‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 87 sur 161 · Ribot. Psychologie d€$ »entitnent$ {F. Alcan · texte numérisé non relu

Ribot. Psychologie d€$ »entitnent$ {F. Alcan

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rafTecLivilé est-elle si contagieuse^ el qu'esl-ce qui provoque la solidarité des hommes dans la gaielé, comme dans la tristesse ou dans tout autre état émotionnel ?

En réponse à ces questions, M. Ribot dit que la sympathie r avant d'être morale, ou psychologique est biologique; elle est une propriété de la vie, de la matière vivante ». Ceci est très vrai, mais il vaut mieux montrer le véritable processus anatomo-physiologique qui enchaîne les hommes, en rendant tout sentiment cxpansif, aussitôt qu*il se manifeste dans un milieu social.

Pour se rendre compte de la contagiosité du sentimentj de sa réflectivité automatique on n'a qu'& se reporter au schéma que nous avons tracé plus haut, dans le chapitre III. Dans ce schéma nous avons indiqué une voie idéo-émotioonelle qu'on pourrait appeler descendante, ou conceptivo-émotionoelle, par opposition à la voie horizontale ou perccptivo -émotionnelle, dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent. Il est évident que, dans toute émotion sympathique, ce qui rend possible et même obligatoire la secousse affeclive de l'organisme, c'est l'existence de cette voie descendante ou idéo-émotionnellc. Je ne prétends pas ici faire la découverte de cette dernière voie. Tout le monde sait, depuis longtemps, que chaque idée, ou chaque organe cortical possède la faculté d'exercer son action sur le centre général des émotions : il nous suffit souvent de penser à quelque chose de gai ou de triste pour influencer immédiatement notre vie organique, pour éprouver des palpitations, de l'oppression, rougir, pâlir, etc.. Dans ces cas, l'impulsion aflective passe également de l'idée centrale par la même voie descendante. Mais ce que je tiens surtout b faire ressortir ici, c'est que rélèmenl affectif vient bien du dehors, du monde extérieur, il se trouve véhiculé parle sens perceptif et, en passant par la même voie descendante, engendre aveuglément une émotion sympathique ou réÛextf. Telle est la raison analomique de la réflecliviLé du sentiment qui devient en somme une propriété ou un effet d'une certaine classe de perceptions affectives*.

1. Oisons an4 fois pour loates ici que chaque fois que nous parlons des s«nliméats sympathiques nous n'avons en rue que des senliinents perçus, dans une de leurs eipresitions quelconques. Car loul le inonde a susi qu'il peui y avoir aussi des ûmoûons sympailiiqutfâ conçufa dont nous n'jiTons pss à nous occuper ici.

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Prenons maiiilenantun exemple pour la meilleure intelligence Je ce qui vient d'être dit.

La nuit, au milieu du silence le plus absolu, pendant que je suig dans ma chambre, j'entends subitement des appels douloureux, loinlainsquiviennent dudchors. Immédiatement, mon cœursc serre, il bat À l'unisson de celui qui soufTrc loin do moi et que je ne vois même pas. Je laisse de côté ma conduite ultérieure^ motivée par celte onde émotionnelle, à savoir si, poussé par mon èmotivité syrapa- Ihique, je me porterai ou non au secours de celui dont j'entends les gémissements, pour ne m'occuper que de la manièn; dont l'émolion pénétra en moi. Ort il est indubitable que celle-ci Ût irruption par l'unique porte d'entrée, c'est-à-dire par mon sens auditif. La perception du son apporta Témolion, en même temps que la notion de l'événement extérieur.

