LES DEUX LOIS DE LA NATURE HUMAINE
Les hommes n’ont dans l’esprit que ce qu’ils ont dans le cœur ; ce qui est erroné, dangereux, presque injuste dans l’ordre fini, est souvent excellent en soi-même dans l’ordre supérieur auquel il appartient. La fraternité que l’on a voulu introduire dans la législation est dans cette catégorie; elle répond à un sentiment du cœur trèsréel, mais qui ne reçoit son impulsion que d’une inspiration plus haute et plus libre. Les hommes n’ont rien inventé ; quand leur pensée croyait concevoir une grandeur, une élévation nouvelle, c’était une fibre de leur cœur qui s’émouvait; l’intelligence en eux obéissait quand elle se flattait de commander.
C’est que notre nature primitivement divisée a deux lois au lieu d’une. Si le surnaturel n’avait
DANS LE CHRISTIANISME
2oo
été mis dès la création même en rapport direct avec l’ordre naturel, il y a des sentiments que nous n’aurions jamais admis, comme par exemple, l’amour du sacrifice, de l’austérité, de la privation. Une partie de nous-même était destinée de toute éternité à être le réceptacle de la grâce.
Additionnez les- meilleurs sentiments de la nature, portez-les à la plus haute puissance, vous n’aurez jamais la valeur d’un seul des effets du principe surnaturel ; avec tout le droit et toute la justice qui aient jamais régné dans le monde, vous ne ferez pas de la vraie fraternité chrétienne, et ainsi de suite de toutes les vertus humaines.
>K><SX*>