattachaol k la ménopause approchante, ou, si l'on préfère, à des troubles mélancoliques liés à l'iavoIuLion. liais, en interrogeant la malade avec soin, a des intervalles de quelques jours, je suis arrivé à reconstituer par bribes son histoire exacte : c'est, purement et simplement, celle d'une obsédée constitutionnelle; scrupules religieux, craiuteobsédantedes maladies, de la mort, de la folie, obse&sions de jalousie, goîit de l'ordre poussé jusqu'à la manie, elle a présenté à différents moments tous ces s^rmptômes psjchasthéniques, sons avoir jamais, toutefois, de grandes crises comparables à celle qu'elle traverse actuellement.

J'ai fait allusion tout à l'heure h certaines obsessioas de malédiction révélant chez B. C. Z. une forme nettement verbale; ces phénomènes vont nous retenir quelque temps, D. C. Z. en effet s>xprime souvent a ce sujet de telle façon qu'elle semble décrire de véritables hallucinations auditives ; elle se plaint, entre antres choses, de ne pouvoir prier : • Parce que. ditelle, il se met des malédictions sur tout ce qae je dis. » Voici les détails qu'elle me donnait un jour a ce sujet : « C'est tout un travail de malédiction qui se fait dans mou esprit : J'euteuds des voix gouailleuses, j'entends des voix qui supplient, j'entends des voix qui se moquent, j'entends des sarcasmes. — Pourquoi dites-vous que c'est un travail de malédiction qui se fait, qu'est-ce que cela veut dire? — N'est-ce pas, si, par exemple, je regarde un crucilix et que je fais une prière, it dit : • Je maudis * ; ou quelque chose comme ça. — Qui dit cela? — Des voix gouailleuses, des voix de personnes que je ne connais pas, des voix de voyous, n'est-ce pas ; je ne peux pas m'exprimer autrement. — Il ne vous semble jamais que c'est le Christ qui dit cela ? — Ah ! non. non, non, non ! J'ai toujours senti que Dieu soulageait, que Dieu ne m'abandonnait jamais : c'est ça qui me sauve, il n'y a que ça I — Ces voix vous semblent-elles contredire quelquefois les paroles que vous dites vous-môme ? — Oui ; si je dis : • Béni du Bon Dieu ! » J'entends : « Maudit du bon Dieu! «.. . Alors, j'élève mon àrae à Dieu, je confii-me n béni a, et, c'est ça, qui prend le dessus^ et je suis tranquille. — Que voulez-vous dire par là : « Je confirme béni • f — Je répète, je veux dire ; je répète « béni », je l'affirme, je l'assure, je le dis presque 1 haute voix. Je le soutiens. — La deuxième fois que vous le dites, étes-Toos encore contrariée par la voix ? — Je le dis quelquefois cinq, six fois, comme si je le disputais à quelqu'un, tant que j'aie le dessus. La voix répète, soutient, et moi, je soutiens aussi jusqu'à ce que j'aie le dessus ».

Elle se plaint aussi d'être chaque soir, et parfois durant une partie de la nuit, obsédée par la répétition de paroles, conversations, discussions, entendues pendant la journée, et le plus souvent insignifiantes.

Ainsi, voilà des voix qui sont parfaitement distinctes, très nettes quant &

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leur timbref tout à fait iadèpeodantes do la volonté, eo contradiclico av«c les idées et les tendances normales du sujet, des voir avec lesquelles il semble entrer en discussion, comme certains perséculés avec les leurs : Nombre d'observateurs, je crois, considéreraient h première vue ces voix comme des hallucinations verbales auditives. Mais la malalade connaît un peu les Uallucinatious, elle a vu des halluciDées de l'ouîe pendant son séjour t la UaisoD-Blanche : Le lundi 6 mai, elle me dit qu'elle a quelque chose à me communiquer au sujet de l'inlerrogaloire précédent; elle m'a entendu parler hallucinations avec Tiuterue du service el elle craint [loul a fait à tort d'ailleurs} de n'avoir pas été bien comprise dans certaines réponses qu'elle m'a faites : « N'est-ce pas, dit-elle, je comprends par hallucinations, qu'en se relouroanl, par exemple, on aperçoit une Ogure, ou un objet, ou UD animal, el qu'on croie réellement que c'est un animal, qui vous fait tressaillir ; — et qu'on s'aper<;:oil qu'il ny avait rien. Eh bien, moi, ce n'est pas ça du loul qui arrive dans mon esprit. — Concevez-vous, lui dis-je alors, qu'il puisse y avoir des hallucinations où, au lieu de voir une chose qui n'existe pas, on entend des paroles î — Oui, je pense que les gens que j'ai vus atteints de folie, qui ont des voix comme s'il y avait des gens & cùté d'eux qui leur parlent, et qui leur répondent, entendent de cette façonlà; et moi, ce n'est pas ça du tout. Moi, monsieur, c'est si je veux penser ou faire quelque chose, n'importe quoi, je sui» bien tranquille, il va me venir... ça dit dans ma tète : « Si tu fais ça ». ou * si tu ne fais pas ça, si quelqu'un que je vois ne fait pas ça », ce sera signe de mort pour un des miens. Je ne les entends pas : c'est dans mon esprit que ça se forme comme si moimême je le pensais; il ne sort pas de sons, c'est une dispute de ma pensée, c'est comme s'il y avait deux personne» eu moi. « Une autre fois, elle me répète la même chose, en termes un peu différents ; « Pour bien vous ex pli* quer, quand vous pensez à quelqu'un, quand voua pensez à quelque chose qui s'est passé, il y a dans votre esprit une scène qui se retrace, vous entendez les voix, il se repasse en vous-même les voix de l'un, d'un autre qui a répondu ça : eh bien t voilà les voix que j'ai !... Ce sont les voix de personnes, comme si je pensais k quelqu'un et que j'entends sa voix me causer, mais je n'entends pas de sons, les voix ne sortent pas, c'est mentalement tout à fait... Si je dis ; « Uéni du bon Dieu! » J'entends : « Maudit du bon Dieu 1 > Malgré moi, il se place dans mon esprit comme une voix qui dit, malgré moi : «Maudit ■*.