Le r6le de chaque sens perceptir, avons-nous dit plus haut^ est d'être synthétique, de provoquer chez nous un véritable panache cellulaire cortical, de nous renseigner immédiatement sur tous les attributs liés indissolublement entre eux, du moment que l'un d'eux s'est présenté. Eh bien, dans le cas cité plus liaul, je viens d'entendre un son plaintif ; dès lors, tous les allributa de la soulTrance doivent faire irruption, l'idée de la souffrance se trouve viviOée, mise au premier plan par le symbole externe qui me parvient. Je ne comprendrai donc bien la souffrance que si je commence b souffrir moi-même, c'est-à-dire si ma circulation, ma respiration et d'autres fonctions organiques importantes se transforment en conséquence. Voilà comment se produit la réllectivitéde tout sentiment extériorisé et perçu. La marche affective ici est descendante, puisque l'impulsion sur le centre émotionnel vient de l'élément central, d'en haut^ mais celui-ci lui-même, sollicité par l'élément affectif extérieur, par son symbole ou sou substitut, ne fait que répondre à une impression ambiante.

La vue seule d'une orange, avons-nous dit plus haut, suffit pour provoquer en nous toute ta masse de ses attributs liés d'une façon inséparable; souvent même on peulélre pris d'une certaine salivatioa

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comme si l'on éprouvait déj&ravaat-goût do plaisir de lamasticatioD. Ici, dans te cas d'an son plaintif venant frapper mon oreille, il se passe la uiâme chose ; la plainte qnc j'entends de loin, sans même voir la personne qui souffre^ porte en elle l'expression, le symbole ou le substitut de la souffrance. Ce subsLitut seul, s'il devient perceptible en passant par les centres supérieurs, est capable de vivifîer chez moi ridée de ta souiTrance, avec toutes ses conséquences organiques; voilà pourquoi forcément, automatiquement, je dois éprouver une certaine émotivité qui me rendra solidaire ou sympathique avec celui qui souO're au dehors, sans même que je puisse l'apercevoir. Telle esl la marche de la sympathie, et tel esl le mécanisme simple, mais merveilleux qui rend tous les hommes sympathiques et solidaires entre eux.

Par cet exemple très banal qui se présente si fréquemment, dans la vie journalière, on voit clairement que ta sympathie n'est qu'une sorte de perception à caractère affectif, parce que cette dernière qualité lui est imprimée par réièmeut ambiant. Le r6le de chaque sens perceptif est d'être synthétique, de nous mettre au courant immédiatement, dans le plus bref délai, de tout ce qui se passe autour de nous, grâce au moindre signe, au plas pelit symbole. S'il s'y passe une phénoménalité alTective, nous sommes immédiatement replongés dans la môme affectivité pour viiexix la compremire. C'est ainsi que la sympathie devient possible, mftme obligatoire entre les hommes, parce que chaque sens perceptif possède son pouvoir synthétique el purcc qu'il existe une voie descendante idéoémotiouuelle, par laquelle tout élément central a le pouvoir d'agir sur notre centre général des émotions.

11 va de soi que si deux sens iutcrviennenl, apportent chacun leur substitut affectif extérieur, la perception ne fait que gagner en affectivité et la sympathie raen grandissant. Si, au lieu d'entendre seulement des gémissements lointains, j'ai encore la possibilité de voir celui qui souffre, la masse d'impressions affectives apportées par les deux sens deviendra beaucoup plus grande et je manifesterai certainement une sympathie plus vive pour le malheureux que je vois souffrir à côté de moi.

Tout ce que nous avons dit de la souffrance peut aussi bien s'appliquer à n'importe quel autre état émotif, puisque tout te monde

Bail que tous les aenlimenU posaèdeal leur force expansîve, à coudilion qu'ils soient perceptibles par uu île aos seas quelconque. C'est ainsi que le rire est contagieui, parce que voir le symbole de la gaieté ne fait que vivifier l'idée, ce qui rend réellement tout le monde plua gai. Même de voir quelqu'un bailler réveille chez nous l'idée de l'ennui, ce qui se traduit ixnmédialement par son acte imttatif, involontaire du bâillement.

