L. C. IIerdrrt
PSYCBOLOGIE ASIUALB ET PSÏCUOLOaiE CÛMPARÊK tl{
Vltl. — Psychologie animale et P^srcHOLOGiE comparée 89> — L'activité des organismes inférieurs, par II. S. jBMtiHGS.
Les maniTestations vitales chez les orgaaismes inférieurs ont déjà fait l'objet de nombreuses études.
Le livre de II. S. Jennings, résultat d'une année de rcclierclies & rinslitulioD Carnegie do Washington, est une importante contribution A cette lîttér&ture. Avec un luxe pcul-cLre excessif de développements, une surabondance d'exemples et de démonstrations minutieuses, et une certaine diffusion dans le commentaire théorique qui les accompagne, il présente un tableau captivant de ces modes d'activité rudimcntairc. La méthode rigoureusement expérimentale adoptée par l'auteur garantit la valeur seientiflque des faits, en même temps qu*unc analyse philosophique suivie en lijce la portée générale et en dégage des conclusions précieuses pour la psychologie comparée.
L'ouvrage se divise en deux parties: l'une, purement descriptive et objective, l'autre, essai d'explicaliou théorique des phénomènes étudiés dans la première.
La partie descriptive, un peu toufTue, mais claire et logiquement ordonnée, est un modèle de vérité cinématographique. D'excellentes illustrations en augmentent encore l'attrait. L'auteur passe en revue les modes de réaction aux excitations diverses chez les Protozoaires, amibes, bactéries, infusoires et chez quelques-uns des Métazoaires inférieurs, particulièrement les Cctlentérés. Plusieurs de ces réactions, mouvements élémentaires, recherche de ta nourriture, etc., sont naturelles; la plupart sont obtenues arliliciellement. L'amibe, le plus rudimenlaire des êtres vivants, « parcelle amorphe de protoplasma gélatineux », réagit, en changeant la direction de SCS mouvements, t la lumière, à la chaleur ; elle évite les obstacles ; un choc électrique la fait se contracter violemment, parfois même éclater; elle livre à sa proie, animale ou végétale, et souvent à ses semblables, une véritable chasse. Elle semble obéir aux mêmes excitations essentielles que ^es organismes supérieurs. Les bactéries, dont l'attribution au règne végétal ou animal reste incertaine, ont une forme déÛnie et des organes de locomotion spéciaux. Leur activité s'emploie à découvrir le milieu le plus favorable : elles recherchent l'oxygène, se groupent autour des substances susceptibles de les nourrir, luttent avec la pesanteur, réagissent ou non à la lumière selon son utilité pour leurs fonctions respiratoires, gagnent la zone de lacouleur qu'elles absorbent le mieux, fuient les solutions chimiques concentrées. L'adaptation au milieu le plus favorable manque cependant de sûreté : on les voit se rassembler dans des solutions faibles qui les fout périr. Leurs réactions à ta chaleur et à l'étectricité sont mal connues. L'étude des infusoires, autres organismes uniceltulaires, qui vivent dans l'eau contenant des matières animales ou végétales en décomposition, est
JOVHSAL DE PSYCHOLOatE
très développée el abonde en détails ctirieux. L'auteur examiDe particulièrement les iofusoires ciliés. Ces animaux se DoarrisscQt des bactéries qui abondent dans les eaux stagnantes ; ils saisissent leur proie avec la bouche ou l'attirent dans le tourbillon de leurs cils; cette chasse n'est point uniforme ni aveuffle, elle comporte une certaine sélection. Les modes d'acii* vile varient avec les espèces, les unes flxes, les autres nageant librement. La recherche du milieu le plus favorable est encore la loi dominante, elle détermine la nature de toutes les réactions. Des expériences précises ont permis de fixer le degré de lumière, de chaleur^ de concenlralion chimique, et même la nuance de couleur, préférés de certaines espèces. Chaque tentative d'approche ou de recul est réglée par la tendance vers ce point optimum. La pesanteur agit moins puissamment sur ces organismes que les autres excitations ; l'effet du courant électrique est caractérisé par une déviation spéciale de l'inclinaison cïliaire. L'auteur examiue ces phénomènes multiples dans leur complexité, il en discute l'origine mécanique ou chimique. L'étude générale des infusoires se termine par la monographie d'une espèce ciliée, le Paramecium ; le chapitre intitulé « la vie quotidienne du Paramecium n est une page d'une réelle valeur littéraire et pittoresque.