Ainsi, il existe chez B. C. Z. des phénomènes de représentation obsédante pouvant être, À première vue, pris pour des hallucinations, et qui, pourtant, n'en sont pas. Je ferai remarquer, d'autre part, que ces phénomènes, tels qu'on les observe chez U. C. Z., ne ressemblent guère à certains étals de conscience obsédants signalés par M. Janet comme se rapprochant plus ou moins de l'hallucinalioD, quoique manquant de certains de ses caractères habituels ; dans les cas cités par M. Janet, le côté représentatif parait fort obscur, insaisissable même, ainsi que nous le verrons tout à l'heure ;

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chez ma malade (qui D'est» encore une fois, qu'on exemple choisi entre plusieurs], les représentations anormales sont exirémemcnt claires : elle sait parraitemenl ce qu'elle entend, disûnf^e non seulement les paroles, mais le timbre et, bien entendu, l'expression ; je ne cherche pas maioteuant pourquoi ces représentations ne sont pas hallnctnatoires. ce n'est pas dans mon sujet, mais certainement, on ne pourrait pas aftirmer a priori que ce soit manque de netteté ou de clarté.

Ces voix intérieures, ces Toix qui ne sortent pas, qui se placent seulement dans l'esprit du sujet, mali^é lui, peuveot-elies, du moins, être qualifiées d'hallucinations incomplètes ? Je ne le crois pas : Pour qu'un phéuomène de ce genre puisse être légitimement qualifie d'hallucination, même incomplète, il faudrait qu*il présentât, ce me semble, quelques caractères intrinsèques le ditTérenciant clairement des représentations ordinaires, quelques caractères propres à l'hallucination proprement dite ; or. dans le cas présent, il n'en est riea. Toutes les comparaisons employées par la malade pour faire comprendre ce qu'elle éprouve sont empruntées au domaine des représentations, de l'imagination pure on de la mémoire, jamais au domaine des perceptions : •< Je voulais, me dit-elle spontanément, le lundi 13 mai, vous expliquer que ce que j'entends, ce ne sont pas des Toix ; je suis obligée de vous mettre en cause, parce que ces choses là sont difRciles & exposer : Si on vous raconte quelque chose, n'est-ce pas, et que vous connaissez toutes les per-nonnes du récit qu'on vous fait, en pensée vous voyez ces personnes, vous voyez leurs manières de pairlcr, vous imagi* nez le son de leur voix, comment ces personnes sont, et les gestes qu'elles font: on voit tout ça en pensée, sans... Eh bien le chaos qui est dans ma tête, ce sont tout des pensées comme ça, ce ne sont pas des sons comme si j'entendais causer k côté de moi : c'est pemé.» Rien, dans tout ce que nous dit cette malade, ne permet de supposer que les images auditives qni l'obsèdent soient plus objectives ou plus claires, plus nettes, que des re|ir6senlations quelconques, volontairement évoquées ; j'ai tenu, néanmoins, à l'interroger particulièrement sur ce point : « Quand vous eotendet ainsi, lui dis-je, les paroles des gens, sans le vouloir, ou que vous entendes des malédictions, est-ce que vous entendez mietur que quand vous vous parlez à vous-même en dedans? — C'est absolument, répondit-elle, comme quand je parle en dedans, quand je pense: seulement (il faut bien que je vous explique) si la scène a des choses plus bruyantes, si les gens ont la voix forte, ou si je pense une chose où il y a du boucan, eh bien, je pense du boucan ; mais pour moi. c'est la même chose que quand je pense de moimême; c'est ce qui me Tait dire que j'ai une multitude de pensées qui vont, qui trottent : c'est ma tète qui pense malgré moi. o

Ainsi, la seule difTérence entre ces « pensées » pathologiques et les manifestations normales de la parole intérieure consiste en ce qu'elles sont indépendantes de la volonté : elles sont obsédantes, ce ne sont en aucune façon, ni & aucun degré, des hallucinations.

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Ce ne sont pas Bealement des images auditives, qui se présentent aÎDsi à B. C- Z. : certaines représeotalioas visuelles la toumientent de la même FaçoD. Et d'abord, lorqu'elle est obsédée par des voix, elle se représente en même temps visuellement la personne à qui appartient la voix, elle se la représente faisant les gestes appropriés aux paroles; mais, elle le plaint en outre d'images visuelles obsédantes apparaissant sans avoir été, pour ainsi dire, amenées par les images verbales : k Vous m'avez dit, lui dis-je le jeudi 23 mai 1907, que, quand vous pensez à ces choses qui vous ennuient, ou lorsque tous entendez intérieurement tes paroles des personnes avec qui tous avez causé, vous voyez iatérieurcmeot les scènes. — Oui, oui ; je pense, enfin, je vois en pensée. — Jamais vons ne voyez comme cela, en pensée.deschosesquevousne voudriez pas voir? — Ça, ça, si; comme par exemple, quand it se met comme.... pas des cauchemars... J'entends des menaces : II se met des gens que je ne connais pas qui font des menaces, je les pense comme si je les voyais au nalurt:!, eu pensée ; je vois des aocidenls, par exemple, si ma pensée va toute seule, je pense an acoideot et puis, ça me fait peur! — Mais, ces choses que vous voyez intérieurement, est-ce toujours en même temps que des paroles entendues intérieurement aussi? — Non, ça ne vient pas qu'avec des paroles. Quand je vois des accidents : par exemple je vois une voitare qui écrase quelqu'un, ce n'est pas avec des paroles; ce n'est pas une visiou, puisque je ne vois rien : en pensée, je vois la voilure, je vois quelqu'un écrasé. — tes choses que vons Toyez comme celaen pensée, vous viennent â propos de rien? — Oui, a propos... c'est-à-dire, c'est quand je suis dans la rue, que je vois les voitures aller et venir, j'ai facilement peur. — Quand vous voyez cela en pensée, sans le vouloir, le voyez-vous mieux, plus nettement qui si vous cherchiez à y penser exprès? I Elle ne répond d'abord rien et parait rénéchir : « Comprenez-rous ma question? — Oui, oui, je la comprends, je cherche la réponse, je cherche à me rappeler : Je comprends bien, mais... Ua foi, je pense que c'est la même chose; je crois que c'est comme naturellement : c'est toujours ma pensée qui va. » Ainsi, ces images visuelles, comme les auditives, n'ont d'autre caractère particulier que d'être obsédantes, c'est-à-dire indépendantes de la Tolonlé du sujet : elles n'ont aucun caractère hallucinatoire; et pourtant, la façon dont le malade en parle à certains moments pourrait induire en erreur A ce sujet : r Je ne dors plus maintenant, du tout, du tout, m'avait-elle dit la première fois que je l'avais vue, je me réveille toujours dans des cauchemars terribles, je vois des cercueils, des cimetières; parce que j'ai peur de mourir, toujours, u Mais, le lundi 6 mai, après avoir expliqué que ses représentations auditives obsédantes n'étaient pas halluci' natoires, elle ajoutait d'etle-méme : « C'est comme lorsque je dis que je vois des choses épouvantables... Je vois des croix, des cercueils, des choses macabres, des enterrements, d'après ce que la malédiction me dit.. Comprenez-vousf Attendez : je vais bien vous l'expliquer. Si je vous raconte une scène, vous suivez la scène en pensée, vous voyez les gens, roua voyez