VU

^vLa plupart Je nos relations sociales sont basées sur ce principe de îa réflectivité affective de ta perception.

Nous avons déjà vu plus haut que l'homme supporte volontiers toutes les tyrannies de la mode et du changement, afin de satisfaire

HiBon besoin d'excitations affectives. A cette première espèce de perceptions, il faut encore ajouter toutes celles de la seconde espèce, dont L'hornme s'entoure non moins volontiers pour semer autour de lui des réflexes affectifs. Il est incontestable qu'un certain réflexe se dégage de l'uniforme militaire, de l'habit du prêtre, de la toge du magistrat, du chapeau haut de forme du médecin, du costume triste du croque-mort, etc., tous ces symboles matérialisent tellement à nos yeux le sentiment inhérent et exhalé par ces différentes fonctions sociales qu'il est bien rare que leur simple apparition n'engendre pas chez nous un réflexe affectif correspondant. Les hommes sont donc ainsi maintenus dans une sorte de discipline ou hiérarchie automatique, grâce h leurs différents costumes et uniformes. Aussi,

^■tin grand nombre de ces derniers est conservé religieusement par la société, malgré leur inutilité apparente et forme grotesque. Si à ce symbolisme affectif du costume, on ajoute encore le véritable symbolisme que tout homme possède dans ses gestes, voix, attitudes, physionomie, etc. on voit d'ici quelle énorme masse de perceptions affectives réUectives tout homme peut engendrer autour de lui.

■ L*art de plaire ne consiste qu'à provoquer ces réflexes sympathiques partout où il y a uu champ perceptif. Ici, évidemment, Thommc a encore recours à tous les moyens naturels el artificiels H pour exciter chez son semblable une perceptivité affective positive. Les hommes, par exemple, s'abordent par un sourire. Ce dernier a

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l'avantage d'inspirer iminédiatemenL une gaieté à celui qu'on reaconlre, et en même temps de faire paraître plus beau celui qui rit. La figure entre deux interlocuteurs devient un véritable cinématographe vivant où se lisent toutes sortes d'expresâions de sentiments altruistes. Les femmes surtout, dont nous avons déjà dit quelques mots ailleurs, savent s'entourer d'une auréole de symboles afTectifs, simulant différents sentiments élevés, purs qui séduisent d'autant plus sûrement les tiommes que très souvent ils brillent par leur absence complète. C'est ainsi que certaines femmes^ d'une moralité pervertie, notoire, inspirent des passions folles, parce qu'une coiffure &la vierge candide^ ou une expression d'innocence, d'ingénuité, leur communiquent une puissance symbolique qui subjugue toos leurs adorateurs. Pour peu que ces derniers soient d'un tempérament afTeclir, le besoin sexuel y aidant encore» ils verront toujours dans l'objet de leur adulation un ange ou une divinité. Tout le fond et arrière-fond de leur sentiment religieux ou d'autres analogues, se trouve éveillé à la vue réelle ou représentative de ces séductrices, ce qui leur obscurcit complètement l'iulelligence. Voilà pourquoi on ne doit jamais essayer de raisonner un amoureux, ni de lui dissiper ses illusions. Quand le temps et la soif apaisée du sens sexuel auront fait leur œuvre, l'intelligence reprendra ses droits et se rendra compte alors de ce qu'il y avait de réel derrière ces purs symboles affectifs.

Dans l'art de plaire, en un mot, il faut savoir semer autour de soi des perceptions affectives sympathiques; il faut posséder à fond la science du symbolisme affectif, et pouvoir bien jouer sur ce clavier puissant, à effet presque infaillible, parce que dans toute perception affective l'intelligence se trouve obnubilée. On sera donc ainsi toujours plus sur de séduire et de plaire t tout le monde.

