‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 78 sur 161 · L.-C. Mkhaert · texte numérisé non relu

L.-C. Mkhaert

VI. — PsïCHÛLOGtK DANS SES RAPtOUTS AVEC L\ LlNtiUISTIQUK, l'HiSTOIOS.

hK Science des Kbuciûxs, la Mukalk et la SociOLuats

130. — La notion des couleurs et la linguistique, par A,-C. CAKtHorrt.

TMitf de lUv-deaux. tli04-19u5. n« 41-

L'auteur essaie de démontrer, dans sa thés**, que la théorie de Magaus, de Geiger, de Gladstone, sur le développement de l'œil, n'a pas sa rai:«ou d'dlre: que l'espace de temps fixé pour ce pcrfcclionnement n'est pas assex loniy; et que ce n'est pas sur l'œuvre d'un seul qu'il faut s'appuyer pour arriver à une solution.

Les peuples de toutes les civilisations ont eu la uolion des couleurs, el l'archéologie en fournil les preuves. Seul pouvait manquer le nombre de mots uécessaire pour exprimer des sensations nouvelles; s'ïule la terminologie, en général très pauvre, doit cire mise en cause.

L'auteur en recherche la démonslraiion par l'élude des couleurs cliex les peuples primitif, el. dans un cadre plus restreint, dans la lilléiaturc française, où. brusquement, à une époque bien déterminée, commeoceol à app&railre les noms de couleurs. Or, de cette brusi)UO Iransitiou d'un siècle où les mois colorés ne sont pas employés, quoique connus, à un autre où leur vogue est immense, ressort l'existence d'une cause plus profonde, au moins plus scientillque que celte du développement d'un organe! ou eucore de celui d'une fonction. 11 faut y voir l'influence des choses extérieures, des événements d'une époque, la science, tes voyages nombreux et faciles au xix" siècle; l'adaptation de l'esprit humain au milieu qui chauge chaque jour, gr&ce à de nouvelles découvertes; l'observation plus profonde, plus précise des choses cavironnanlcs; un certain perfectionnement dans la fonction visuelle amené par l'éducation. Celte dernière est poussée si loin que l'auteur assimile la funclioa visuelle à la fonction gustaiive. Celle-ci était arrivée, chez les Romains de la décadence, & uue sensibilité exagérée. Qui sait si cette perfection de notre vision colorée n'est pas déjà uu signe de décadence, caractérisé par rintensilé des sensaituns reçues, comme pourraient nous le faire croire les quelques expressions bizarres^ relevées chex ccrlaius auteurs. Heureusement que cetie d*^chcance, née d«i ' trop grand perfectionnement, se bornerait à une partie 1res restreinte de notre société, à ce qu'on appelle Têlile, car le laboureur, penché sur sa charrue, pas plus qu'Homère jadis, ne distingue ce luxe inuut de uuauces, cette inlioie variété de teintes; son système nerveux est encore parfait»-

JOVRSAL DE PSYCHOLOGIE

leild ftse perrecUonaor, la loi du la syslcinalisation faite, c'est qu'elle tend à 5e conserver. Mais, mil ê<iiiilibre n'élaiU dénnilif, on petii considérer tuu» les systèmes comme lentUiit « se perrecLiooucr cti ciilraui daii* des «.ysièmcs siipériôurâ. It y a de la syàtémalîsalion partout, mais la systématisation de l'ensemble est encore très Taible. La systématisation est une condition nécessaire de l'existence. Mai<t l'idéal d'un état tlnal (parfaite systèmalii^alion du monde} est une chimère : cette parfaite harmonie est impossible, ou du moins incompatible avec l'existence d'un monde rëcl. C'est là ce que nous montre la seconde loi.

II. La loi d'éianescfiicc. — " Toute chose qui évolue tend A se supprimer, n LVvaneii^ccucc n'est pas la mort : elle en est plutôt le contraire puisqu'elle cuu^iste. non dans une désorganisation accidentelle, mais dans la disparition d'un système qui, par sou propre perfecliQDoem<:nt, s'est rendu inutile. La conscience et le dèâir, qui sont à la fuis TefTet et le remède d'un défaut de syslémalisatioii cl disparaissent dès que ce défaut est comblé, sont des exemples psycholojtiqucs de celte loi. Les faitCg sociaux, crnyatioes, théories scientifiques, instiluiions. en sont aussi àd* exemples frappants. L'évolution est une évanescence conliouetle et ne peut ni se comprendre, ni exister, sans évanescence. La linalîlé et l'existence même ne sauraient donc être soustrailes à cette loi générale, qui limite ainsi, en la complélanl, la première loi. C'est parce que l'être tend à. se systématiser toujours plus qu'il tend à dépasser toute systématisation en s'anéantissant. La systématisation absolue est impossible ou équivalente à ranéantissemcnl. C'est dire que la contradiction est au cœur des choses : et c'est ce qu'exprime la troisième lui.