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leurs gestes en imagioation, sans ôtre fou. La malédiction m'annonce des croix, des cercueils, et tout ça, je rois ça comme si oo me le racontait, mais je ne vois pas des choses qui m'apparaisseot, qui me font peur : je n'ai jamais eu peur; je crois qu'on ne peut pas voir des choses plus épouvantables que ce que je vois comme ça dans ma lète, et je n'ai jamais peur >.

La deuxième malade est N. X., porteuse de journaux, Agée de trente-six ans, dont les ballucioalions verbales ont été déjà mentionnées dans mon livre sur le langage : Tobservation a d'ailleurs été publiée en partie en 190S, dans la thèse d'un de mes élèves sur « les hallucinations dans la mélanco lie ».

Quand cette malade, eu 1903, se présenta à la consultation de ta Salpétrière, elle ne se plaignait plus guère que d'entendre continuetlemcot des voix, mais c'était \t seulement le reliquat d'uu étal assez grave a,vant duré plusieurs semaines. N. X. n'avait conservé de celte période aiguë de sa maladie qu'un aouvcoir fort incomplet: très net, seroble-l-il, pour ce qui est des intervalles de rémission, avec lacunes et amnésies probablement complètes pour ce qui est des grandes crises.

D'après les renseignements fournis par le mari et par une soeur de la malade, l'afTectton aurait débuté vers le mois de mars 1903; vers la Ho de 1903, le mari était tombé gravement malade : N. X. alors se surmena beaucoup et fut en outre extrêmement affectée, le médecin lui ayant dit que son mari était perdu; pendant les derniers mois, tout son zèle sembla s'éteindre: «lie négligeait son ménage et allait sans cesse voir sa sœur ; elle j passait même souvent la nuit; celle-ci, à celte époque^ ne la considérait pas comme malade, mais seulement comme faliguée; quinze jours, tout au plus avant le rètablissemeot de son mari, on s'aperçut qu'elle commençait à divaguer; elle tenait aux personnes de son entourage des propos qui semblaient incohérenls ; elle disait avoir été engrossée par le médecin, oo bien disait qu'il la voulait prendre pour maîtresse et qu'elle ne vouîail pas; pendant quelque temps aussi, elle crut avoir été empoisonnée par lui au moyen de poudres qu'elle prétendail l'avoir vu déposer sur elle, etc. Elle se reprochait aussi des fautes, mais sans jamais consentir à dire clairement esquelles, et répondait, quand on Tinlerrogeail & ce sujet : «< C'est un crime que Dieu ne pardonne pas, j*ai péché par orgueil, j'ai violé la volonté de Dieu. » Toutes ces idées, en somme, se tenaient assez mal entre elles, mais présentaient ce lien commun d'être pour la malade, semblait-il, des inquiétudes continuelles, craintes, ou angoisses : elle allait être déshonorée, le médecin voulait sa perte, s'il venait à apprendre ce qu'elle avait dit sur lui, il a mettrait le feu aux quatre coins de la plaine [Saint-Denis] ».

Uabituellemeot, elle apparaissait comme maoifestemeol déprimée et remuait difncitement ; néanmoins, elle ne fut pas soignée méthodiquement

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ci régulièrement; à aucun moment, elle ne garda le lit; elle tentait de s'occuper Je son ménage, et n'y réussissait guère, apportant à son mari son repas avec deux ou trois heures de retard (il était à ce moment complètement rétabli et travaillait dehors de cinq heures du matin à sept heures du soir). Quaod il lui en faisait l'observation, sans répondre, elle se mettait & pleurer. La nuil. elle ne dormait guère ; plusieurs fois, son mari s'élant réveillé, la vît, également éveillée, récitaot son chapelet, quelquefois même, à genoux devant son lit; elle-même» d'ailleurs, dit s'être fréquemment relerée la nuit, tantôt en proie à la crainte obsédante que son mari ne vint à mourir, tantôt sans aucune raison. Par intervalles, soit le jour, soit la nuit, eile présentait des crises d'anxiété; dans one de ces crises, ud Jour, elle voulut se jeter par la fenêtre, disant qu'elle était poursuivie par les démons; cite se serait probablement jetée, pense le man\ si les personnes présentes ne l'avaient empêchée. Une autre fois, sa sœur chez qui clic était allée passer quelques jours, la trouva & genoux sur le pavé, les bras en croix ; elle resta ainsi depuis huit heures jusqu'à onze heures, il fut très difficile de la faire se coucher et, vers trois heures du matin, elle se releva, voulant aller à l'église.

Ces diverses manifestations étaient accompagnées d'interprétations délirantes de toutes sortes, d'illusions et surtout d'hallucinations verbales sur lesquelles je reviendrai tout â l'heure.

Évidemment, dans ce cas, il ne s'agit pas purement et simplement, comme dans le précédent, d'obsessions consLitutlonneltes; la maladie a débuté assez brusquement par un ensemble de convictions délirantes avec baltuciuations et troubles somatiques manifestes. Le diagnostic d'obses- 8ioo.s constitutionnelles ne pourrait être accepté que si l'on voulait admettre en môme temps une auto-intoxicalion surajoutée, et ce serait alors UD diagnostic compliqué et invérifiable. Rien non plus ne nous permet de supposer qu'il s'agisse d'une période de dépression chez une maniaquedépressive : reste le seul diagnostic de mélancolie, soit qu'on veuille admettre une crise mélancolique d'iuvolutiuu (bien précoce, il est vrai ; Irente-six ans), soit qu'on s'en tienne au vieux concept a mélancolie > des auteurs français. Le diagnostic nosograpbique précis n'a d'ailleurs pas grande importance dans l'espèce. Ce qui nous importe, c'est que cette malade, après avoir pendant un certain temps déliré, a maintenant conscience a peu près complète de son état et présente des hallucinations qui sont obsédantes.