L'étude des Métazoaires intérieurs, particulièrement des Cœlentérés (hydre d'eau douce, anémone de mer, méduses), fait suite & celle des Protozoaires. Il s'agit ici d'organismes multicellulaires el pourvus d'un système nerveux. Aucune différence profonde n'apparaît cependant entre ces deux embranchements du règne animal, l^s mouvements des Cœlentérés, contractions et extensions de certaines parties du corps et de tentacules, obéissent aux mêmes causes que ceux des Protozoaii-es, excitations mécaniques, lumière, chaleur, électricité : Cœlentérés et Protozoaires recherchent leur nourriture, évitent le danger par des procédés analogues. Il ne semble donc pas, comme on le croit communément, que la présence du système nerveux modifie essenliellcment l'activité vitale ; les propriétés de la cellule nerveuse ne sont que celtes du protoplasma en général, mais accentuées.
On a proposé, pour expliquer l'activité des organismes inférieurs, deux théories d'ordre mécanique, la théorie du m iropisme » et celle des réflexes. Le « tropisme » consiste à réduire tous les mouvements à des orientations diverses de l'axe du corps par rapport à la direction de la source d'excitation; mais celte loi ne vaut que pour certaines excitations élémentaires ou artincielles, telles que l'action du courant électrique; elle suppose dans les réactions une simplicité uniforme qui ne se rencontre pas. Elle ne saurait s'appliquer A certains Hétazuaïres qui manquent d'un axe défiai. La théorie des réflexes est également insuffisante même pour les organismes les plus simples ; on ne constate dans les réactions rien de fixe ni d'invariable. Un animal n*ayant que des réflexes serait condamné à périr. Aucun être vivant ne se comporte avec cette rigidité mécanique: partout il y a sélection, adaptation.
PSYCHOLOGIE ANIMALE ET PSYCtWlOGIE COMPABÈE
L'&clÎTÎté s'exerce Bouveal aaasbut, par une dépeuse sponlaaée d'énergie. Quand elle csl dclcrmincc, elEe l'est toujours par la recherche des conditions les plus favorables t la vilalilé spécifique de chaque organisme : l'animal réagit posilivemenlet négativement selon qu'il s'approche ou s'écarte de l'oplimum, et tente des mouvements variés pour supprimer tout obstacle à ses processus physiologiques. Cette e sélection par les mouvements variés ■• est le principe régulateur, sélection d'ailleurs rrèquemmenl incertaine, soumise à des tiVtonncmcnls et à des erreurs. Deux lois importantes la régissent: la loi de Weber, d'après laquelle toute réaction est relative et dépend de l'état anLérieur, el la loi de a résolution ». que l'auteur formule ainsi : « Le passade d*un état physiologique A un autre devient plus facile et plus rapide quand il est répété un certain nombre de fois. "
Les manifestations vitales sual-clles susceptibles de perfectionnement dans l'individu et dans la race '? On peut l'afllrmer. L'expérience prouve que les organismes s'aflineut, deviennent sensibles à des excitations de plus en plus faibles; leurs mouvemenls. grâce à la lui de <> résotutioa », acquièrent plus de précision et de variété. Les états intermédiaires, les tâtonnements tendent à disparaître. Dans la race, le développement est aussi certain. La théorie de « Thérédité des caractères acquis » est problématique, sauf toutefois pour les espèces unicellulaires qui se reproduisent par scclionoemeot, et oii « les enfants sont les parents ». La plus vraisemblable est celle de la « sélection naturelle des variations congénitales « : les individus les plus aptes, les mieux doués pour la résistance aux causes nuisibles, survivenl et transmettent leurs caractéristiques à leurs descendants.
