‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 79 sur 161 · PSYCHOLOGIE DB LB^FANT ET PÈDAGOOIE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE DB LB^FANT ET PÈDAGOOIE

ralement — et par lui-même — comme sa conlxibulion la plus importante à la théorie évolulioncislc. Dans sa première forme elle servait à expliquer la socialisation et la moralisation de l'homme en contraste avec l'état primitif; pins lanl, comme la tendance religieuse de M. Fiskc s'accentuait, celte théorie lui scn'Jt d'argument pour le théisme et la doctrine de l'immortalitc. Cette théorie procède de la constatation du changement qui se produit «lans le processus évolutif, quand la sélection nalurelle commence « à se Irarner aux variations psychiques cl à négliger les varlaliuns phYsiques ». Ceci nécessita une prolongation de la période plastique de l'eafance. peodaDt laquelle furent acquises des fonctions qui, étant donnée leur complexité, ne pouvaient être dans la phase prénatale.

L'enfance prolongée réaj^il sur le dévcloppemeni cérébral el intellectuel, et donne naissance au progrès psychique; elle favorise en particulier le développement des sentiments de parenté et l'organisation du groupe social prinnitif : famille ou clan. Ainsi se fit la transition entre l'étal grégaire el la société humaine rudimentaire. La sympathie se développa, cl les actions individuelles commencèrent h cire conlrûléea par des motils idéaux. Les cJébuls de la moratilé furent impliqués dans t'organisai] ou sociale primitive ^l engendrés par elle.

L*auteur, après avoir ainsi résumé brièvement la théorie de Fiske, montre «ifue, un siècle auparavant, llerder, dans son Ideen zur PhUosophia dtr ^eschîchte der MenschheU, a étudié à plusieurs reprises la prolongation de ■.'enfance et ses effets sur la civilisation humaine.

Dans un premier passage (livre IV, scct. V), l'auteur relève les relations ^aivanles avec la théorie de Fiske : l'homme miiril lentement, son enfance ^Mt prolongée parce qu'il a beaucoup à apprendre. De même, un développes^cDt sur le contraste entre l'homme el l'animal — sujet traité plus loogues~nent par Fiske.

Vd aulre passage étudie lai formation de l'homme pour rhumanité ella %*eligion ». Comme pour tout organisme, les impulsions de Ihomme se '«-apportent toutes à sa propre conservation d'une part, et de l'aulre, à 1& Sympathie. L'amour sexuel le conduit k la communion pour toute la vie, «:3e deux êtres qui sentent n'en former qu'un. La constitution organique de â. ■'homme le rend apte à participer aux scoliments d'autrui. La sympathie familiale et sa longue enfance ont fourni les conditions requises pour «iSonner naissance à la société.

EnQn, dans le sommaire du dernier livre de son ouvrage, llerder dit :

^ notre nature est organisée pour une fm évidente en vue de laquelle nos

^«ns et nos impulsions, notre raison et notre liberté, uotre santé délicate

%>iajs résistante, notre parole, Tart, la religion, nous sont donnés. Quelles

^ue soient les conditions de la vie el les sociétés où il a été placé,

■4. ■•homme n'a pu avoir dans l'esprit que l'humanité, il n'a pu travailler

<^ue pour elle. La nature a, dans son intérêt, ordonné de telle sorte les

^excs et les périodes de notre vie que notre enfance doit se prolonger et

■^fc^pprendre par l'éducation seule ce qui lui est nécessaire pour alleindrc la

■^^irilité. "

Ucrder. remarque l'aulcur, fut un précurseur pour celte théorie plutôt ■^ w uo véritable fondateur. En fait, si révolution est comprise dans le sens

JOVnSAL DE PSraiOLOGIS

moderne du transformisme, il est plus que douteux qu'il ait été oa éTotaliannisle.

l/auLcur disente en terminant si Fiske a ou non une dette envers Ilcrder. D'autres analogies en dehors de celle qucslion de l'enfance existent entre les deux auteurs. Mais tes diflérences sont grandes dans la façon dont iU appliquent leur doctrine. L'auteur croit à l'iadûpendance complète do Fiske, et à une analogie toute fortuite entre les deux écrivains.

Abel Rev.

VIII — Psychologie dans ses «apports xvsc la Logiqck

ET L'EsTnÈTlQOB

127. — Contributions à l'étude expérimentale de leathôtlqne. — I. Sur le sentiment agréable produit par la rue des formes géométriques simples (Beitr&ge /.ur experimenlellen /Eslhclik, — Ueljer die \Vuhlgelàlligkeit einfacher riiumlichcr Forracn), par Jacoii Sekal, Varsovie, Archiv fur die gesamU Psychologie, vol. VII, fisc. 1-2, 1»(W, p. 53-12i.

La première partie du mémoire esl consacrée à la critique de la ihcorie eslliûti<|ue de Fechner et des expériences de Liglitmer Wilmer. La seconde comprend l'exposé de» expériences de l'auteur, l'analyse des résultats et lédilicalion, sur ces résultats, de sa propre théorie.

S. se place à un point de vue purement psychologique et subjectif. La question qu'il se pose est la suivautc : « Que se passe-t-ll dans la conscience d'un sujet, quand la vue d'une ligure géométrique détermine chez lui un scnlimeni de plaisir? v

Ses cxpcricDCCs ont porté sur huit sujets. Elles ont consisté h faire passer sous les yeux de chacun : 1° une série de seize lignes droites, de 75 millimètres de longueur et placés dans diverses positions allant de la verticale li. l'horizontale; 2° une série de seize angles droits de hauteur couslaate et de ba^e variable: 3" une série de dix lignes en zigzag; 4^ une série de quinze triangles isoscêlea de base constante (100 millimètres) et de hauteur variant entre 30 et 140 millimètres. Chaque série fut représentée ù la même peraonue en moyenne quatre fois, babiluellement à trois ou quatre jours d'intervalle.

Au début, la vue des figures ne détermine que très peu de sentiments esthétiques. Plus tard, au bout de quelques séances, sous l'influence d'une aorte d'éducation, elles s'accompagnent d'un senlimcut de plaisir ou de plaisir 1res réel. Alors le phénomène le plus frappant et le plus constant s'est montré être la variabilité du sentiment eslhétii|t)e, d'un sujet à un autre ei, chez le même sujet, d'un jour à l'autre, parfois d'un moment k l'autre. Une Mgure qui, la veille, déterminait un sentiment de plaisir, peut laisser le sujet complètement iodifTérent le lendemain. Bien plus, i} peut y avoir un « renversement des valeurs (Univertung der Werie), la même figure qui, ù. un moment donné, provoquait un sentiment de plaisir pouvant, un peu plus tard, provoquer un sentiment de déplaisir. Tel a été le cas pour le professeur Meumanu (l'un des sujets de S.) : la Ligne droite

fSYCBOLOaiB UASS SES RAPPORTS AVISC LA LOGIQUE. ETC. 275

faisant sur l'horizon un angle de 4&^; après avoir déterminé un scnliment de plaisir très net délermîuera uu sentiment de déplaisir non moins net. De ces fails, il résulle que la « réaclion caihèlique «, loin d'être aussi simple que le voudrait Focbner, est, au couiraire. Ton complexe. La première coûdilioo de rémolion CBlhètiquo ei^l la conception (AulTassung) et rinlerprétalion de l'objet perrn. Cette condition qui précède rénmiiun mérite le nom de • condition prc-csiliéliquc ■>. Elle est cllc-mcmc sous la dépendance de la netteté et de la clarté de l'impression sensurieile, qui constitue son facteur subjectif, et aussi sous la dépendance du caractère général du sujet et de l'étal de conscience la précédant immédiatement, qui constituent ses facteurs subjecLifs. L'importance de ces derniers est extrême. C'est à leur inlorvctilion qu'est duc la variabilité de l'émotion esthétique que non:* signalions il y a un instant. Suivant que la pcrcepLion se produira dans un moment de repus ou d'excitation, de gaieté ou de tristesse, etc., l'objet, conçu différemment, déterminera une émotion esthétique différente. Ces facteurs subjectifs interviennent dans les émotions esihcliques complexes pro-Juitea par les œuvres d'art luut aussi bien que dans les émotiuus esthétiques très simples comme celles qui peuvent résulter de la vue d'une ligure géomélriqno. Il est certain que notre jugement en face d'un tableau varie suivant notre disposition d'esprit.

Contemporain de la conception de l'objet et fusionnant avec elle, est un processus psychique fort important qui consiste dans l'évocation, généralement confuse, d'uu grand nombre de repréBOnlations qui viennoul compléter rimage perçue. A ce point de vue, l'auteur critique l'opinion trop unilatérale de Lipps, pour qui l'émotion esthétique relative bux figures géométriques a pour condition unifjue a une interprétation mécanique » se réduisant ellc-mcmc à une « aperception successive ». La ligne, pour cet auteur, serait saisie par nous sous forme d'actions successives, de mouvements successifs qui sont pour nous comme des manifestations de notre propre activité intérieure. Celte interprétation mécanique uo s'est jamais présentée â l'état de pureté dans les expériences de S. Les sujets déclaraient que certaines ligues verticales ou obliques avaient l'air de tomber, d'autres de s'élancer, que certains triangles paraissaient lourds et en même temps que «ertaioes figures donnaient une impression de sveltesse, de délicatesse et «l'harmonie, etc. L'interprétation mécanique, quand elle existe, n'est donc 4]u*un élément au milieu de beaucoup d'autres. Les évocations dont il vient «l'être question sont toujours confuses; à mesure qu'elles se précisent, le sentiment esthétique diminue jusqu'à disparaître et à ne plus laisser qu'un ^tat intellectuel pur- Quel est le rûle joué par les sensations organiques (OrganempOndungcn) ^ans le sentiment esthétique? Suivant Lipps, il serait ou nul, ou défavoral)le, c'est-à-dire que la conscience des sensations organiques tendrait à diminuer l'intensité du sentiment esthétique. S. pense au contraire que ^:es sensations jouent dans l'histoire du sentiment esthétique un rdlc accessoire, mais non sans importance. C'est atnsi que l'un de ses sujets éprouvait & la vue d'un triangle isocèle de 140 millimètres de hauteur sur 40U miUimètres de base, un sentiment pénible qu'il traduisait ainsi : « Il

276 JOUBNAL DE PSYCHOLOGIE

fait l'impressiOD de vouloir s*effoDdrer, j^éproure une constriclîaa dans Is poitrine. »

ËDÛn, outre les sentiments essentiels qui coasliLueat le roademçnt de rémotioQ artistique, il faut encore considérer cerlaîns sentimenls d'ordre secondaire que l'auteur désigne, avec Jodl, sous le nom de aenlimenla formels. Tels sont les sentiments qui résultent d'une coaception plus ou moias aisée de l'objet, de la comparaison entre elles des îmâges perçues ou évoquées, etc. Ces sentiments paraissent plus frtquenls dans le déplaisir qne dans le plaisir esthétiques. Us ont un rôle imporlanl danâ la critique artistique.

D' J. ROGUES DE FdHSAG-

PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQOE

Page 1