Lor.'îquc je commençai à l'étudier, elle était en somme très nettement en voie d'amélioration; cette amélioration continuant, les convictions délirantes disparurent complètement, mais les hallucinations verbales persistèrent avec la mémo fréquence, la même netteté, la même intensité, leur contenu seul s'élant modifié. Ce contenu était devenu banal, et c'est surtout la persistance continuette de ces phénomènes incoerciblesqaî tourmentait la malade.

Ainsi que je l'ai fait observer ailleurs (1005, p. 208]|la vision mentale

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paraiMait tont k fkit oormale : elle ûlait, d'une part. parfuteixMDl conservée, el, d'autre pari, u'avaiiaucuDeleDdftaceiderenir ballncinaLoire. 11 o'en est pas de m'orne de la parole ioléneare.

A l'état normal, chez N. X., la parole intéricare jouailoo rûle important, mais naltement exceptionnel : depuis la maladie, elle est remplacée, poar ainsi dire, par une voix ayant tous les caractères d'nnevoix nettement perçue. Les rériexioas que N. X. faisait, par exemple, en présence d'objets réels, se présentaient soua la forme auditive, qnoiqoe ce langage aadili/ne présentât pa« de timbre nettement reconnais^able : ce qui est changé maintenant, c'est que, lorsque, regardant un objet, elle vent réfléchir, elle ne peut plus ; une voix commence immédiatement à se Cure entendre, fatsaot les réflexions qn'elle-méme aurait Taites ; et il en est de même lorsque la malade veut réflérhir an sujet d'objets, de personnes on d'événements quelconques non présents ou imaginaires.

Héme lorsqu'elle accomplit les actes les plus banals de la vie quotidienne, elle entend les voix lui dire, par exemple : a Vous cousez; madame mange, elle balaye. » Forme d'hallucination d'ailleurs bien cxioane et très fréquente. Elle en vint à se plaindre presque uniquement de ne pas ponvoir penser, tes voix doot elle était obsédée remplacent en quelque sorte la pensée. « Je serais tout a fait normale, disait-elle, s'il n'y avait pas celle voix toujours: c'est comme une suppression de pensée, et cette voix me parle bien de suppression de pensée. » — «... Je m'aperçois bien maintenant, disait-elle le lundi 5 juillet 1903, qne tout cela n'était pas vrai, on presque tont, enfin. — Qu'est-ce qui n'était pas vrai? — Ces paroles que j'ai entendues, cette parole que j'ai entendue, tout ça... Si je pouvais seule* ment penser par moi-même, je sens bien que je reviendrais à moi. je verrais les choses sous leur vrai jour. »

Celte voix est parfois assez nette comme timbre, mais son timbre varie selon les jours : « C'est une voix de femme, maintenant, dil >a malade, le mercredi I" juillet, quelquefois il me semble reconnaître la voix, d'autres fois, je ne la reconnais pas. — Quand vous la reconnaissez, celte voix, i qui ressemble-t-elle? — C^esl la voix d'une sage-femme qui a habité dans l'endroit oii je suis. — Quand vous ne la reconnaissez pas, poovez-vous dire tout de même que ce soit une voii de femme t — Non, je ne reconnais pas du tout la voix, alors. »

On peut noter presque immédiatement, chez cette malade, un certain nombre de puiulsde détail qui dilTérencient ses voix de celles que déplore B. C Z. : D'abord, B. C. Z. se plaint de ne pouvoir > penser librement » ; « si, dit-elle, j'arrive à penser librement, je suis toute étonnée de me sentir tà tranquille ». N. X., au contraire, se plaint de ne plus pouvoir penser ; ce sont les voix qui pensent à sa place. Il y a là, je crois, plus qu'une simple différence de sijle, cesdeux manières de s'exprimer correspondent réellement à des différences dans la nature ou dans la profondeur du trouble ressenti. Les pensées do B. C. Z. se présentent encore à elle comme siennes, quoi-

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qu'elle se reconnaisse impuissante & les diriger ; N. X., au contraire, ne les reconnaît plus à première Tue, pour ainsi tlire : aussi fut-elle, au débat, parfaitement dupe des voix, parfaitement couvaùucue qu'elle entendait ainsi le médecin lui parler; longtemps seulement après les premières manifestatàou de ces pbénomènes. elle en rinl à admettre qu'elle ne pouvaient émaner réellemenl d'une personne étrangère, el je ne auia pas sûr que la conviclion première ne reparût pas par inlervalles, à l'époque où Je pris l'observation.

Mais si cette croyance a, comme signe, une valeur énorme, ce n'est pu elle qui constitue le caraclère hallucinatoire, elle n'en est que le résultat et peut manquer comme elle manque chez N. X.; la rectification, phénomène surajouté à l'hallucination, dépend d'idées, de jugements plus ou moins automatiques, sans rapports directs avec les caractères de l'hallucination même : ils ne changent non plus rien à ces caractères propres ; la croyance, doBC, en disparaissant, ne change pas, par sa disparition seule, la nature du phénomène considéré. La malade ne voit aucune différence intrinsèque entre ses hallucinations obsédantes et ses hallucinations délirantes, et, d'autre part, nous n'avons pas le droit de dire que les unes soient moins hallucinatoires que les autres.

