‹ Journal de sa conversionChapitre 18 sur 59 · LES INDULGENCES · texte numérisé non relu

LES INDULGENCES

Un des caractères de la religion catholique, est d’envisager les choses de si haut, qu’elle les embrasse dans leur ensemble, et que les imprégnant d’un même esprit, elle les élève à une même hauteur, en leur laissant leur caractère propre. « Dieu considère de loin, dit le psaume, les choses hautes et grandes, et il rapproche de lui les plus petites. »

Le malheur de la plupart des hommes est de ne pas savoir apercevoir les grandes pensées cachées sous les formules rétrécies, de ne pas reconnaître l’infini sous le positif des formes arrêtées, de ne pas savoir concilier l’apparente contradiction qui semble exister entre l’exercice de la soumission et l’usage de la raison. La conscience, dans sa droite simplicité et son humble certitude, résoud souvent de grandes difficultés, et sa

DE LA PIÉTÉ

fidélité au dogme est toujours de la saine philosophie.

Une question assez complexe se présenta un jour à moi, relativement aux limites et aux effets des grâces spirituelles, attachées à certaines œuvres par une autorité extérieure et compétente; aux linîites et aux effets des grâces spirituelles, acquises aussi dans l’exercice des mêmes œuvres par le développement de l’action morale.

C’était à Rome, nous étions en 1825 , année du Jubilé. Le Saint-Père avait attaché l’indulgence plénière à deux pratiques différentes : soit visiter quinze fois les sept basiliques, soit suivre neuf fois les processions générales. Ayant observé en moimême un effet moins favorable des processions générales, le bruit, le mouvement, la foule rendant le recueillement plus difficile, je me permis de dire un jour devant quelques amis que j’y renonçais pour m’attacher à la visite des basiliques, et je donnai les motifs de cette préférence. — Comment, me dit une des personnes présentes, vous choisissez et qui pis est vous préférez, dans une circonstance où l’égalité des avantages est de foi ; n’est-ce pas ôter quelque chose à l’autorité qui, en réduisant la peine, laisse à ceux qui profitent de cette réduction, parfaite égalité de mérite avec ceux qui observeraient l’obligation toute en-

DANS DE CHRISTIANISME

tière? — Je ne doute nullement, répondis-je, que le pape ne soit investi de tout le pouvoir nécessaire pour attacher à un signe moindre, l’effet spirituel des indulgences; je crois parfaitement que celui qui m'indulge au prix de quinze visites, peut m’indulger au prix de neuf; que, par les pouvoirs qu’il tient de notre divin Maître, il peut en rencontrant en moi les conditions requises, m'exempter en partie des châtiments que j’aurais encourus.

Mais dans le pieux pèlerinage du jubilé, il y a deux choses, comme dans toutes les applications qui nous sont faites des mérites du Sauveur : d’abord, le fait au moyen duquel nous méritons de la miséricorde divine par notre foi et notre soumission, qu’elle annule dans l’éternité une partie de nos dettes; ensuite, un effet qu’on pourrait appeler moral et par lequel sans agir immédiatement sur notre situation spirituelle, nous nous préparons, par le recueillement et la prière, à l’obtention des grâces les plus relevées. Ainsi, en suivant les dispositions d’un décret du pape, je puis me croire sûre d’en retirer le profit spirituel; mais en joignant à ma soumission à ce décret, les moyens d’exécution les plus propres à m’avancer dans la voie chrétienne, à exciter, à protéger en moi les mouvements purs et pieux, j’assure, autant

DE LA PIÉTÉ

qu’il dépend de moi, le profit moral qu’aucune autorité religieuse, sans ma participation, ne saurait me valoir.

Dans cette circonstance,"le pape en faisant pour moi tout ce qu’il peut faire, ne m’absout pas du devoir de faire pour moi tout ce que je puis. C’est de l’accord de l’autorité qui entre dans toutes les difficultés pour les alléger, et de la conscience qui accepte toute les grâces sans se libérer d’aucun soin, que résultent, ce me semble, les moyens les plus sûrs du salut. Dieu lui-même, puissant et miséricordieux comme il est, ne peut pas nous sauver sans nous-mêmes, et le pouvoir qui vient de lui n’est sans entraves et sans limites, qu’autant qu’à la foi soumise et aveugle, viennent se joindre les moyens que l’intelligence donne pour auxiliaires aux vertus nommées surnaturelles par les théologiens.

C’est dans ce point de convergence des rayons de la foi et de la raison, que me paraît être leur véritable accord, et ce qu’une circonstance extraordinaire du culte catholique m’a suggéré ici, se retrouverait dans presque toutes les vérités enseignées par l’Église. Il n’existe pas dans le culte catholique une forme si minime qui ne conduise par l’étude de son esprit aux considérations les plus élevées.

DANS LE CHRISTIANISME

Page 1