‹ Journal de sa conversionChapitre 37 sur 59 · L’EUCHARISTIE ET MARIE · texte numérisé non relu

L’EUCHARISTIE ET MARIE

Le salut, c’est la sainteté dans la félicité suprême, et c’est par la charité et l’humilité qu’il faut tendre à la sainteté.

Où chercher le principe de la vraie charité si ce n’est dans l’Eucharistie, où elle trouve sa source, son appui, son aliment naturel? Et l’humilité, quel -plus grand exemple en pourrions-nous trouver, si ce n’est celui du Dieu caché dans l’hostie? Tous

DE LA PIÉTÉ

les temps de la vie de Notre-Seigneur existent simultanément dans le saint Sacrement, la crèche, le Thabor, la cène, Gethsémanie, le Calvaire 1 Tout y est, mais Dieu enfant est le commencement de tout dans les âmes, il y est le type des effets qu’il veut développer en nous.

Le Dieu obscur, impassible, caché, attendrit l’âme plus que la gloire et les félicités du ciel ne sauraient la toucher | le Dieu humilié, abaissé, trahi, méconnu, est le Dieu de son amour et de son espérance. C’est son maître, il lui enseigne tout; c’est son ami, il lui dit tout; il l’appelle, lui répond; l’attire à soi, va à lui. Ah ! que ceux qui sont éprouvés par le doute viennent goûter les douceurs de la table sainte, leur foi aura bientôt égalé leur amour. « Craignez-vous Dieu, dit saint Augustin, jetez-vous dans ses bras. » C’est surtout dans le plus adorable des sacrements, là où il n’y a plus que les dons de Dieu, où Dieu est luimême, que la crainte se perd dans l’amour. L’âme, dans cette union sainte, s’ouvre aux plus doux transports, elle sent que les liens qui l’attachent à la terre ne sauraient, sans se rompre, s’affaiblir davantage, et que Dieu même, dans sa toute-puissance , ne pourrait se donner plus entièrement à elle.

L’Évangile, pour nous conduire à la sainteté,

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ouvre encore devant nous le chemin de l’humilité, en nous affirmant qu’il faut y marcher. « Et moi je vous le dis, si vous ne devenez semblables aux petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume du ciel. » Les petits enfants n’ont-ils pas toujours une mère ? une mère qui a leur première confiance, qui suit leurs premières compréhensions, qui reçoit leurs premières caresses, qui, au besoin, leur sert de médiatrice? Voilà ce que Marie est pour le chrétien, pour le chrétien quel qu’il soit, roi, savant, riche, pauvre, jeune, vieux, descendu du trône de la science, du faîte de la richesse, de la puissance et de la force de l’âge, pour redevenir enfant.

Le culte de Marie, qui semble seulement adoucir et attendrir nos sentiments, les élève, et en cela il résume peut-être tout l’enseignement chrétien. Les vertus qui appartiennent exclusivement à Marie, comme le silence et la douceur, n’excluent nullement ni la force ni l’énergie. « Voyez s’il y eut jamais une douleur comparable à la sienne ! » Son fils ne lui épargne rien au pied de la croix, ni son agonie, ni sa mort, ni les larmes qui l’accompagnent, ni la vue de son corps meurtri et inanimé. A sa douleur se proportionne sa force. Jésus a porté le poids des péchés des hommes, Marie le poids de leurs douleurs.

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Marie sait que pour acquérir la force, le grand moyen c’est la grâce et l’humilité. Elle s’abîme dans son néant, le divin fils qu’elle a porté dans son sein a beau l’initier à ses grâces divines, elle sent, quoique mère de Dieu, qu’elle reste créature. Seulement elle a pu dire : « Celui qui m’a créée repose dans mon sein. »

Plus d’une âme heureuse ne profère-t-elle pas ces mêmes paroles dans le secret de sa componction profonde ; mais si chaque jour ces paroles peuvent être sur nos lèvres, comment sont-elles proférées? Par Marie, avec un saint et intime tremblement ; ni sa conception miraculeuse, ni la grâce distillée dans son âme n’enlèvent rien à la profondeur et à la solennité de son respect. Ce n’est pas ce qui la rapproche de Dieu qui fixe ses regards, mais au contraire, ce qui l’en éloigne ; la créature n’envisage le créateur qu’en méditant incessamment la distance qui les sépare. Et par nous, comment ces paroles sont-elles prononcées ? Dans notre ignorance, demandons-nous seulement, quel est celui que nous recevons et ce que nous sommes nous-mêmes? Encore, si c’était toujours par une tendre et pieuse familiarité que les rangs fussent confondus, mais hélas ! la légèreté et la distraction font seules, malheureusement, tous les frais de la confusion.

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Que d’enseignements dans la vie de Marie! Suivons-la, cheminant avec son saint époux sur le chemin de Bethléem. Les premières maisons delà cité de Juda apparaissent, elle éprouve une sorte de soulagement en entrevoyant le terme de ce triste et lointain pèlerinage.

