‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 48 sur 161 · PSYCHOLOGIE DASS SES RAPPORTS AVEC LA LISGVISTIQUB. ETC · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE DASS SES RAPPORTS AVEC LA LISGVISTIQUB. ETC

mythes et des légendes. L'auteur ne saurait accepter ces termes, il préfère de beaucoup celui ô'idMh'/iolion. Dans les Synoptiques en particulier la réalité historique est puissamment idéalisée. Avant l'apparition de Jésus, l'Anciea Testament avait accrédité • un type préconçu du Messie ». Après la mort de Jésus, les rédacteurs des Évangiles s'etTorcèrent d'établir un accord entre la vie de Jésus et les prophéties messianiques. » L'adaptation des passages de l'Ancien Testament aux diverses phases de la vie de Jésns, si systématique et si accentuée dans Matthieu, n'est que l'expression de celte tendance- » Les inexactitudes historiques sont du moins des documents psychologiques sur les écrivains qui, en toute sinccrilé, mus par des sentiments puissants, les commirent : les Synoptiques a ont & la base des matériaux historiques, mais ces matériaux historiques ont été transformés par l'action de la foi religieuse ; l'esprit a animé la matière. Qui oserait contester que la personne historique de Jésus n'ait pris une forme toute particulière dans la conscience chrétienne? Notre conscience reçoit les impressions des choses, maison les modiliant. en les adaptant à ses formes propres. La vie de Jésus avait vivement impressionné la conscience des premiers disciples, des premiers chrétiens. Lorsque le moment d'écrire fut venu, il se fît forcément un mélange de réalité objective et de modalités subjectives. Jésns fut raconté non seulement tel qu'il avait été en lui-même, mais aussi tel qu'il paraissait à la conscience chrétienne. Une fois de plus la foi imposa ses exigences à l'histoire. »

Ënumérons, d'après ce professeur de Grand Séminaire, les facteurs et les procédés de la déformation idéaliste du réel dans la religion.

!■* Vfnthousiasme relitjieus. — Les Synoptiques ont été composés plus de trente ans après la mort de Jésus, au moyen de récits circulant parmi les fldèles. « On sait par expérience combien un pareil milieu embelUt et poétise les données strictement historiques... On sait la puissance de l'idée religieuse : autour de faits très simples elle crée une masse de fictions... Cette œuvre de l'enthousiasme religieux, que le temps a rendue possible et inévitable, s'étale comme une auréole idéale autour du noyau historique. Sous ce rapport, nous ne sommes pas mieux partagés que les rédacteurs de la Synopse, bien que nous ayons derrière nous dix>huit siècles d'affinoment et de progrès scientifiques. Il y a, à peu près, une trentaine d'années qu'a eu lieu l'apparition de Lourdes ; comptez, si vous l'osez, toutes les légendes qui sont venues se greffer sur cet événement... i>

î° L'imagination scmitif/Ut:. — Il ne faut pas se figurer que les sémites écrivent Tbisioire comme uous. n L'esprit de ces peuples amplifie tout ce qu'il touche; étant réfractaire à la rigueur scientifique, et. d'autre part, dominé par l'élan poétique, il ne peut se résigner à s'enfermer dans le cadre des matériaux historiques. Chaque écrivain se croit en droit d'ajouter ses réflexions et de faire son petit commentaire. « L'auteur cite des indices manifestes de ce penchant au grossissement dans les évangiles de Jean et de Luc, et dans le Coran.

JOVHSAL DE PSYCHOLOGIE

3^ Le désir tf édifient ion, la prédication. — Les écrivalas religieux se proposenl moias de raconter et d'in&lruire, que d'cdîBer et de diriger : « ils ne se borneDt pas à décrire le Jésus historique; ils coDsigneot aussi dans leurs relations les impressions, les suggestions que Jésus avait suscitées dans leur &me prorondêment religieuse, et qu'ils esLimcrent propres à édiOer les communautés chrétiennes. »

4" Le décalque de CAncien Teitattient par les écrivains du Nouvean. — L'auteur cite (pp. 384, 386) un grand nombre de textes où est évidente cette adaptation, cette projection des écrits antérieurs sur les récits nouveaux. « L'art du rabbinisme déploie ses ressources. Matthieu applique, viu. 17, h Jésus ce que le second Isaïc dit, un, 4, du serviteur de Jahveh ; Marc, xv, 28 et Luc, \xii, 37, imposent au second Isole, lui, 42, le même traitement. Matthieu fait preuve, dans l'emploi de ce procédé, d'une étonnante féconditc et d'une remarquable souplesse. On pressent le juir, prorondêment imbu de l'idée messianique et très préoccupé de trouver dans l'Ancien Tes* tament des prophéties qu'il puisse appliquer à Jésus : xxvii. 35, 43, 46, il applique au Sauveur ce que le Psalmisie dit, Ps. v.xi. S, 9. 19, du juste. Ces cas sont éminemment instructifs. Tous les traits messianiques de l'Ancien Testament, d'après la croj-ance juîve, doivent se retrouver en Jésus. Cette idée centrale domine le premier évangile tout entier. En s'engagc&nt plus à Tond dans celte voie, Paul arrivera à dégager, I Cor., xt, 3, le caractère expiatoire de la mort de Jésus, d'après le second Isate. uti, 8. v

S*' L'amplification. — Jésus racontait des paraboles. Les disciples n'ont guère pu se les rappeler mot à mot ; ils n*ont retenu que les idées maitresses, le canevas. Les narrateurs développèreal, commentèrent; les rédacteurs y mirent tout leur art. « Les mêmes observations s'appliquèrent aux discours. 11 est impossible que les auditeurs aient retenu le mot à mot des discours du Sauveur, après les avoir entendus une seule fois. Prononcez aujourd'hui un discours devant un auditoire cultivé; à moins qu'il n'y ait des sténographes dans l'assistance, je défîe qui que ce soit d'en retenir le texte, n L'auteur analyse le Discours sur la Montagne : « L'on ne peut, conclut'il, en maintenir rauthenticité textuelle qu'en violant toutes les lois qui dirigent la critique et lui permctteut de faire œuvre efficace. »

6" La specukUion Oiéologique. ~ Son influence systémalisatrice et doctrinale commence à se faire sentir dès les apùtres e La pensée chrétienne ne pouvait concevoir l'ëchec des miracles de Jésus dans l'œuvre de la conversion des Juifs; elle couvrit cet échec en supposant que ces miracles o^avaient pas été counus des Juifs. Et pourquoi? Parce que Jésus avait ordonné de n'en pas parler. Le procédé n'est pas très logique, mais il ne faut pas demander trop de logique à des espriis qui contournent les faits et les plient à des Idées préconçues, i

Que reste-t-il, après cela, des textes sacrés f pas grand chose, liais qu'importe? conclut notre professeur de grand séminaire. Ce n'est pas sur les textes que la foi repose. Du moins ce n'est pas sur le détail des textes : si

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