‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 86 sur 161 · DE LA PERCEPTION · texte numérisé non relu

DE LA PERCEPTION

Comment pénètre en nous le monde extérieur? Quels états psychi-

' ques provoque-t-il dons notre organisme, quand un de nos sens per-

ceptifa nous en apporte l'impression? Pourquoi le résultat intérieur

de telle ou telle perception sera-t-il tantôt une émotion, plus ou moins

rive, tantôt un simple état de connaissance ? Voilà ce que nous nous

* proposons d'étudier ici aussi brièvement que possible. I L'acte psychique important qui nous met en rapport avec le monde extérieur s'appelle \& pet'ceptio7i. C'est elle qui qous transmet les impressions extérieures, les véhicule jusqu'à notre conscience, en y engendrant difTérentes réactions équivalentes. Si nous voulons donc savoir comment le monde extérieur pénètre en nous et qn*est-ce qui

^■l'y produit après cette pénétration, nous devons bien connaître tontes

^les propriétés de la pcrceplion.

Ce qu'on a en vue principalement, quand on parle d'une perception* c'est la localisation de nos dilTcrenles sensations. Envisagé ainsi cet

^^cle psychique ne semble engendrer chez nous que des états de conscience intellectuels, ayant rapport soit avec la localisation soit avec le caraclère spécifique delà sensation. Ainsi, par exemple, si je suis touché par un corps chaud, je deviens, grâce à la perception, conscient non seulement de l'espèce de sensation, qui, dans ce cas, est la chaleur, mais je reconnais aussi immédiatement l'endroit qui vient d'être touché et la source d'où émane la chaleur. Si j'entends un bruit, je classe immédiatement celte sensation sonore comme appartenant & tel ou tel corps. A première vue, les cléments essentiels de la perception semblent donc être purement intellectuels.

ÎM JOVBSAL DE PSYCHOLOnSE

Par exlension, d'auLres élémeaU intellectuels peuvent également être apportés par la perception : grâce au pouvoir synthétique de chaque sens, tous les attributs liés indissoUiment avec la malérialîté d*uu seul objet feront irruption dans le cerveau à l'apparilioa d'une seule sensation. L'aspect de celte orange, par exemple, me fait connaître immédiatemenl non seulement sa forme, sa couleur, sa situation dans l'espace^ mais aussi sa consistance, son parfum délicat, sa saveur, etc. Toutes ces notions, formaut le total plus ou moins complet des attributs de l'objet extérieur, peuvent être élaborées instantanément par la perception, h cause de TexisLence de différentes voies interceulrates, constamment parcourues dans le même sens, et habituées à vibrer de concert.

Si nous voulons donner la formule anatomo-physiologique du processus perceptif, nous pouvons 1 exprimer ainsi : l'excitation extérieure du neurone périphérique de l'organe perceptif va tout droit vers son neurone central; de là elle s'irradie vers les couches corticales par les voies ascendantes, d'oii se fait une nouvelle irradiation par toutes les voies inlercentrales supérieures habituellement en connexion, de sorte que tous les éléments de connaissance ou tout le cortège de clichés intellectuels d'un objet extérieur se trouve immédiatement mis au premier plan de la conscience, grâce à une seule sensation.

Tels sont, pour ainsi dire, les caractères intellectuels de la perception, les seuls généralement connus, tes seuls dont ou s'occupe h&bituellemeul.

Nous venons de voir ainsi que le produit mental de la perception est un état de connaissance. C'est le résultat final qu'on admet pour elle presque toujours : au moyen de la perception on reconnaît quelque chose, on en devient conscient, tel semble être son rôle exclusif.

Nous allons montrer maintenant que la perception possède aussi des propriétés alTectives, que celles-ci sont, dans certains cas, en antagonisme avec les éléments intellectuels ou bien masqués par eux De sorte que le produit intérieur d'une perception peut être une émotion à la place d'un état intellectuel. Pour être moins nombreux, ces

W^I Vfl.lPAi. ~ tlES CAÎlACTÈnSS AFFECTTFSi VE lA PEnCEPTÏOy 29!

cas lie perceptions atîectivcs n'en existent pas moins^ et il est très important de les connaître.

Diâous tout Je suite qu'il existe deux grandes espèces de perceptions à caractères afTectifs. Nous allons les étudier successivement. À . Dans une première espèce importante, la perception devient adective* parce que la masse de stimulants ou de sensations qu'elle apporte tlépasse notre état intellectuel babituel, ou se trouve en contradiction avec lui.

