‹ Journal de sa conversionChapitre 29 sur 59 · LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

LA RÉDEMPTION

Sans le bienfait de la rédemption, que seraient pour l’homme les quatre fins que son intelligence lui propose comme siennes? Sans la rédemption, ces quatre fins qui sont sa destinée tout entière, n’en existeraient pas moins.

La mort serait également certaine, mais nécessairement et sans exception, elle nous saisirait dans le péché et l’ignorance.

Le jugement serait inévitable, mais rien ne rapprochant le juge du coupable, l’espace n’étant pas rempli par le médiateur, le néant seul plaiderait pour lui-même.

Le paradis resterait fermé, tout en étant connu à l’âme que la faute originelle n’a pu dépouiller de l’intelligence qui appartient aux créatures spirituelles.

DANS LE CHRISTIANISME

L’enfer demeurerait ouvert pour attendre et engloutir sa proie.

Voilà donc ce qui existe indépendamment de la rédemption : la mort, solde inévitable du péché ; le jugement, conséquence de la liberté de l’homme; le paradis, séjour de Dieu même, et l’enfer, écho réalisé des justes arrêts d’un Dieu outragé.

Environnés des bienfaits et des clartés de la rédemption, nous les anéantissons, autant que cela dépend de nous, par notre ingratitude et notre légèreté ; nous finissons par nous dérober la vue du remède et des maux auxquels il s’applique.

Comme certains esprits croient facilement ce qu’ils désirent, de même ils nient ce qui leur déplaît, les entrave ou les afflige. Ils devraient cependant se rappeler qu’il y a au fond de la destinée humaine des choses fatales. Que ces choses soient conformes ou contraires à leur esprit, qu’elles soient pour eux ou contre eux, elles n’en existent pas moins.

Ainsi, par exemple, que nous nous abandonnions au plaisir et à la distraction, la mort n’en plane pas moins sur nos têtes ; que nous pesions ou non nos actions, aucune dette n’échappera au dossier éternel ; que la foi nous dirige, ou que l’impiété nous égare, le paradis nous appelle aussi certai-

DE LA PIÉTÉ

nement dans un cas, que l’enfer nous menace dans l’autre ; que nous y pensions ou que nous n’y pensions pas, les lieux où se tressent nos couronnes et ceux où se préparent nos supplices, n’en sont pas moins dans la région de l’immuable et de l’infini.

Qu’opposons-nous à ces fins inévitables qui nous attendent au seuil de la vie ; que leur préférons-nous dans notre estime, dans nos habitudes, dans nos entraînements journaliers ? N’est-ce pas le frivole, l’incertain, le douteux et souvent l’impossible? Et cependant un voile léger nous sépare seul des divines réalités 1

Ce n’est pas le loisir qu’il est permis d’attendre pour accomplir les choses de Dieu ; de plein droit elles passent les premières.

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