III. La loi d'opposition. — " Tout ce qui existe n'existe qu'eu s'oppusant à quelque chose. » Dans la vie sociale, il y a toujours quelque desaccord entre les élcmenls des divers groupes : ce désaccord éclate lorsque Le succès du groupe en rend moins nécessaire la systématisation. Dans l'esprit, les désirs, les idées, les croyances se compriment et s'opposent au sein de I harmonie générale, et, lorsque celle-ci est brisée, reprennent leur jeu individuel. Il en e::i>L de même d&us les mondes biologique et inorganique. L'analyse seule de la notion de système aurait pu le faire prévoir. Toute systématisation est uue coordination d'éléments différents. Des ôlres qui s'harmoniseraient absolument se ressembleraient absulumenl. Maïs, exister ensemble» c'est différer et se ressembler : c'est doncélre ft la fois eu liariiiouie et eu opposition.

EV, Le menaonfje ttnivfrsel. — Ainsi l'existence suppose la systématisation et l'opposilion : uu èlre qui arriverait à supprimer toute upposjllun finirait par i'évaucscence, un être en qui toute systématisation sérail détruite linirait par la mort. L'évolution consiste à « faire entrer dans un même système des éléments de plus eu plus nombreux, el en même temps à refouler l'uppusitiun à 1 intérieur de ces éléments pour uue part, et, pour une autre part, à la faire contribuer A la systémalisalion de l'ensemble d. C'est ce qui arrive dans la conslilution des groupes politiques, des système» psychologiques, et daus l'organisation de la matière, d'après des vues récentes surl'aième. Or, le mensonge est précisément « une systématisation qui recouvre uue désharmunie, se foude sur elle el la dissimule »

jovunal ue fuycHOLOGiE

1S4. — Psychologie et psychopathologie des Israélites (Psicologia e psicupaluloffia lie^li Ebrci), par le b' E Maiu'Uhiïo. lu -. ftiKÙla Ht Pticoioyûi apfilicata alla Pedafjogia td alla Vncopak-lugia, i" année, n®3, pp. I56-17G, inai-Jiiia t905, Bologne.

Tandis que If. M., se rondanl sur les travaux de Wissemberg (Russie méridjouale). Jacob (Augtelerre;, et Luinbroso [Piémuul) tend à admettre que les Israélites, du point de vue physiologique, ne se dislinguenl guère des peuples parmi lesquels ils vivent ei ne forment pas une race constituée par des caractères aiiibropulogiquc-î bien dèlinis, il leur recoiinait de» dispositions psychologiques spéctales auxquelles ils doivent une physionomie commune qui se retrouve sensiblement la m^mc chcE tous les Juifs d'Europe.

Ces dispositions sont d'ailleurs bien moins dues \ leur comrnunaulè d*origine qu'aux circonstances historiques qui, presque partout les mêmes ont pesi'* sur eux. Les perséculions qu'ils curent à subir ont contribué tout d'abord à accroître leur résistance organiqnc. Celte résistance reconnue par Gœllie el par Nietzsche n'est nullement un caractère ethnique; c'est un résultat de la résistance passive opposée durant des siècles aux persécutions religieuses qui, éliminant les plus faibles n*0Dt laissé survivre que les individus les plus capables d'adaptation. Ace perfectionnement de la race par sélection est due la remarquable longévité des Juifs, indiquée par les statisli<|ues en Prusse, en Itussie, en Hongrie, en Autriche et en Algérie.