L'analogie entre l'aclivité des organismes iuféricura et l'activité psychique des organismes supérieurs est évidente. En ce qui concerne l'cxi&teuce de la conscience, l'auteur garde une réserve prudemment agnostique. Cette question échappe à l'observation et h l'expérience, parce qu'il n'y a pas de • critériuo objectif du subjectif »■ Mais il est incontestable que ces modes d'activité présentent tous les caractères extérieurs de la conscience. Les physiologistes ont lort d'éviter les vocables psychologiques et de s'efforcer de tout exprimer en termes de matière et d'énergie, ce qui tend h creuser uu abîme entre les différentes catégories du règue animal. Toutes les manifestations essentielles de la vie chez l'homme et les animaux supérieurs existent, au moins A l'étal rudimenlaire, chez les organismes inférieurs, perception, faculté de discernement et de choix, attention, mémoire, habitude, association, signes extérieurs de plaisir et de douleur; l'intelligence, « modiflcalloD de la conduite d'accord avec l'expérience », ne peut manquer même chez les Protozoaires. Elle est la k régulatrice » universelle de la vie.
Entre organismes infériears et supérieurs, il n'existe donc, pour l'activité psychique comme pour l'aclivité physiologique, qu'une différence de degré.
Ch. DlTGITBT.
JOVHNAL DE PSYCnOLOGIE
90. — Les causes actuelles et les causes passées par Bobn (Gbougss). Mev. Scientif., 5« i., t. III, p. 353-357, 389-394.
Que faut-il entendre par instinct chez les animaux Inrérieurs? Sur celle question, deux écoles adverses sont aujourd'hui en présence : Vécole lamarckienne, l'école expériroenlale.
P École lamarckienne. — Lamarck, Darwin, Romanes usent d'cxplica' lions psychologiques, subjectivistcs, fliiali»les. Si les insectes sont allirés par la flamme d'une bougie, c'est qu'ils éprouvent de la curiotité, du détir. Dans l'adaptation des structures et des fonctions au milieu, intervicnuent, enire autres facteurit, Vimitalion, ïeffbrty Vinitialitc. Quand la mer monte, les animaux du littoral recherchent les rochers, ie réfugient dans les anfractuosités; quand la mer descend, ils se mettent à la chasse, eu quête de nourriture; voilà des manifestations àe volonté ; si ou les liansporte loin de la mer, daus des aquariums, ils conlinuenl à s'abriter et ù chasser aux mêmes heures, et les lamarckiens voient là un fait de mémoire. Dans l'ensemble de ces démarches ils atlirment l'inlervenLion de l'hérédité.
2° Ecole expérimentale. — Bethe, L'exkull, Th. Béer, Ziegler, Nuel achèvent aujourd'hui d'accomplir contre les Lamarckiens et Darwiniens une révolulion scienti tique, commencée en 1890 par Loeb. L'observation et rexpérimentation biologiques exactes conduisentà repousser comme vagues et métaphysiques toutes les explications de « psychologie animale ■», et à créer une nomenclature nouvelle, objectivante, d'où sont exclus jusqu'aux termes d'ea:citabitiië, d'irriUtbUité^ de sensibilité. Les belles expériences conlemporainessur les mollusques, les vers, les crus lacés, les poissons, conduisent & desexpUcalions mécaniques, physiques, ctiimîques suffisantes des démarches en appareucesponlanèes de ces animaux. Si un œil reçoit plus de lumière que l'autre, il s'casuil une modilication réflexe de la motricité d'un des côtés du corps par rapport à l'autre côté ; et de là résulte, suivant ie degré d'humidité, une action des muscles locomoteurs dans telle ou telle direction. Les vers ciliés Convoluta continuent, mis en aquarium, à monter a la surface du sable à l'heure de la marée descendante et à s'enfoncer dans le sable à l'heure de la marée moulante. Les lamarckiens appellent ce phénomène le « souvenir de la marée », une « habitude ». Le progrès scientifique consiste à chercher une explication mécanique, physique, chimique, de celte persistance d'une influence passée; et déjà nous savons que le pendule dérange de la verticale continue longtemps & osciller, que l'application d'un excitant sur un tissu vivant, sur un œuf en train d'évoluer, donne lieu à des elTels tardifs, ne se manifestant qu'après plusieurs semaines. Eofio rhërédité psychologique s'explique physiquement. Seule, la structure organique est héréditaire, et tout le reste s'ensuit : des animaux consiroits de même réalisent forcément le même état chimique, et, soumis aux diverses excitations de la nature, ils réagissent forcément par les mêmes mouvements dans les mêmes circonstances.
G. R. O^AtXOMHBS.
PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE