‹ Journal de sa conversionChapitre 38 sur 59 · CANTIQUE DES CANTIQUES · texte numérisé non relu

CANTIQUE DES CANTIQUES

Pierre Lambert, traducteur du sermon de saint Bernard sur le Cantique des Cantiques, s’exprime ainsi : « Quant à la version, je n’en dirai rien, sinon que j’ai tâché de la rendre la plus fidèle possible. Je crois que l’on doit ce respect aux écrits des Pères de l’Église, non seulement de n’en altérer jamais le sens,’ mais même d’en garder toutes les paroles, autant que le peuvent souffrir les règles de la traduction. Les paroles des saints sont

DE LA PIÉTÉ

comme les reliques de leur esprit, et elles ont aujourd’hui la vertu et la grâce de la source d’où elles sont parties. »

Celui qui a chanté le Cantique peut y avoir appliqué un sens naturel sans que pour cela, l’inspiration en fût altérée. Ce n’est pas seulement ce monde qui est l’œuvre d’une seule et même pensée, c’est l’autre aussi, celui qui nous attend.

Nous oublions trop que nous avons été faits à l’image de Dieu et à sa ressemblance. La nature humaine, dans ce que nous en voyons à travers les ruines de sa déchéance, n’est point un mensonge, mais une ombre. Les mystères de la vie intérieure, suivent parallèlement les mystères de l’ordre physique, et s’élèvent de transfiguration en transfiguration jusqu’à la dernière de toutes, placée au-dessus des autres, comme l’infini est aùdessus du fini, mais ni contraire, ni opposée.

Ainsi, ce qui est l’essence, la vie propre du monde physique, c’est l’amour ; c’est également l’amour qui est l’âme de la vie du ciel.

Si on y regarde bien, on verra que l’amour est partout en ce monde, c’est lui qui a tout fait : c’est lui qui, après avoir créé ce monde, est demeuré la loi suprême de sa continuitéj de sa perpétuité terrestre. Tout se cherche, se touche et se joint : les affinités du monde minéral, la fécondation

DANS LE CHRISTIANISME

dans les plantes ; ces myriades d’animaux s’élevant par degrés depuis la petitesse microscopique jusqu’à la grandeur de l’éléphant, tous unis et dominés par le même instinct. L’homme, comme créature naturelle, suit la même loi, et comme créature morale, il manifeste sa plus haute puissance par son amour qui peut seul donner quelque idée du ciel, de son bonheur et de ses bienfaits. Si l’amour est l’essence de la vie terrestre, il est également l’âme de la vie céleste, et voilà pourquoi les joies de l’un ont été empruntées pour peindre les félicités de l’autre dans ce chant admirable où le bonheur du ciel est comparé à la chaste joie d’un saint mariage.

Ce cantique qui, par son excellence et sa douceur, surpasse tous les autres, est justement appelé le‘Cantique des Cantiques. On sent qu’il est inspiré par la seule action dé la grâce ; ce n’est pas un bruit qui sort de la bouche, mais une allégresse qui naît du cœur ; ce n’est pas un son des lèvres, mais un mouvement de joie ; ce n’est pas un concert de voix, mais de volontés. On ne l’entend point au-dehors, mais l’époux et l’épouse l’entendent seuls, c’est-à-dire celle qui le chante et celui en l’honneur de qui il est chanté. C’est un chant nuptial, exprimant de chastes et doux embrassements d’esprits, une union parfaite de volontés,

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une liaison intime d’affections et d’inclinations réciproques.

L’âme qui soupire après l’union avec son Dieu, « après l’union exaltée jusqu’à l’unité *,» ressentelle en elle-même un besoin imaginaire et factice? Ce besoin d’aimer naît-il en elle de la recherche du bonheur? Non, non, c’est bien à tort que l’on confond ces deux intérêts. Pour l’âme humaine, le besoin d’aimer l’emporte de beaucoup sur celui d’être heureuse.

Quelque profond que puisse être de vérité, de réalité divine, le sens mystique du Cantique des Cantiques, il est certain que l’Église catholique, seule dans le monde, pouvait se permettre la glorieuse hardiesse de le compter au nombre de ses livres saints. Les protestants n’ont pas d’ailes pour monter si haut, les grecs les ont eues trop tôt coupées ; ni les uns ni les autres n’ont le secret des saintes et respectueuses familiarités qui initient dès cette vie, aux innombrables délices que Dieu, dans sa puissance, ménageait à sa créature, et qui ont été sans doute la pensée dominante de la création même.

Hors de l’Église catholique, la vénération est prude ou timorée ; il n’y a que l’Eucharistie pour

1 Comte de Maistre.

DANS LE CHRISTIANISME

rendre l’œil assez simple, l’oreille assez chaste, le cœur assez pur pour pénétrer à travers tous les voiles, pour traduire dans la langue de l’Esprit- Saint les paroles et les tableaux de la terre en pensées et en visions divines, pour arriver, par la vérité que nous touchons, à cette vérité sublime dont Dieu donne un pressentiment aux âmes qui le cherchent. La révélation ayant introduit des rapports nouveaux dans l’ordre moral, l’accomplissement de tous les devoirs dans un esprit de foi et d’amour est désormais la règle ; l’amour relevant et transformant la vertu, voilà vraiment le couronnement, le nimbe céleste î

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