‹ Journal de sa conversionChapitre 22 sur 59 · LA DOULEUR · texte numérisé non relu

LA DOULEUR

Le vrai culte, on l’a dit, c’est l’imitation. Imiter Notre-Seigneur est donc notre premier devoir, le travail qui ne doit cesser qu’avec nous.

Mais Dieu ne s’arrête pas dans ses grâces, l’imitation nous laisse trop loin de lui. Il veut avec ses créatures un lien plus étroit, une fusion plus complète, quelque chose qui absorbe toute limite et toute séparation. Or, ce qui rapproche davantage les sentiments du Sauveur et ceux de ses créatures rachetées, ce qui rend le miracle de l’assimilation réalisable, n’est-ce pas la douleur?

Quelle autre chose que l’intensité de la souffrance met dans notre vie une ressemblance avec celle du Sauveur ? Par quel autre côté notre âme

DE LA PIÉTÉ

s’identifierait-elle à la sienne? Avons-nous quelque chose de la sainteté, de l’humilité profonde, de la brûlante charité de Jésus ? D’autre part, sa venue sur la terre a-t-elle rappelé quelque chose de notre orgueil, de notre lâcheté, de nos révoltes ? Entre l’homme-Dieu et ses imitateurs, il n’y a pour combler l’abîme, hors la grâce, que la douleur ; la douleur qui dans sa puissante plénitude surabonde dans notre cœur et l’initie à l’infini.

C’est par la souffrance que Dieu a été le plus homme, c’est par la souffrance que l’homme s’élève davantage vers Dieu. La douleur! suprême sacrifice du fils du Très-Haut, descendu des félicités éternelles, est aussi la suprême dignité de l’homme, et dans son exil, lui révèle le rang dont il est déchu !

Voyez l’Emmanuel de nos tabernacles, qu’est-il, si ce n’est le « sacrifice continuel, le sacrifice toujours offert ' 1 >r Où en serait le monde si la présence réelle se retirait un instant du milieu de nous? Où en sommes-nous quand dans le sanctuaire de notre âme, cesse ou diminue le règne paisible de la volonté de Dieu? Dans la foi sans sacrifice, il n’y a pas de religion ; dans nos cœurs aussi sans victime, il n’est plus d’autel.

1 Litanies du Saint-Sacrement.

DANS LE CHRISTIANISME

Cependant ce sacrifice continuel n’aurait suffi ni à la charité du Christ pour le salut du monde, ni à l’homme pour son propre salut, si ce sacrifice ne continuait à être toujours offert. La rédemption, don magnifique dans les trois termes qu’elle embrasse, est le type de l’offrande qui comprend trois termes aussi : Dieu, nous et tout ce que nous possédons. Mais Dieu, qui nous veut sans partage, choisit dans nos présents, ou plutôt il n’en accepte que de deux sortes, nos vertus et nos douleurs. Nos vertus! n’arriverions-nous pas les mains vides, ou bien suffirait-il de ces vertus imparfaites et sans consistance pour couvrir tant de transgressions ? Eh bien ! c’est précisément parce que avec elles nous ne serions pas solvables, que la miséricorde multiplie pour nous les épreuves, comme un père, la veille de sa fête, garnit la bourse de son fils. Souvent Dieu nous envoie la souffrance, pour que nous ayons quelque chose à lui donner.

9 août 1857 '.

1 Cette date précède à peine d’un mois la mort de M me Swetchine.

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