Piych'jloyie. — D'uu certain nombre de traits psychologiques, on pourrait suivant M. M. dégager un caractère ethnique particulier. Il serait marqué avant tout par n la passion pour la critique morale de la société jointe h la conscience transcendante d'une mission à remplir » (p. ICI). Le socialisme et le sionisme, doctrines sociales d'origine sémitique seraient l'expression de ce double besoin. Aussi ne peut-on dire avec Terrero que le pessimisme forme le fond de l'àmc juive. « I^ conception messianique ellemême, est une aspiration au bien-être et au perfectionnement » (ibid.). La littérature hébra'iquc en est une preuve. Elle déborde de foi en l'avenir. Comme l'a dit Lombroso, non seulement les Israélites ont pensé toujours que la justice, la liberté et l'égalité régneraient dans le monde, mais encore qu'ils étaient destinés b. en fonder et à en assurer le règne. C'est l'esprit qui anime tous les prophètes [Cf. le livre de Daniel, les Piaumes. les Pro* verbes, Enoch, Eszra. Jérémie). Quant à la littérature hébraïque muderoe, elle est caraclérisce par un ton austère, A chaque instant interrompu par des élans de passion.

Dans le domaine de la vie aOective, l'intensité de la passion est le signe dîslinclif des Israélites. Elle éclate aussi bien dans les discours des moderaes adeptes du sionisme et du sociali^tnie, que dans les écrits des vieux prophètes. Aussi, la poésie lyrique est-elle le vrai domaine de l'Uraélite. Celle intensité de la passion s'observe également en ce qui concerne le milieu domestique. Les aiïections de famille sont très développées chez les Juifs : conséquence, eu partie de leur conception morale de la vie, eu partie des conditions historiques à travers lesquelles ils se sont développés.

Criminalilé. — EUe est moindre en général chez les Israélites que chez

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les ÎDiliWilus appartenant à d'autres confessioDS religieuse;), et elle présente certains caractères spéciaux réaullaul des circonslances qui ont conditionne la vie de ce peuple an cours lie l'hiàtoire. " A une civilisalinn atavique de violence, les Israéliies oppiisèrenl une civilisation évolutive d'astuce - (p. 1C3). Alors, que sont rares chez eux le vol, la violenct;, Diumicide, ils commettent assez Trcqueinment les délits propres aux claises inlellecluetles et commerciales (crimes politique et religieux).

Psychopnthohgie. — Un trouve chez les Israélites un pins grand nombre d'aliêiirs que dur les nondsraéiiles. Exemple : En liftlii* 18»8, sur 1.000 habitants, 0.784 calhotiques; 0,838 proLcstanls; 3,331 juif-, — Allemagne 1872, sur lU.UUO chréltens 8,00 aliénés, sur 1.000 israèlites lû.l. On trfiuve aussi parmi eux [dus de sourds-muets et d'idiots. Malgré ces staiisliqucs, il ne Taudrail pa.<. suivant M. M., conclure chez les Israélites k une prédisposition ^spéciale aux maladies mentales; car il ne faut pas oublier que les classes agricole!) manquent presque eitticrcmenl chez eux, où tout au contraire une plat'e cun^idérable appartient aux classes plus exposées aux troubles psychiques. Il faudrait pour lîrer une conclusion valable de ces comparaisons de statistiques, n'y considérer que les professions exercées parles Israélites. Les mêmes considérations s'appllquersienl au suicide que certains auteurs (Lombroso en particulier) croieul plu^ rare chez les Juifs.

Les maladies mentales dont ils sont le plus souvent affectés sonl la paralysie générale, la neurasthénie et l'hyslérie. M. M. se ran^e à l'opinion de Béraud qui classe en deux proupc^t \n^ maladies nerveuses auxquelles les Israélites semblent plus particulièrement prédisposés, selon les causes auxquelles il les rattache : 1" celles qui sont dues h la cunsangniniié (Idiotie, surdi-mulilë et réiinite pii^mcnlaireî : 2^ celles qui se trausmetieni par hérédité (paralysie générale, hystérie, impuissance sexuelle).

On trouverait suivant M. Beadles Cecil une curieuse conlirmalîon de la vitalité extraordinaire des Israélites dans ce fait que, parmi eux. la mortalité reste )dus faible mémechezies aliénés [44 à 47 p. 1.000 alors qu'elle est chez les chrétiens, de M à 55 p. 1.000) même chez ceux igui sont atteints de paralysie générale, maladie particuliéremcnl n-équenle (21 p. 100 des Juifs aliénés, tandis que la proportion est pour les autres contessioua religieuses de 10 p. 100} et duul l'évoluLiou semble chez eux plus lente que pour la moyenne des autres malades.