Tous les sens, naturellement, possèdent cette propriété de véhiculer des cléments affectifs extérieursjusqu'aux centres supérieurs et de provoquer ainsi des sentiments sympathiques. Hais une mention spéciale doit être faite pour le sens de l'ouFe. Dans certains cas, ce dernier sens ne fait que nous transmettre des séries îninlerrom-

ai

lues de perceptions excepUonDelIement richea en éléments afTeclifs itérieurs^ ce qui a le don de nous plonger autoniatiqnement dans cet état d'émolivité sympathique que noiiâ connaissons déjà. Ces cas se préBCQtcnt notamment dans toutes les auditions musicales. Le cbarme captivant de cet art sublime que forme la musique, sa mîssance magique qui nous émeut, en nous subjuguant, consiste JQStement dans l'abondance de ses éléments afTectifâ que notre oreille sait interpréter immédiatement avec une grande linesse. Je détinirais volontiers la musique^ en disant que c'est un art qui sait admirablement se servir de tous les moyens naturels et surtout artïiciels, inventés par le génie bumain pour exciter notre affectivité auditive, sympathique. La musique se réduit, en dernière analyse, & une série de symboles affectifs, vocaux on instrumentaux, combinés, arrangés, plus ou moins différenciés et extériorisés de manière susciter en nous, au moyen du sens auditif, la même affectivité, sympathique dont la fidélité de reproduction dépendra naturellement de la faculté comprébcnsive de chaque individu, ainsi que du degré de culture de son sens auditif. Chaque œuvre musicale^ si elle veut être digne de porter ce nom, ne cherche qu'un but, c est d'imiter le mieux possible les innombrables sentiments humains, avec leurs înGnics nuances, aiin d'engendrer chez nous la même affectivité sympathique.

Tout dans la musique porte le cachet, le timbre affectif. Je dirai même plus : cette affectivité doit être anlhropomorphiquc ou anthropocentrique pour devenir musicale.

£n de(;ù d'une certaine combinaison quantitative et qualitative, de

vibrations aériennes, le sou n'a rien de musical, d'harmonieux^

c'est un simple bruit amorphe, brutal; comme aussi si les vibrations

dépassent une certaine rapidité, leur harmonie se perd également.

«Iles deviennent pour nous un son strident, criard, désagréable. Que

tes vibrations au contraire accélèrent ou diminuent leur rythme et

■^oilà leur résultai final — le son définitif — qui sera de nouveau

»nu8ical. Pourquoi cela? D'où vient ce nouvel attribut de mustcal

^u karmonieux accole à une série de vibrations aériennes combi-

Xiêes? Parce que ce son ressemble déjà à quelque chose d'humain, il

^e trouve être dans la possibilité des gammes affectives humaines;

-«Jës lors sa qualité change et nous le trouvons harmonieux, musi-

Journ&l de psychologie. SO

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cal : il commence déjà à exciler notre afTectivilé auditive, syaipa- Ihique. Un son musicat pur, rendu par n'importe quel instrument, riche en harmonique, est beau, ravit notre dme, mais deux son», combinéa pour produire un accord tierce, augmentent notre afTecli- TÎlé, nous plongent dans une extase plus grande, parce que la richesse des éléments an'eclifs extérieurs se trouve être plus élevé dans un accord que dans une seule note. L'excitation sympathique devient plus intense. Naturellement, il faut encore que ces combi* naisons de sons suivent certaines lois qui probablement ne font que répéter lasérialité de nos propres sentiments ou de certaines sonorités extérieures avec lesquelles se trouvent liés nos états alTcctifs; autrement, une multiplication incohérente, même des sons musicaux, individuellement, risquent de produire une cacophonie répulsive pour notre oreille. Tout le monde sait combien nous donnons la préférence aux instruments qui, par leurs sons, reproduisent le plus tidètemenl le sentiment et la voix humaine. Voilà pourquoi on aime tant entendre le violon et davantage encore le violoncelle : ce dernier instrument, dirait-on, porte dans ses flancs un véritable larynx masculin. Le hautbois, le cor anglais par leur son pastoral évoquent en nous immédiatement des vagues suuvenances de paysages idylliques, de champs parfumés où nous aimons séjourner.

