DIGNITÉ DE SA SOUMISSION
Il est grand, mais point étrange, l’égarement de l’homme qui se voyant, au sein de l’immensité de la création, un être si chétif et si éphémère, n’en conserve pas moins l’ambitieuse vanité d’être à lui-même son propre univers. Par la seule raison que l’homme a été créé à l’image de Dieu, il a dû garder l’idée d’un centre commun, malgré la chute qui a tout perverti en déplaçant les notions vraies sans les effacer. De là vient que l’homme a conservé l’idée vraie et fondamentale de l’unité, mais en substituant à la véritable unité qui est Dieu, la fausse unité qui est lui-même; de là sont venues toutes ses aberrations et toutes ses fautes. Au lieu de tout rapporter au centre auquel
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il devait s’unir pour s’y perdre, il a tout rapporté au centre faux, au monstrueux égoïsme qui établit le règne de l’homme sur les débris du règne de Dieu.
L’homme est une volonté, il est une liberté; on peut dire que celui qui ne veut pas ne vit pas, et aussi que l’homme qui n’est pas intérieurement libre ne vit pas. Esclave de ses passions, de ses défauts, de ses habitudes, il abdique sa propre vie élevée et souveraine pour vivre de la vie des puissances qui le subjuguent et l’assujétissent. C’est ainsi qu’un corps malade tombe sous la dépendance de la vie égoïste, partielle, isolée, de l’organe attaqué, l’équilibre pour les corps n’étant que la vie simultanée, régulière, harmonieuse de toutes les parties qui le constituent. C’est dans cet ordre ou équilibre rigoureusement maintenu, que consiste la santé, que l’on pourrait appeler aussi l’état de vraie liberté pour le corps.
On objectera les associations religieuses qui semblent tout réduire à un même niveau et à une même forme. Elles paraissent ainsi aux yeux du monde, mais à ceux de Dieu, les religieux diffèrent plus entre eux qu’aucun des autres hommes. Ces plantes-là forment le jardin particulier du bon Dieu dans sa grande propriété de cette terre.
L’obéissance religieuse n’est à bien dire qo’-.ne
DE LA PIÉTÉ
obéissance raisonnée à la loi suprême, et un acquiescement de notre esprit à la vérité bien conçue. C’est ainsi qu’il faut entendre le perinde ac cadaver. Cet anéantissement profond de la volonté humaine, au profit d’une vérité, remplissait d’admiration M gr Affre, de glorieuse mémoire. Parcourant un jour Saint-Acheul, désert après l’expulsion des Pères, et sous l’impression du contraste que le morne silence régnant autour de lui, faisait avec le bruit joyeux dont retentissait naguère la cour des élèves, il demanda à un frère convers demeuré là pour garder cette solitude : Eh bien, mon frère, auquel des deux états donneriez-vous la préférence; est-ce à celui d’hier, ou à celui d’aujourd’hui? La réponse ne paraissait pas douteuse, et cependant elle ne fut pas ce que le vicaire-général d’Amiens attendait. — Ce que je préfère, Monsieur, pour Saint-Acheul comme pour moi, ce n’est pas l’état quelconque où nous pourrions être, mais l’état où présentement Dieu nous met.
Comment vaincre, continuait le saint prélat, ou même combattre des institutions où le moindre disciple parle ce langage et pratique ainsi la liberté d’une abnégation humble et soumise?
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