A cette extraonliuaire force de résistance de la race juive, on peut rattacher dcu.\ caiactcres propres aux enfants israélilcs : la précarité du développement intellectuel et celle de la puberté. En ce qui regarde le premier point, les enfants en Kussie apprennent tous rapidement aux écoles confession* nelles toutes les cunuaissanccs nécessaires à la vie pralii|ue et en plus dos éléments de littérature talmudique. Quant au grand développement de l'attention signalé par Leroy Btïaulieu chez les euTanls juifs, les recherches de M. M. faites par la méthode des tests, rautoriscraient k le nier, au moins ea' ce qui concerne les Israélites d'Italie qui, sur ce puiut ne lui ont paru dif* /ërer en rien des chrétiens. — La précocité sexuelle est indéniable, mais les Ga^uses multiples qui, outre le climat iullucnl sur elle, ne permettent peut- ^tre pas de lacoosidérer comme absolument caractéristique et encore moins

JOVRSAi. ns psrcnoLoaiE

d'jToir avec Lotnbroso et Ferrero une conséquence de la fréquence des néTros«8 chez les Juifs.

Enfin, une de^ maladies dont les hraèliles souffrent le plus souvent, est le diab^le. Ils fournissent enriron 25 p. 100 des diabétiques.

Peul-il être qnostion d'une dégénérescence de la race juive? Non, certtt. si l'on entend par là a une condition morbide qui ne porte pas seulement sur la santé de l'individu, mais atteint la continuité de la race. . . La vie de l'Israélite a toujours été exclu.siTcmcnt intellectuelle et ce fait suflli à expliquer la psvchologie et la psychopathologic actuelle de ce peuple » (p. 16S-IG9J. Faire de la lon^^éviu* des Israélites un symptôme de dégénères* cence est, en effet absurJc, puisqu'elle est, comme l'a montré Wcismano, l'expression d'une meilleure adaptation cl d'une plus grande éneririe vitale. La psychologie normale et pathologique des Israélites nous montre donc chez eux, dii M. M.. « un degré remarquablement élevé du système nerveux et uue admirable faculté d'adaptatîou •• {p. 1C9).

L'article intéressant et bien documenté de M. M. est terminé par une bonne bibliographie- Jean Uagnam.

VIL — PsrCHOLUGIE DB l^'SKFANT ET PKUAtiUUIK

125. — (Ueasurcment of Iwins) Mesures exécutées sur les jumeaux, par Edward, !.. Thqrudikk. ûi The journal o( Phiiotoph^^ psychotot/y and Bciettli/ic tnetkods. 28 septembre 19U5, pp. 547-544.

Les faits cités parl'aulcur prouvent que parmi les jumeaux suivant les cours des écoles de New-Vork en 1903-1904, les ressemblances mentales d'un couple de jumeaux sont t peu près deux fois plus grandes que celles d'un couple d'eufauts pris dans la même famille. Elles sont aussi grandes ou à peu près aussi grandes que l'on examine uu couple jeune ou un couple âgé. Elles soûl encore aussi grandes ou A peu près au«si grandes, quelque soient les expériences sur lesquelles sont éiablies les comparaisons, quelque soient les lests considérés. Enfin, il est haulemeni probable que la ressemblance des coudîtions auccsirales et des conditiuus de conception produiront une égale similarité dans les originalités de la nature physique et les originalités de la nature mentale- Ces faits ^oni aisément, simplement et complètement expliqués par une hypoLliè^c : la nature des cellules germiiiatives, les conditions de la conception, causent la plupart des similarités et des différences dans la nature humaine, qu'elles inûuencent également le corps et l'espril, et que dans la Tie actuelle les ditTérenciatioos produites par le milieu sont légères. L'bêré* dite serait dune un facteur plus puissant que le milieu, et dans l'hérédité le facteur le plus puissant serait non pas la nature propre des ancêtres, mais les conditions dans lesquelles onl été procréés les desceudanls.

Abel Rey

126. Herder et Fiske sur la prolongation de l'eniance, par A.-C. AniisTRuKG. The philoiophical Retiiew, janvier 1906, p. 59-64.

La théorie de Fiske sur la prolongation de l'enfance est considérée gêné-

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