La clarinette, la tlûle, même le violon, dans les noies élevées, rappellent facilement le soprano de la femme, ce qui sollicite légèrement notre afTectivilé sexuelle. On vuit d'ici quel océan d'affectivités ij'agilc en nous, combien nous devons être transformés organiquement, quand nous écoutons tout un orchestre nombreux où tous ces éléments harmonieux se trouvent renforces et multipliés.

La voix humaine, quand elle devient affective, n'est pas du tout la même que celle dont nous nous servons dans les circonstances habituelles de notre vie. La voix enflammée d*une passion est une voix qui vibre, qui porte loin et qui possède des qualités expansives sociales très grandes, en vertu des perceptions affectives engendrées autour d'elle et que nous connaissons déjà. N'importe quel état affectif se répercute sur l'innervation phonétique et transforme notre voix; mais si cet état affectif atteint le degré d'une passion, la voix subit un changement complet et devient ainsi un substitut affectif d'une puissance énorme, avec des effets considérables sur le sens

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^udilifde l'ambiance sociale. Eh bien, cerlains instruments & coriie, itnme le violon ou le violoncelle^ si on sait bien les manier, possèdent celte faculté remarquable de traduire la voix de la passion, tout en lui commuuiquaut leur timbre spécial qui ne fait qu'envelopper celle passion de quelque chose de surhumain et d'invisible. Tout le monde connaît chez les virtuoses du violon ou du violoncelle ces Ireuiblements rythmiques de leurs doigts pour intensifier l'expressiviié des sons émis par leurs instruments.

Sans ces vibrations le son est moins doux, moins alTectif. Tous les grands artistes essayent d'aUeindre la perfection dans celte partie technique de Texécution, atJn d'identifier le son de leur ios- Iruuient à cordes avec la voix passionnelle de l'homme qui vibre et tremble, également. C'est ce qui fait que le piano est un instrument si ingrat, si rébarbatif, abhorré et redouté par beaucoup de natures même très mélomanes; cet enregistreur presque mécani({ue d'une mélodie ne peut que donner le squeleltc, le schéma, l'ombre pâle, incolore d'un sentiment, sans pouvoir en faire sortir l'essence ou i'àme qui engendre justement la réflectivité sympathique. Bien peu

t virtuoses du piano savent atteindre i'impeccabilité d'an Rubinstein ou d'un Lizt pour manier à leur gré cet instrument cl extérioriser par lui toute l'afTcclivilé contenue dans une œuvre musicale.

Faisons aussi remarquer que te chant humain nous captive tellement, parce que la voix, dans ces cas, devient forcément affective, et chaque chanteur tâche de lui faire rendre le maximum de vibrations passionnelles. Certaines voix humaines possèdent ce timbre ulîectir, iiarmonieux même ù l'état naturel, sans avoir recours au chant. Ce sont des voix mélodieuses qui plongent tous ceux qui les écoulent dans une afîeclivité rétieclive sympathique et qui ont ainsi le don de prédisposer tout le monde en leur faveur, comme il existe également d'ailleurs des voix répugnutes, avec des qualités rétlectîves négatives. En règle générale, plus un instrument ou même une Dix humaine contiendront de ces éléments afîectifs combinés, plus leur effet expansif sera grandiose.

Que dire maintenant de tous les trésors d'émolivilé que le génie du compositeur accumule dans son œuvre elle-même pour nous

opressionner, nous subjuguer et faire de nous son jouetT Ici èvi- 'demment Taffectivité ne connail plus d'autres limites que la sensi-

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bilité de l'auteur et la richesse de ses conceplions afTeclives. Qa*!t s'agUse de ralTectivtlé des mailres italiens, ou d'un Beclhoveo, de Gounod ou de Wagner, c'est toujours une alfeclivité matérialisée, symbolisée et extériorisée pour créer des échos partout où il existe UD cœur humain qui sent et an cerveau qui comprend.