Le repos d’une nuit, voilà tout ce que demande Marie, comme Job, pour reprendre haleine. Mais ce repos cherché et si nécessaire, où le trouvera-t-elle? Une hôtellerie se présente, Joseph frappe à la porte ; mais à sa demande simple et confiante, répond un refus I refus innocent en luimême , si on le compare à tant d’autres refus de mépris, d’insouciance et aussi d’ignorance des intérêts les plus chers. Sciemment, je n’ai jamais refusé, ô Seigneur Jésus, de vous recevoir; mais la dissipation, la préoccupation des choses humaines, n’ont-elles pas mille fois fermé mon oreille, quand vous frappiez à mon cœur? Oh continuelle expérience de la surdité de notre égoïsme ! Toutes les habitations sont fermées à Jésus et à sa mère ; ils sont repoussés de partout où il y aurait eu pour eux abri et repos : in propriâ venit et sut eum non receperunt. L’étable seule ouvre sa porte, étable peu spacieuse où des bestiaux se disputent un peu de paille. La lassitude de Marie est si impérieuse que ce lieu misérable n’a rien qui

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.‘Joli *

l’effraie; elle aspire au repos comme on aspire à l’air pour retrouver avec lui la vie et le mouvement.

Qu’importent à Marie les choses extérieures ! Jésus, dans son sein, réunit et garde tous les trésors; pour les goûter elle a le silence et la solitude. Heureuse Marie 1 Son regard intérieur adore au fond d’elle-même le fruit prédestiné de ses entrailles, elle ne le voit pas encore, elle le sent déjà. Peu de moments la séparent de l’accomplissement des décrets éternels, sa pensée plonge intérieurement pour lire, comme dans les eaux pures d’un lac, le mystérieux présage de l’avenir ; elle voit l’adolescent, l’homme, le crucifié.

Marie touche au moment où son chaste sein va mettre au jour le désiré des nations, celui qui se condamne à voir la lumière qu’il a faite, à paraître au milieu de ce monde où il ne cherche que la royauté des âmes, et à traverser les ronces et les épines de cette terre qu’il à revêtue de tant de magnificence. .

Sur le seuil de cette vie qui commence, et dans laquelle celle de Marie s’absorbe, quel solennel moment que celui où se montrent, non plus le crépuscule douteux, mais les rayons mêmes de l’astre radieux qui va paraître ! Le germe divin, dans le sein de Marie, a quelque chose de l’union

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hypostatique qui est en Notre-Seigneur lui-même. Jésus reste distinct des chastes entrailles qui le portent, comme si la distance l’en séparait, et néanmoins Marie touche son divin fils. Par le bonheur de cette sensation qui ne la trompe pas, elle mesure les regrets de la séparation et elle presse l’heure où tous les liens visibles et apparents seront brisés. Ils ne faisaient qu’un, ils vont faire deux ! Tout l’avenir de Marie ne sera plus que l’histoire de cette séparation. A peine les pieds de Jésus le porteront-ils, à peine sa langue bégaierat-elle la parole de vie que, sous l’inspiration du Père céleste, sans oublier la surnaturelle tendresse de sa mère, il marchera loin d’elle à ses destinées.

O douleur de Marie, seras-tu inconsolable?

Non, la chair et le sang n’ont pas laissé de trace dans le cœur de l’immaculée. Le divin fruit du virginal enfantement se détache de la branche qui le portait, Jésus quitte le sein de sa mère, mais le cœur, la pensée de Marie suivent Jésus ; son âme s’élance vers lui, elle l’enlace de liens à peine perceptibles, délicats et tenus, comme ces fils blancs de la Vierge qui voltigent dans l’air ; liens mystérieux, conducteurs de l’amour que la mère porte au fils et que le fils rend à la mère,,tout en conservant l’heureuse impassibilité d’un Dieu.

Ce que Jésus fut pour sa mère, il l’est aussi

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pour ses amis, quand il descend en nous, quand nos lèvres le touchent, quand notre cœur l’étreint et le possède. Ces instants bénis sont fugitifs, car hélas! le temps agit lui-même sur les bienfaits éternels. Le souvenir alors remplace le sentiment de sa présence. Peu à peu l’impression s’affaiblit si elle ne s’efface ; celui que nous adorions en nous-même, c’est hors de nous, c’est souvent loin de nous qu’il faut le chercher ; mais la peine, la fatigue, l'effort, la recherche, coûtent-ils donc tant au cœur qui sait aimer ! Si Jésus se cache, ne pouvons-nous le découvrir; s’il fuit, ne pouvons-nous doubler le pas et trouver mille délices, mille ravissantes consolations dans notre effort pour nous rapprocher de lui? Nos misères, nos infirmités, notre soif haletante criant merci, demandant compatissance et pitié : voilà les vrais moyens de l’atteindre.

Tant qu’un cœur aime d’un amour surnaturel, souverain, qu’il soit tranquille, c’est qu’il est aimé, c’est que Jésus l’aime. Le gage de l’amour, c’est l’amour. Le gage du pardon, c’est encore l’amour, cet amour de Jésus qui nous saisit au bord du précipice pour nous sauver par la toutepuissance de son bras.

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