J'attribue une bien moindre importance à la localisation des voix. Ainsi que Je l'ai dit en un récent article, la localisation même précise, même au dehors du corps, ne me parait pas suffire à différencier l'hallucination de U représentation non hallucinatoire. Chez y. X.. les voix sont nettement localisées : au début, elles étaient localisées au dehors. La première fois qu'elles se tirent entendre, la malade était couchée et la voix avait le timbre de celle du médecin : a Je me suis figurée, dît la malade, que le médecin était à c6té de mon lit. Mon mari voulait avoir des rapports avec moi : Je lui refusais, car je devais mourir daus la nuit. J'ai entendu : i Non, il ■ ne faut pas y aller. « La voix semblait venir de droite. Aciuelleraeal, la voix est localisée au sommet de la tête.

ni

Ainsi, voiU deux malades obsédées, dont l'nne a des hallucinations el l'antre non ; certes, plus d'un observateur attribuerait t la première, qui se plaint seulement de représentations obsédantes, des hallucinations; mais U manque â. ces phénomènes un certain nombre de caractères que l'on rencontre ordinairement dans les cas d'hallucinations : on ajouterait donc que c« sont des haltucûiatioiis incomplètes. Chez la deuxième malade, eu revanche, certains ne voudraient pas reconnaître qu'il y ail des hallucinations véritables, sous prétexte qu'actuellement, elle ne croit pas à leur objectivité; et, encore ici. on croirait résoudre avec élégance la difficulté ea parlant d'hallucinationa incomplètes ; il est évident que, du moins, les unes el les autres ne seraient pas « incomplètes » de la même façon,

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qu'elles apparlieDclraîeat b. àeox classes très différentes d'halLucioatioas înconaptètes. Ea f&it, la catégorie <■ halluciDalions inconpiètes ■ (doat je De oi« d'ailleurs pas la légitimité) semble actuellement serrir avant tout & recueillir les cas pour lesquels on éprouve, soit quehjues doutes, soit quelque diniculté à établir an diagnostic précb : c'est sur celle seule question du diagnostic que je voudrais encore dire quelques mots.

D'abord, & mon avis, pour poser ou éliminer le diagnostic d'hallucinaiioo» il ne faut pas s'appuyer sur la croyance; ainsi que je l'ai dit Ailleurs, <■ la croyance est souvent considérée comme uo des caractères les pins importants de l'hallucination : certains médecins d'aliénés diraient volontiers qu'une représentation non accompagnée de croyance n'est en aucun cas une hallucination ■ ; mais, ainsi que je l'ai dit aussi, je crois devoir considérer comme indépendantes dans une certaine mesure l'eiîstence d'une représentation vraiment hallucinatoire et la croyance à la présence réelle d'un objet extérieur correspondant. Certainement, on pourrait soutenir qu'il n'y a pas U une question de diagnostic à proprement parler : rien n'est plus facile que de proposer une déliniiion de l'hallucinaLion dans laquelle serait placée au premier plan la notion de croyance ; mais alors, la présente communication n'aurait plus de raison d'être, non plus qu'aucune autre sur le même sujet, et le concept mémo d'hallucination obsédante se trouverait renfermer une évidente contradiction. Si l'on pose en principe, ou plutôt, en dénoition, que toute halluciuation rectifiée, ou comme disent i les médecins, toute hallucination « avec conscience » n'est pas une vraift^^ hallucination complète, jamais on ne trouvera de vraies hallucinations complètes chez les obsédés, malades non délirants, présentant des idées fixes également dites o avec conscience ». Certainement d'ailleors. le fait qu'une hallucination est ou n'est pas rectiilée. n'est, en général, lié nécessairement à aucun caractère intrinsèque spécial présenté par cette hallucinatioD : n'existe-t-il pas des cas où nous doutons (au moins pendant quelquei \ instants) d'une perception vraie, parce qu'elle nous parait invraisemblable, ou parce qu'elle est trop inattendue ? Ce doute, celle suspension du jugement ù porter sur la perception, ne change évidemmenl rien à la perception même; en revanche, les représentations du rêve, toujours rectifiées toi ou tard à l'étal normal, n'en sont pas moins des hallucinations, pour la plupart, el quelques-unes peuvent, chez certains aliénés, n'être pas rectifiées, Bans être pour cela, plus hallucinatoires que les antres.

J'ai montré ailleurs que la localisation dans l'espace n'était pas non plus, à proprement parler, une caractéristique de l'hallucination. Et pourtant, ces deux points, croyance et localisation, sont généralement les seuls que l'on examine avec uo peu d'attention, quand ou hérite sur te diagnostic. Seul peut-être, M. Janet, parait attribuer une certaine importance à d'autres caractères; à propos notamment des hallucinations chez les psycbasibèniques, il donne parmi les raisons pour lesquelles elles sont incomplètes, imparfaites, et ne doivent pas être considérées comme de véritables halluct-

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oaiione, ce fait qu'elles sont iDsufn&ammeol détaillées, qu'elles sont en somme « trop pauvres ». J'ai donné aitlenra mon opinion sur la prétendue richesse des perceptions (hallucinatoires ou normales) : ici, me plaçant uniquement à un point de vue pratique, je dirai simplement qu'en général, aucune conclusion ne peut être tirée du plus ou moins de précision apportée p&r le malade à la description du phénomène ; une description peut être fort précise, sans obscurités ni hésitations, dans certains cas, bien que le sujet n'ait en aucune façon les représentations correspondantes aus mots qu'il emploie. On en voit des exemples, notamment, à propos des phénomènes dits par les mystiques « visions intellectuelles » : le sujet qui a eu une vision inlellectuelle, fût-il même aveugle de naissance, comme un de ceux que cite William James, peut quelquefois décrire les caractères a pseudo-sensoriels o du phénomène avec beaucoup plus de précision et moins d'hésilalions que n'en peuvent apporter certains malades, à la description de perceptions fausses d'où pourtant tout élément seneoriel n'e&t certainement pas complètement absent.