B. Dans une seconde catégorie de cas, non moins fréquents, la perception acquiert le timbre affectif, parce que l'élément émotif se trouve contenu en elle, est véhiculé par elle ou vient du monde extérieur.

Examinons d'abord la première série de perceptions émotives. Si le produit conscient hfibituel d'une perception est un état intellectuel, c'est parce que généralement elle ne fait que nous rendre compte des choses prévues ou connues (Vovance. Dans la grande majorité des cas, nous sommes prescienis de ce qu'une perception nous fait connaître. Celle-ci ne fait que vivifier ou mettre au premier plan de la conscience ce qui s'y trouvait enfoui plus profondément ou «e qui y subsislait à. l'état inconscient, Ainsi, par exemple, dans cette «hambre, où je suis en train de travailler, tout m*est parfaitement 4'amilier; que je tourne la tète à droite ou h gauche, en baut, en ■arrière, tout m'est connu. Les bruits qui m'arrivent du dehors sont immédiatement classés, el il est peu probable qu'une de ces perceptions puisse m'occasionner une émotion quelconque. Tout ce qui "tiendra frapper un de mes sens suivra une marche ascendante, vers M. es couches corticales, ne faisant que confirmer la connaissance préa- M able ou la prescience plus ou moins consciente de mon milieu. De ^orte que, pendant un laps de temps relativement variable, mais «^ui peut être très prolongé, je ne ferai qu'éprouver des perceptions ^^Cnteilectuelles.

Mais si quelque chose d'imprévu, d'inaltendu vient me frapper, le

^c*èsultût de la perception ne sera plus le même, je serai fatalement

^^ «coué par un choc émotionnel plus ou moins intense. Supposons,

'^:>Ar exemple, que dans cette chambre, où je me croyais tout à fait

^ «ul, quelqu'un arrive par derrière, à mon insu, et me touche mémo

^ rèa légèrement ou bien révèle aa présence d'une autre manière quel-

JOVRNAL DE PSYCnOLOGtE

conque, ea faisant uo bruit ou un mouvemenl insolile. Il y a presque certitude absolue que ma frayeur sera très vive, que je serai secoaé des pieds & la lële par une onde émotionnelle. Ces faits sont très cou* rants, se présentent trop souvent dans la vie journalière, poar qu'il soit indispensable de multiplier les exemples. Très fréquemment nous pouvons être affectés par des impressions subites, imprévues, venant du dehors, qui, malgré leur insignitiance et légèreté appa* rentes, nous font éprouver des émotions plus ou moins violenlcB, parce que nous n'étions nullement préparé» pour les recevoir. La perception, dans ces cas 16, devient donc purement afTective on émotionnelle.

La raison anatomique de cette affectivité de la percnptJon se trouve dans le fait suivant : tous les noyaux centraux des organes perceptifs sont reliés, comme on sait, par des larges anastomoses avec l'ensemble des noyaux centraux dont émanent les nerfs de nos principaux organes vitaux. Ces derniers noyaux sont situés sur le plancher du quatrième ventricule, au niveau du pont de Varole, et lear ensemble plus ou moins colloque, est habituellement désigné sous le nom du centre général des émotions. L'excitation de quelques-uns ou de la totalité de ces noyaux produit des troubles organiques, plus ou moins intenses^ se transformant dans la vie psychique par des émotions équivalentes.

Si je vois» ou si j'entends quelque chose dUnattendu ou d'insoliic, il ne se trouve rien au-dessus, dans la représentation, pour le recevoir. Le premier effet de l'onde perceptive est donc d'engendrer une émotion, gr&ce à la voie anaslomotique qu'elle possède.

On voit ainsi qu'une perception peut, dans certains cas, provoquer une émotion, ou, autrement dit, nous possédons une véritable voie interceulrale perccptivo-émolionnelle dont la direction sera plutôt horizontale, si nous la comparons à la voie corticale ascendante.

A proprement parler,la perception ici se compose de deux temps : émotivité engendrée par Tabsence de représentation; deuxième temps, reconnaissance de l'impression extérieure ou inhibition de l'émolivilé; mais ces deux temps, purement théoriques, se suivent avec une si grande rapidité qu'on peut dire qu'il s'agit sîmplemeal d'une perception affective.

ni

Ponr la plus grande clarté de ce qui vient d'être dit et pour bien comprendre comment le monde exte'rleur pénètre en nous, je vais essayer de le représenter par le schéma très sommaire suivant. On y verra la marche de l'impression extérieure, depuis son arrivée par le neurone périphérique jusqu'à son épanouissement dans les couches corticales supérieures, en même temps que la bifurcation possible au

Ce//i//as corticales

i/oÎB idéo'émotionnmfle deacBndonte

ou conception-êmotionnaf/a

Nuarona parcaptjf périphèn'tjue

Centrt coUogué de la vm organiqua ou centre général des émationa (situé dans h bulbe au niveau éi plancher du^'^ventricule)

Cœur

niveau de la voie horizontale, en cas d'absence de représentation équivalente.

Par ce schéma on voit la direction habituelle de la perception vers les couches corticales, grâce aux flèches pleines. Les flèches en pointillé indiquent au contraire la marche horizontale vers le centre émotionnel, en cas d'absence de représentation. Il est bien entendu que la direction des flèches pourrait être aussi renversée, puisque toutes ces différentes voies intercentrales peuvent être également parcourues en sens inverse. Tout le monde sait qu'un état émotionnel réagit sur Vétal psychiqueet engendre même des hallucinations perceptives.

Si imparfait que soit ce schéma, on voit en tout cas, grâce à lui.

JOURSAl DE PSYCHOLOGIE

que chaque perception peut facilement provoquer des étals émotionnels. On peut môme dire qu'on se rend aisément compte de l'antagonisme qui doit cxi&Ler entre les éléments inLcUccluels cl afTectifs de la perception. Moins notre prescience sera parfaite, plus nous serons exposés à éprouver une émotion intense, par suite de la percepliou. Supprimons par un écran quelques cellules corticales du ■ véritable panache cellulaire que chaque perception doit provoquer dans nos circonvolutions et nous aurons des petits frissons émotionnels occasionnés par récoulemcnl de l'onde perceptive vers les voies affeclives.

Ce qui est encore très visible, gr&ce à ce schéma, c'est qu'il cxislo des voies intercenlralesperceptivo-émolionnelles, entre les organes de percepUon et le centre général des émotions, aiusi que des voies centraies idéo-émoliounelles ou conceptivo-émolionuelles entre leaB idées centrales ou les conceptions el le même centre général des émotions. Celui-ci est donc placé, comme un vrai centre de vie qu'il est, sur le passage entre le monde extérieur et les couches intellectuelles supérieures. Les deux mondes, intérieur et extérieur» peuvent le faire vibrer, jouent sur ce clavier; le dernier^en pénétrant ■ brusquement seul, s'il n'est pas préparé d'avance, prévu, classé, coordonné, reconnu et dominé par son équivalent intérieur est — capable de l'ébranler profondément. f

Nous nous occuperons plus loin de la voieconceptivo ou idéo-émotionnelle qui apporte son contingent très important de perceptions M affecLives ; mais en attendant nous nous arrêterons un instant sur la * première espèce de ces perceptions afTeclives engendrées exclusivement par le manque plus ou moins grand de prescience. Il est inslruc- ■ tif, eu eiïei, de passer en revue quelques cas où les caractères afTectifs de cette espèce de perceptions se manifestent avec une grande aelteté.

Chez l'enfant^ dépourvu de connaissance et de prescience, chaque perception presque suivra la voie pcrcettvo-émotioonelle, d'où résultera pour lui une source d'émotions permanentes & tout instanlt à Texameu de n'importe quel objet insignifiant qui lui tombera sous la

WAYSnAVM. —LES CAilACTÈnES AFFECTIFS DE LA PERCF.l'TfOS 2»5

main. On sait avec quel plaisir, avec quelle joie les enfants reçoivent d'abord leurs jouets, les palpent, les tournent et retotirnenL dans tous les sens pour établir des connaissances, des représentations équivalentes à toutes ces apparitions du monde extérieur. L'afrcctivitë pure de ces perceptions enfantines est trop manifeste, pour qu'il soit oécessaire d'y insister longuement. Très vile aussi, une fois toutes les coanaissances élaborées pour chaque objet, les enfants deviennent prescients, la perception suivra la voie ascendante, la ligne horizontale se trouvera atrophiée du moins pour cet objet, I*enfanl ne lui trouvera plus aucun charme, il cessera de s'y intéresser pour passer à un autre. On peut donc dire que chez l'enfant la perception reste pendant très longtemps presque toujours adective. De \f\ proviennent SCS cris, SCS bonds, son exubérance de gestes et de mouvements, à chaque perception qui nons laisse presque indifTérenls.

Notons entre parenthèses que tout le monde se méprend sur la ■véritable nature de cette affectivité perceptive chez l'enfant. Ainsi plusieurs auteurs (Darwin, Perez) mettent sur le compte de la sympathie l'apparition précoce chez l'enfant du sourire qui n'est que son expression extérieure. II est certaiu pour moi que le premier sourire, À Kàge de neuf ou douze mois, que ces auteurs indiquent, comme époque de naissance pour ce sentiment élevé, ne signifie nullement l'existence chez l'enfant vers ce moment d'un sentiment si complexe. Si l'enfant sourit si tôt à ses parents ou à sa nourrice, c'est qu'il parvient à les classer, à les distinguer de mieux en mieux, parce «qu'ils fout partie des premiers objets qu'il a avantage à bien connaître ou parce qu'il a une vague connaissance des futures joies que sa anère ou sa nourrice vont lui apporter, mais ce n'est nullement par sympathie, par une affection, du moins telle que nous l'entendons. I^e sourire chez l'enfant, à mon avis, est pendant longtemps purement mécanique, perceptif et ne pos&èdc pas du ^lout la valeur altruiste <^ao nous lui attribuons. Ce sourire engendre, par réflexe et par illu- Bion, chez les parents un sentiment solide qui d'ailleurs est tout à l'avantage des enfants'.

Dans les premières années de notre vie terrestre, nos perceptions Yesleot donc longtemps affectives. La même affectivité pour les

I. C«tt« idée fui d«Toloppée pur nous avec bien plus de détftilB dans nom OQVrtge ta Phytionomie Avmaine (cbet Alcan, 1907).

M JOURSAL DE PSYCBOLOGIE

mêmes raisons s'observe aussi chez tous les hommes sauvages, incul-t tes qui passent, pour ainsi dire, toute leur vie dans un état iaiatellecluel, bien proche de noire enfance.

Chez les Temmes, ta perception suit souvent la voie perceptivoémotionnelle. Ou considère généralement la femme comme étant plus émotive, plus impressionnable que l'homme. Une grande part de celle émotivité féminine perceptive revient k un manque habituel de prcBcience pour inhiber Tonde perceplivo-émolionnelle. Plus la femme s'occupera de son développement intellectuel, plus elle aura de chance de se débarrasser de son émotivité perceptive, héréditaire et souvent bien pénible.

Tout ce qui est nouveau, inconnu aura une vive tendance à noua affecter et h provoquer une émotion plus ou moins forte, par suite du même principe que la représentation n'existant pas, la perception suivra plutôt la voie horizontale pour se résoudre comme émoUon, avant d'engendrer la connaissance. De là provient le plaisir du voyage, où nous nous sentons vivre doublement» où tout ce qui est nouveau est synonyme de beau, d'intéressant. Quand on arrive dans un pays, on ne cesse au commencement de s'exclamer, d'admirer. C'est la période des perceptions alTeclives. Au bout d'un temps plus ou moins variable toute la représentation se trouve être élaborée et on devient indifférent devant la beauté des paysages qu'on admirait tant au début. On s'est pour ainsi dire adapté, on est devenu prèscient et le site ne nous charme plus.

Par ses vêtements, l'homme cherche à créer des perceptions affectives neuves. De Ib viennent les modes avec leur tyrannie et leur changement périodique. Au commencement les modes font fureur, nous étonnent, nous émeuvent presque, attirent le regard. Tout le monde voudrait les suivre, parce que celui qui ne sera pas à la mode craindra d'être ridicule. 11 se crée dans la foule un véritable organe central pour ta coupe du vêlement ou pour la forme du chapeau; celui qui ne s'y soumellrail pas risquerait fort de paraître grotesque. Au bout de quelque temps la satiété vient, les formes ne frappent plus, provoquent des sensations purement intellectuelles. Il faut changer de mode, créer des nouvelles affectivités, en transformant l'ancien modèle. Dans toutes les vexations souvent anti-hygiéniques de la rnode^ on doit aussi tenir compte des tendances imitatives innée»

soft JOVHSAL DE PSYCnOLOGtB

nous UQ frémiftsement émotionnel. Cerlaines étofTes, le velouté de la pèche attirenl nos doigts, les retiennent longtemps, en provoquant chez nous de légères ondeâ alTeolives.