La musique, en général, exerce d'autant plus une înQuence aCTeclive sur nous qu'à celle masse de perceptious alTectivcs et sympathiques qu'elle nous fournil habituellement, vient encore s'ajouter une grande quantité de perceptions affectives appartenant ft la première espèce qui suivent la voie horizontale ou perceptivo-émotionnelle. II est évident que d'entendre un bel orchestre n'est pas une perception banale, cela dépasse la somme de notre prescience ordinaire et doit ainsi engendrer une alTcctivîté spéciale qui vient s'ajouter à la première pour en augmenter l'elTet. D'autre part, il est incontestable que toutes les œuvres musicales sérieuses gagnent h être écoutées plusieurs fois, on les prise mieux, h chaque audition nouvelle, et l'alTectivité qu'elles engendrent en nous devient plus profonde, moins chaotique^ tout en devenant plus intellectuelle. Ceci se comprend très facilement : au début, la première audition d'une œuvre classique, d'une symphonie de Beethoven, par exemple, noua écrase, engendre un chaos de sentiments. Mais un embryon de souvenir est resté, quelques éléments centraux furent élaborés; ces derniers, à la seconde audition, fc trouvent vivifiés- par la répétition, d'où résulte une première satisfaction; deuxièmement. TaiTectivité est canalisée, étant déjh rattachée i\ quelques cléments intellectuels, l'œuvre nous écrase moins et nous commençons à apprécier mieux les nuances affectives. A chaque audition nouvelle, Télémenl intellectuel se consolide, tout en laissant une marge abondante à raffectivité, quand l'œuvre est vraiment profonde et sérieuse, comme la cinquième symphonie de Beethoven, par exemple. Au bout d'un certain nombre d'auditions, la mémoire est complètement organisée; toute la scrialité de ces sons harmonieux est retenue dans son ordre de succession; mais le plaisir n'en est pas moins grand d'entendre cette œuvre de nouveau, aOn de vivîQer justement les éléments centraux qu'on a élaborés pendant toutes ces afTectivilés.

Bref, la véritable œuvre musicale agit sur nous comme un bon livre ou un bon ami : plus on les connaît, plus on les aime, et plus

on a besoia de les voir ou d'y penser, parce que notre cerveau, ainsi que notre coeur, leur appartiennent davantage.

On voit donc ainsi l'exceptionaelle richesse de l'affectivité contenue dans la musique. Cet art, peut-on dire, repose sur un substratnm matériel affectif. Un ton n'a le droit de s'appeler musical que s'il porte en lui quelque similitude ou quelque symbolisme affectif. L'ensemble de ces symboles sériés, coordonnés, combinés, sous forme d'air ou de mélodie, constitue l'expression d'un sentiment plus puissant, plus organisé. Tout cela, une fois extériorisé, est enregistré fidèlement par notre sens auditif et, en passant par les deux voies émotionnelles que nous connaissons déjà, mais principalement par la voie descendante, va susciter en nous automatiquement des nouvelles affectivités.

Telle est la propriété spéciQque des perceptions engendrées par la musique et tel est le rôle presque exclusivement affectif que notre sens auditif remplît, quand nous assistons à l'exécution d'une œuvre musicale.

On pourrait évidemment encore dire bien des choses sur tous les éléments affectifs contenus dans la musique, mais je ne puis pas avoir la prétention d'épuiser, dans une brève étude de revue, un aussi vaste sujet. Mon intention était uniquement de faire ressortir ici la richesse affective exceptionnelle de perceptions engendrées par la musique, leur mode de transmission par notre sens spécial et leur analogie avec d'autres perceptions affectives et sympathiques dont nous avons parlé plus haut. Je pense que par le peu que nous.en avons dit la démonstration se trouve être suffisamment faite devant le lecteur.

Conclusions. — Il ne me reste plus maintenant qu'à résumer dans quelques brèves conclusions ce quej'ai essayé de démontrer dans le travail actuel.

Quand on parle de perceptions, il ne faut jamais perdre de vue qu'un grand nombre d'entre elles possèdent des propriétés affectives. Ce genre de perceptions affectives, tout en étant moins étendu que le genre intellectuel, n'en occupe pas moins une place importante dans notre vie psychique. Il se subdivise lui-même en deux espèces, fort distinctes : la première est constituée par des percep-

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lions qui deviennent affectives, parce qu'il existe un manque de prescience pour elles ou un défaut d'adaptation avecTambiance. La seconde, au contraire, engendre chez nous une affcclivilc, parce qu'elle ne fail que transmetlre I élément alTcclir venant du dehors. Ce qui distingue donc essentiellement ces deux espèces, c'est leur composition ou leur substance même, ainsi que la voie de transmission de l'alTeclivilé : tandis que la première est dépourvue de tout élément alTeclif et passe par la voie horizontale ou perceplivo-^motion' nelle pour produire une secousse émotionnelle ; ta seconde, au contraire, est elle-même souvent richement pourvue d'aQeclivité et choisît la voie descendante ou idéo-émolionnelle pour engendrer une émotion.

La première, venant du monde extérieur, passe tout droit vers le centre émotionnel, parce qu'il ne se trouve rien au-dessus pour la recevoir ou l'inhiber; ta seconde, au contraire, se dirige d'abord vers les centres supérieurs qui contiennent son équivalent pour de là descendre vers le centre émotionnel.

Nous avons déjà résumé plus haut nos conclusions pour la première espèce de ces perceptions afTeclives. Rappelons encore celles qui se dégagent de l'étude de la deuxième espèce.

Ce qu'on entend généralement sous le nom courant de a synopa-' thie u n'est qu'une forme particulière de perception affective, où l'élément émotionnel vient en droite ligne du monde extérieur, sous forme d'un substitut quelconque, comme n^importe quel autre élément de connaissance. Le rôle de chaque sens perceptif étant essentiellement synthétique, notre affeclivitc se trouve immédiatement éveillée par cet apport affectif extérieur. C'est ce qui provoque la réflectivité obligatoire du sentiment et rend tous les hommes soli-^ daires entre eux. La musique ne consiste qu'en une émanation ininterrompue de ces perceptions affectives, sympathiquc-î dont l'effet rèflectif doit aussi être immanquable sur toutes les sensibilités humaines, h condition toutefois que son symbolisme soit compatible avec les facultés intellectuelles et perceptives de chaque individa.

Nous avons aussi essayé de reconstituer une sorte de marche schématique de la perception au milieu de nos différents centres les plus importants, en montrant les effets subjectifs engendrés par elle. De ce schéma il résulte manifestement que nous avons deux voies diffé-

rentes par lesquelles le monde extérieur peut agir sur ce centre émotionnel : une de ces voies est plutôt horizontale ou perceptivoémotionnelle, l'autre est descendante ou îdéo-émotionnelle. Il était bon de rappeler que cette dernière voie, tout en appartenant au monde intérieur, peut aussi être influencée indirectement par le monde extérieur. Evidemment, quelquefois ce dernier peut agir sur notre alTectivîté par les deux voies : noire émotion n'en sera que plus grande.

C'est ainsi que de notre contact immédiat avec le monde extérieur résulte pour nous souvent une connaissance, mais bien des fois aussi une émotion. Une grande partie de nos perceptions sont purement intellectuelles, pendant que d'autres, un peu moins nombreuses, sont exclusivement affectives. Cette affectivité perceptive à son tour peut être d'oTÎgxae inintellectuelle ou bien ré/lective.

D' Waynbaum.

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