En somme, envisages au point de vue clinique, un grand nombre des caractères qui accompagnent t'hallucinatiou dans la majorité des cas, comme la netteté, la clarté, la localisation plus ou moins précise dans Tespace, ont pour ainsi dire l'avantage de pouvoir être exposés avec pluB ou moins de précision par le malade lui-même et ne doivent certes pas être considérés comme totalement dépourvus d'intérêt pour le diagnostic, mais aucun d'eux ne suffit à. faire qu'une représentation soit hallucinatoire, îla accompagnent l'hallucination, ne la constituent pas. Est-ce à dire qu'il faille, pour se prononcer sur le diagnostic, faire porter l'investigation sur la présence ou L'absence d'autres éléments vraiment essentiels et caractéristiques? La perception fausse, comme la perception vraie, peut être analysée, décomposée par le psychologue; on peut faire abstraction de ce qu'elle possède en commun avec la représention ordinaire et isoler ses caractères spéciliqucs ; mais ces deux ordres d'éléments ne se présentent pas naturellement distincts ; ceux qui sont spécifiques ne sont pas clairement et directement observables pour le sujet lui-même : on n'aurait pas discuté si longtemps leur nature s'ils ne se présentaient pas, à première vue, comme « indcOnissabies s et « iudescriptibles ». Ils ne se traduisent guère, pour le malade, que par un n je ne sais quoi > qu'il ne pourrait exprimer, mais qui suftit & lui faire classer immédiatement la représentation anormale dans la catégorie des « perceptions » ; ce i je ne sais quoi » n'apparaît pas nécessairement lorsqu'une représentation est localisée dans l'espace ou lorsqu'elle est précise et riche en détails, il no disparait pas nécessairement nou plus lorsque l'hallucination est rectifiée : le malade alors, a beau $avmf qu'il ne voit, n'entend ou ne sent rien de réel, il n'en continue pas moins à garder « la même impression o que s'il voyait, entendait ou sentait réellement. C'est en somme cette impression, celte qualité particulière qui constitue vérilablemenl la base du diagnostic; la seule Journal de psjcbologi*. 3S

BM

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chose qui soil claire pour celui qui est atteint d'hallucinations rectifiées, c'est que ces perceptions fausses, auxquelles il ne croît pas, resscmblcDl, à t*y tnéprendt'Cf à des perceptions vraies; et toutes les questions que nous aurons à lut poser se ramèneront forcément plus ou moius a celle-ci : * Les Toiz ou Tisions dont tous parlez, jusqu'à quel point sont-elles comparables & des choses véritablement vues ou entendues?» Si vague que puisse paraître one telle dount^e, elle suTOt néaumuius & permettre de faire le diagnostic, et toutes les autres même, a'ool qu'une valeur secondaire. Toutes les fois qu'un malade nous dira (comme N. X., par exemple), qu'entre les phénomènes dont il se plaint et des perceptions véritables, il n'y a. au fond, aucune différence quels que soient les autres caractères des phénomènes en question, nous ne pourrons pas, il me semble, ne pas les considérer comme de véritables hallucinations; toutes les fois, au contraire, qu'un malade [comme B. C. Z] ne verra entre les phénomènes dont il se plaint et ses représentations normales que des différences en quelque sorte extrinsèques, nous ne pourrons dire qu'il a des hallucinations. Reste à savoir si vraiment on ne rencontre pas parfois des cas intermédiaires, des cas où l'impression du malade est trop vague ou trop imparfaite pour qu'il puisse se prononcer dans un sens ou dans l'autre ; c'est à ces cas, il me semble, que s'appliquerait légitimement la dénomination de « hallucinations incomplètes > : mais ceci aurait évidemment besoin d'être précisé dans une étude spéciale.

M. Janbt. — Je suis de l'avis de H. Bernai-d Leroy lorsqu'il soutient que ce qu'on appelle souvent l'hallucination incomplète n'est pas du tout l'haK iucination. Mais il me paraît douteux que la véritable hallucination se trouve chez les obsédés.

H. Bkkhaad Lbhoï. — Je ne le crois pas non plus.

H. JANSr. — Cependant il y a des cas embarrassants : j'ai décrit celui d'un obsédé de liberté qui répétait sans cesse la vision de quatre arbres qui l'entouraient; il y en avait deux devant lui et deux derrière, et parfois ils étaient reliés par des chaînes ; c'étaient les quatre arbres de la cour du lycée. Je suis persuadé que ce n'était pas là une hallucination véritable, mais uo effort de l'esprit pour rendre symbolique la représentation; et ceci est intermédiaire entre l'image proprement dite et l'hallucination. Comment classerez vous ce cas ?

U. BeRMARD Lsnor. — Avec les deux malades décrits dans ma communication. Demandez-leur de différencier l'objet réellement un de ce qu'ib éprouvent, ils ne donnent pas la caractéristique de l'hallucination.

U. Jambt. — Gela dépend de la façon dont on les interroge ; il est vrai que si on leur demande : « Voyez-vous comme vous voyez cet objet qui est devant vous ? > C'est alors qu'ils commencent & douter. Mais comment appellerei-vous ce symptôme î

H. Bbonàro Leboy. — C'est U qu'est la difficulté ; je ne l'ai pas désigné. j*ai montré la différence entre ce phénomène que j'éprouve moi-même et

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rhaUucinaiioa : je puis eu elTel évoquer moi-mècne les quatre arbres, mais je m'en débarrasse.

M. Jaxet. ~ Hais lui ce peul s'en débarrasser el ceci le rapproche de l'halluciné.

H. BKHNARn Lkroy. — S'il ny a que cela comme différence, nous somme» d'accord.

M. Jankt. — Mais il y a autre chose : la forme visuelle.

M. Bernard Lkhot. — Mais j'ai aussi cette représentation visuelle; je pui» très bien voir sur cette table un lapin.

M. Janet. -^ Je ne l'ai pas ; et ce caractère visuel suffit pour rapprocher le phénomène de rballucinalion. car il représente plus l'automatisme et la nécessité ; ce qui manque à une reprcseatation pour réaliser l'hallucination, c'est la croyance.

U. Berxaru Lkroy. — Nous ne sommes plus d'accord.

H. Jaxkt. — J'ai décrit le cas d'un malade qui dessinait le couteau qu'il voyait. 11 n'avait pas la croyance : c'était une hallucination à laquelle U manquait quelque chose.

M. BBBXAao Leroy. — Oui, mais si vous demandez h. des sujets de ce genre de comparer ce qu'ils éprouvent ainsi avec des hallucinations véritables, s'ils en ont eu dans le passé, ils font une différence et disent que co n'est pas la même chose.

M. SsGLAs. — N'ont-ils pas la croyance vraie, et ue doutent-ils pas en leur qualité de douleurs?

H- Bernard Leroy. — Je suis arrivé à une solution négative.

MM. SéoLAS, SoLLiEH et Ja:<bt. — Nous sommes de l'avis contraire.

M. Janrt. — L'expression hallucination incomplète n'est pas mauvaise en clinique et il parait difficile de la supprimer parce qu'elle convient biea cbeK des sujets qui ont tout incomplet.

M. SoLLiBH. — U faudrait reprendre la question et savoir s'il y a une difrérencc entre la représentation et l'hallucinatiou.