Nous arrêtons 1b notre énumération de casoîi la perception devient manifestement afl*ectiv-e, par suite de l'excès de stimulants venant du monde extérieur ou du désaccord entre la sensation extérieure et notre élal intellectuel préalable. Notre intention était exclusivement de donner quelques illustrations typiques de ce genre de perceptions afTeclires, prises dans la vie courante, mais non d'en donner la liste complète.

Il importe maintenant de formuler les conclusions logiques qui se dégagent de tous les cas précités. Celles-ci peuvent s'énoncer de la manière suivante :

Nous possédons tous une voie intercentrale horizontale perceptivo-émolionnelle, grâce à laquelle chaque perception peut engendrer des émotions. A mesure que cette voie est parcourue plus fréquemment, elle a des tendances à disparaître, à s'émousser, h s'atrophier, parce que la perceptiou, en engendrant la connaissance, suivra directement la voie ascendante, au lieu de se réfléchir d'abord dans le bulbe. L'homme étant presque toujours prescient, la perception perd habituellement ses caractères alTcclifs pour s'adresser le plus souvent directement aux éléments intellectuels. Pour peu que ces derniers soient en défaut, les éléments afîeclifs de la perception apparaissent de nouveau. L'affectivité de la perception est donc en raison inverse de ia prescience.

Telle est la première espèce importante de perceptions affectives qui acquièrent ce timbre spécial, parce que l'étal mental intérieur ne se trouve pas en correspondance parfaite avec ta masse de sensations extérieures. Voyons maintenant la seconde espèce, non moins intéressante, de perceptions afTeclives.

Nous avons dit dès le début qu'il existe une seconde catégorie de cas non moins fréquents, où la perception acquiert le timbre affectir, parce que l'élément émotif se trouve coutenu en elle> est véhiculé par elle ou vient du monde extérieur.

11 importe de bien examiner cette danse de perceptions : elle diffère complètement de la premiëre, tout en engendrant chez nous de l'émotivité. Celle-ci se produit par un mécanisme tout autre; elle est occasionnée justement par l'existence de cette voie idéoémolionaelte que nous avions mentionnée plus haut(Ghap. III).

Dans la vie journalière, ces perceptions se présentent très fréquemment et provoquent chez nous une affectivité spéciale qu'on désigne sous le nom de sympathie. Il faut bien comprendre, en effet, que tous les états émotionnels occasionnés par la sympathie sont dus à l'élément affectif extérieur, contenu et véhiculé par une certaine classe de perceptions, de sorte que tout mouvement de sympathie D'est en somme qu'une perception affective sui generis.

Tout le monde sait, en quoi consiste la sympathie proprement dite. Gomme l'étymologie du mot l'indique suffisamment, cela veut dire souffrir ou sentir ensemble. D'après H. Ribot* la sympathie t consiste dans l'existence des dispositions identiques chez deux ou plusieurs individus de la même espèce ou d'espèce différente ». Bain la définit ainsi : « On entend par sympathie la tendance d'un individu à s'accorder avec les états actifs ou émotionnels des autres, ces états étant révélés par certains moyens d'expression ».

En vertu des lois de la sympathie, tout sentiment, extériorisé par un individu, engendrera des échos dans son milieu social, si tes sens perceptifs de ce milieu peuvent en cueillir l'expression. Cette loi, qui ne souffre presque pas d'exception, est passée à l'état d'axiome psychologique. Tout le monde répète couramment, avec raison d'ailleurs, que voir souffrir fait souffrir voir la gaieté, rend joyeux.

On comprend aisément qu'il s'agit ici en somme d'un certain genre de perceptions affectives. Nous sommes tellement faits que nous ne pouvons pas voir un sentiment dans la forme de son expression ou de son substitut, sans éprouver un choc émotionnel de retour. Cest donc bien à une perception affective que nous avons affaire dans toute manifestation sympathique.

Pouvons-nous donner une raison anatomo-physiologîque de celte réflectivité du sentiment ? Pourquoi tous les hommes doivent-ils vibrer ensemble, à la vue delà souffrance de l'un d'eux? Pourquoi

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