‹ Journal de sa conversionChapitre 19 sur 59 · LE MERCREDI SAINT A ROME · texte numérisé non relu

LE MERCREDI SAINT A ROME

Rome est la grande paroisse du monde catholique, les églises des nations sont comme des autels dans l'édifice qui les réunit tous.

Ce que c’est que le pays où l’on peut voir les chefs-d’œuvre de Raphaël, de Michel-Ange, entendre le Miserere, lire le Dante chez lui 1 On ne saurait comprendre cette étonnante magnificence qui embrasse tout, s’adresse à chacun de nos sens pour l’émouvoir, l’enivrer et porter ses délices h ce haut degré où elles se confondent toutes dans un seul ravissement.

La chapelle Sixtine, dans laquelle Michel-Ange a déployé son génie créateur, formidable jusque dans le choix de son sujet, présente un contraste frappant avec la mansuétude du mystère particulièrement célébré aujourd’hui, au milieu de cette

DE LA PIÉTÉ

pompe de la religion, dans le centre même de sa grandeur, de sa puissance. Que de pensées graves, célestes, surgissent tour à tour d’une si étonnante réunion!

Ces douces et lugubres lamentations Je Jérémie, peignant d’une manière si sensible les maux de l’Église, de cette mère éplorée qui demande en vain à ses enfants un bonheur qu’elle ne saurait obtenir que d’eux, et qui se retourne ensuite vers son céleste époux, toujours assurée de voir agréer ses gémissements, son deuil et ses larmes ; ces lamentations ont ici une autorité toute particulière, je ne sais quoi de pénétrant et de sensible qui jaillit, pour ainsi dire, de chaque verset. Ahl ces lamentations chantées dans les catacombes, au milieu des persécutions, à la veille du martyre, auraient un caractère moins incisif, moins douloureux qu’au milieu de cet orgueil qui nous entoure, de cette légèreté qui nous froisse, de tous ces scandales amenés par la curiosité ou l’incrédulité qui éclatent en dédains et eu sarcasmes.

Cette voix lugubre et solitaire qui chante des douleurs telles qu’il n’en fut jamais, est celle de chaque vrai fidèle. C’est devant le Dieu qui pardonne et qui console, que nous exhalons nos gémissements sur nous-mêmes, sur les frères que la piété nous donne, sur les frères que ni leurs

1)ANS LE CHRISTIANISME

fautes, ni leur impiété ne sauraient nous ôter. Mon Dieu, c’est encore au milieu de vos persécuteurs et de vos bourreaux que vous poursuivez votre marche adorable !

Après les psaumes chantés ou psalmodiés et les cierges successivement éteints, toute lumière disparaît, tous les objets dont la pompe religieuse ou mondaine a été illuminée rentrent dans l’ombre ; il se fait un silence profond qui produit sur les uns l’attente, sur les autres le recueillement; puis, après un certain intervalle, commence le chant du Miserere , dont aucune parole humaine ne peut rendre ni la beauté, ni la majesté : c’est le chœur des anges, 'l’harmonie des sphères célestes.

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