H. Jamet. — Séparons les choses, comme d'ailleurs le fait M. Bernard- Leroy, et admettons que s*il n'y a pas de croyance il n'y a pas hallucination, mais quelque chose qui s'en rapproche.

Après cette communication, M. Sollîer, Président, donne la parole à H. Meunier.

Communication de MM. Marie et Meunier.

Note sur quelques enre^strements graphiqueB dans la maladie de Parklnson.

Le symptôme le plus saillant de la maladie de Parklnson consiste généralement en un tremblement continuel, limité d'abord à un membre,

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paJB se généralisant peu k peu ; nous avoDs Uodc pCDsé qu'il serait utile d'apporter queU|ucs documeais précis sur l'état de ce treœbleroeut, étadiéi l'aide de la méthode graphique.

Les graphiques oblcDus oot d'ailleurs leur importance daos la question cooteslée et si délicate de l'état mental des ParkiosoDiens.

Le malade sur lequel nous avons pris ces graphiques, Jour..., entré à l'asile do V'il^tiiirenmars 1907, esl&gé decinquaDte-cinq ans. L'on de nous (D' A. Marie), en collaboration avec le D'Scrioi* a déjà présenté l'ubservaiion clinique délailtée de son cas é. la Société médicaU dtt RtipUaux ', C'est un ancien cfaaufTeur arrivé k la paralysie agitante k la suite d'un labeur excessif : il travaillait p&rroiK pendant quarante-huit heures consécutives. Employé dans une Taïencerie aux broyeurs mécaniques, il était chargé de la préparation de la pÂte pour le modelage des pièces à cuire et travaillait dans l'humidilé froide, le torse nu. D'ailleurs de constitutioa roboale; pas d'alcoolisme appréciable, pas de syphilis. — U est atteint de la maladie de Parkinson A forme unilatérale droite (forme hémiplégique de Charcol}, avec affaiblissement intellectuel et cécité d'origine centrale (déviation conjuguée des jeux vers la droite).

1° Nous avons pris d'abord une série d'enregistrements du tremblement de la main À l'aide de l'appareil de Charles Verdin pour mesurer les tremblements (vitesse lente).

Le nombre des tremblements est en moyenne de a par seconde. Si uous comparons ce chiffre à ceux que nous avons obtenus dans d'autres cas, nous voyons que le tremblement est plus lent que dans XtdeVtrium trtmem par exemple et plus rapide que dans la plupart des cas de paralysie générale ou de neurasthénie traumatique que nous avons en l'occasion d'étudier cet hiver. La fatigue ne vient pas rapidement, ce qui nous semble encore caractéristique du tremblement p&rkinsooien. Cependant les différences d'amplitude du tremblement selon que l'appareil est tenu sans poids ou avec poids, sont aussi accusées que dans les autres cas pathologiques susdits.

Fig. r

4. Dn K. Marie deTilUjnit et B. Scrini. Troubles oculaires et mentaox dani im eu de malidiQ de Parkinson anilttêrale. ButUtim et mtmoirti de la Société dtâ Hôpitaux lie Pari», il mai, n* i7, p. 490491.

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Les graphiques pris h. une vitesse plus rapide (vitesse moyenne du cylindre de Uarcy) permettent l'analyse du tremblement. Chaque secousse musculaire en (lexiun et en extension est régulièrement dédoublée.

Fig. t. ~^ Tremblement parkinsonien, bras droit, Ttlesse moyenne (poids 30 gr.).

A intervalles assez réguliers semble-t-il, toutes les trots ou cinq secondes, le tremblement s'atténue pendant une demi-seconde à peu près. Ce r)*lUme ne se retrouve pas avec les mêmes caractères dans les tremblements non parkinsonicns que nous avons eus à enregistrer.

Les secousses peuvent être notablement atténuées parlefTort du sujet.

Fig. 3- — Tremblement parkinsonien, bras droit, viiesse ionle.

liais cette atténuation volontaire ne peut guère durer plus de deux ou trois secondes.

L*appareil fixé au moyen de bandelettes k la face plantaire du pied droit, la jambe se trouvant en flexion légère, accuse un tremblement un peu plus accnlaé que la fatigue de la position ne le légitime. Mais limperfection de ce dispositif expérimental ne permet guère de faire l'analyse précise des

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secousses musculaires d'ailleurs beaucoup moins marquées qu'au membre supérieur, et oe pouvant s'enregislrcr qu'en demi-nexion.

2^ Les tracés respiratoires, pris en vitesse moyenne et lente du cytiadre de Marey, ft l'aide du pneumographe du même auteur, iodiqueul une moyenne de dix-sept mouvements respiratoires par minute, ce qui est normal. A l'analyse du graphique, notons une pause pathologique entre l'expiratioa et l'inspiration suivante, ce qui peut faire soupçonner l'existence d'une lésion bulbaire. Mais le fait frappant e»t l'extension des secousses musculaires aux muscles respiratoires, le diaphragme surlout. C'est surtout à la fln de la période d'expiration que s'accuse le tremblement. C'est en effet le moment respiratoire le plus intéressant pour les psychologues et les physiologinteSf qui y relèreronl toujours les indications importantes. Le

Fig. 4. — Graphique respiratotro (vitesse lente, app. Marey).

tremblement se retrouve d'ailleurs, è un moindre degré, avec des saccades moins prononcées et moins nombreuses pendant la période d'inspiration elle-même. Remarquons aussi que cette respiration est tout entrecoupée de soupirs [G par exemple pendant une période de cinq minutet).d

3» Les ergogrammes que nous aroas obtenus sur notre sujet ont été pris^ àraidedeTergographe deMosso,le poids à soulever cianl de i kilogramme, notre sujet n'ayant pas une grande force musculaire (le dynamomètre de Hêgoier accuse 20 à droite et 23 à gauche). Ils nous semblent aussi caractérisiiques de la maladie de Parkinson.

Du c6té sain (c6lé gauche] le nombre des soulèvements d'un poids de 1 kilogramme est de S05 en trois niiuutes. Ces soulèvements prèseolcal un aspect conique normal, la période de flexion ayant à peu près la même durée que la période d'extension et présentant une obliquité à peine plus accentuée du c4té de la flexion que du c6té de l'extension.

Du càté malade au contraire (côté droit], le nombre des soulèvements d'un poids de 1 kilogramme n'est que de 135 eu trois miuules. Nous retrouroai à chaque cône de fergogramme plusieurs secousses musculaires n'offrani «ucane régularité ni par leur forme ni par leur nombre. Toutefois un

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racièr« est à relever, c'est pentlaDt 1& légère pause entre la nexîoD et TexteDsioD du médias et peodaal la période de flexion que les saccades sont les plus nombreuses et les mieux accusées. Sous l'innuenoe du mouvement volontaire le tremblement s^atlénuc donc, de même que nous l'avons déjà vu s'atléuuer sous rinfluence de l'effort volontaire.

L'enregistrement sphygmographique des pouls radiaux droit et gauche décèle un pouls bien rythmé, à ondée sanfiuine régulière et hypertendue» La tension vasculaire des artères radiales contrôlée par l'appareil de Bloch et celui de Potain accuse 34 à gauche et 22 A droite.

Au point de vue musculaire, notre sujet ne présente de rigidité qu'à la nuque. Ajoutons que du cdtc parkiosonien, loin de présenter la rigidité musculaire classique dans la maladie de Parkinson, Jour... présente au contraire un tremblement très accusé de l'orbiculaîre. Nous avons essayé

FSg. S.

d'enregistrer ce tremblement, mais a cause du matelas formé par les cil», nous n'avons pas obtenu de résultats sufOsamment satisfaisants.

Les graphiques dont nous venons de parler en tant qu'expression de phénomènes physiologiques sont à quelque degré l'expression de l'état mental du sujet. Disons donc un mot de cet état mental, d'autant plus complexe que nous ne nous trouvons pas ici, au point de vue psychologique, en présence du parkinsonien type, qui est en général un inquiet, un analyste inlrospecltf. Le docteur Artault de Vevey a d'ailleurs relevé des phobies chez un grand nombre de parkinsonlens et il consldèi-e l'état phobique comme caractéristique de l'état mental parkinsonien. Nous sommes très tentés de souscrire à celte opinion, à condition toutefois qu'elle ne soit pas exclusive. Pour le cas spécial de notre malade, la question est encore plus délicate.

11 présente des signes manifestes de démence amnésique. On sait que les troubles mentaux seraient indépendants de la maladie pour Parkinsoo, Charcot, Brissaud, DuUI, etc. Par contre, Bail, Parent, Régis admettent des syndromes psycbopalhiques fréquemment associés avec des altérations élémentaires presque constantes.

L'uQ de nous, le docteur A. Marie dans la thèse de Béchet (Obs. XXVI), a publié un cas formant transition entre les deux types : c'est un accès de mélancolie avec idées de persécution, confuses au début, délire polymorphe hallucinatoire ; puis la confusion devint chronique, avec des rémissions

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incomplèles et des poussées intermittentes qui coaduisireut le malade a la dénieuce précoce finale, en même temps que se dessina, dès le second accès conrus, le syndrome bémiporkinsonien du côté gauche.

Dans un cas non publié, nous avons observé la démeoce précoce arec poussées successires consécutives a une première boulTce délirante confuse de persécution, dès la puberté, chcx le Ûls d'un parkinsonien type Iraitè par le professeur Bechlerew.

Or ta sa'ur de ce dément paranoïde est atteinte aussi depuis la ménopause de maladie de Parkinson constatée par MU. Dri^saud, JofTroy el A. Marie.

On Toil ici, sur un tronc d'origine commune, la maladie de Parkinson se reproduire alors qu'une branche collatérale directe aboutit i la démence précoce par confusion chronique k début de psycbopathie dépressive. Dans d'autres cas les deux élémenla neuropsychopathiques, dissociés ici, se combinent chez le même malade.

Chez celui que nous présentons aujourd'hui, c'est le mécanisme inverse qui semble s'être produit. Sa mère est morte démente, elle Ris est, à la fois, dément et parkinsonien. Le paroxysme principal sur lequel s'est greffée la démence d'involulion a présenté les caractères signalés par Régis comme fréquents dans la maladie de Parkinson (confusion mentale hallucinatoire, délire onirique, cauchemars professionnels}- La démence actuelle est une démence amnésique passive avec dépression simple et un certa.ln degré d'émotivité rappelant la mentalité pseudo-bulbaire (artério-sclérose. hypertension vasculaire et légère albuminurie).

En rapprochant les graphiques respiratoires de ce parkinsonien de nos graphiques de séniles ou d'émutifs pseudo-bulbaires, nous trouvons en effet certaines analogies. Hais insistons cependant sur ce fait que ce ne sont là que de simples analogies, et que les graphiques parkinsoniens dans leur ensemble nous ont semblé présenter un aspect bien particulier : c'est celui que nous avons essayé de caractériser par cette analyse.

M. SoLLiBR. — Je cratus que notre malade ne soit pas un parkioftODiea hémiplégique; ce ne serait pas un cas banal.

M. Janst. — Il faut se délier des Parkinsoniens déments, j'écoutais avec étonnement, car j'ai cru remarquer que les troubles mentaux sont antérieurs au tremblement ; j'ai vu plusieurs fois les troubles mentaux disparaître au moment de l'apparition du Parkinson, cette maladie si aisée a diagnostiquer, mais dont il est toujours utile de parler car elle reste profondément mystérieuse. Les graphiques pris sur ces sujets sont toujours intéressants à comparer avec d'autres.

U. Ubdkibr. — J'ai observé la même chose. U. Jankt. — Chez Olivier, décrit par Cbarcot, la phobie de son métier de cocher, auquel il a dû renoncer, a été déterminée par une émotion violente qu'il éprouva un jour lorsque son cheval s'emballa à fond de train dans une petite rue emcombrée d'enfants qui sortaient de Pécole ; l'obsession coo-

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sciente et la phobie durèrent deax mois et demi, puis s'eff&cërent pour faire place au trembleinent ; il a vécu aiosi longtemps, causant et jouant aux cartes, sans manifester de troubles mentaux *.

U. Hbuxier. — J*ai tu cependant un parkinsonien chez qui la phobie a persisté.

Après ces commanications et discussions, M. Sollier» Président, remercie orateurs et auditeurs, et la Société de Psychologie s& sépare pour reprendre ses travaux après les vacances.

Le secrétaire, D' G. DuHAs.

1 . Cf. Raymond et Jaaet. Névroaet et idéet fixes, II, 348, sciq.

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