Donnez-moi à boire
preuve, c'est qu'il ne boit pas» Et cependant quand ses Apôtres arrivent, il ne veut rieir prendre, il est désaltéré : ma nourriture est de faire la volonté de mon Père, de gagner des âmes. Pour lui, pas d'acception de personnes:; il ne dédaigne pas^la Samaritaine ; pas de réserve exagérée, malgré son extraordinaire modestie. Tout en la gardant, cette modestie; il fait les avances,^ «igage la conversation.. Que de bien nous ferions dsms l'apostolat, si nous y pensions, si nous^ saisissions l'occasion, si sans acception de personnes, nous nous regardions connue redevables de là vérité à toute créature.
Da mihi bibere. Quelle adresse délicate! Il prend cette femme par le cœur. Il lui demande un service : nous nous défions trop du cœur de l'homme, nous supposons trop facilement de mauvaises dispositions; montrons de la confiance à cet adversaire, demandons-lui- un service, il est à moitié gagné. La Samaritaine est touchée qu'un -Juif lui demande un service.
Cependant elle répond assez durement, en Samaritaine. Mais Jésus ne se rebute pas, nulle impatience : il ne relève pas là parole^ pénible, il poursuit avec une bienveillante persévérance.
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Au lieu d'aller brusquement au bxii qu'il veut atteindre en lui proposant sans voile la vérité à laquelle elle n'est pas préparée, il la prépare lui-même avec une touchante industrie ; il se sert de la connaissance qu'il a du cœur • de rhomme, lui qui a fait le cœur de Thomme.
Il excite sa curiosité, sentiment si vif chez la fille d'Eve : Si scires donum Dei, et quis est qui dixit tibi : da mihi bibere... dedisset tibi aquam vivant^. Il excite en elle aussi le désir d'une eau mystérieuse, d'une eau vive qu'il peut lui donner. Mais il respecte sa liberté: peut-être demanderiez-vous, forsitan petis^es, et par là il la tente, pour ainsi dire, il l'excite encore davantage.
La pauvre Samaritaine s'étonne. Est-il plus grand que Jacob? Elle désire, mais elle craint.
Elle répond en incrédule, en Samaritaine. E Jésus poursuivant toujours doucement sa pensée, la conduit du naturel au surnaturel, de Teau matérielle qu'elle connaît à cette eau du rassasiement éternel qu'elle ne connaît pas.
Apprenons l'art d'aller de tout au surnaturel,
I. Si vous connaissiez le. don de Dieu, et quel est cçlui qui vous dit : Donne2>-moi à boire, il vous donnerait Teau vive...
de prendre nos comparaisons dans les choses connues de ceux que nous voulons évangéliser : conduisons-les des choses visibles aux choses inivisibles; mettons la vérité, la lumière, l'Évangile à leur portée. Mais sans perdre le temps en conversations inutiles, profitons de tout, comme Jésus pour aller par tout au but, doucement et simplement, dirigeant la conversation, ne la laissant pas diriger par Tinterlocuteur.
Par une nouvelle industrie de charité, quand Jésus a plusL vivement encore excité le désir de cette, femme, en disant la vertu de cette eau vive*, au point qu'elle s'écrie : Da mîhi hanc aquam ut non sitiam et non veniam hue hau-rire^^ il la tient en suspens et fait de nouveau appel à son cœur : Voca virum^. Ce bienfait ne doit pas être pour elle seule, mais pour son mari. Il faut savoir aussi profiter du zèle de la femme, pour le bien de ceux qu'elle aime, c'est un des principaux secrets de l'apostolat : Voca vîrum,
1. Elle sera une source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. (Joan., ibid.)
2. Donnez-moi de cette eau, a£n que je n'aie plus soif et ne vienne plus en puiser ici
3^ Appelez votre maii.
4SQ RETRAITE DE i8(5$.
Mais là encore, nouvelle industrie dti Sauveur et plus délicate. Le cœur de cette femme n'est pas assez pur encore pour recevoir cette eau vive. Jésus ne lui fait pas de questions, mais il la pénètre : d'un mot il divise cette âme d'avec elle-même. Confession courte qui la confond sans la décourager, car Jésus n'adresse aucun reproche. Il tient cette âme : Je vois, dit-elle, que vous êtes un prophète.
Il parle plus clairement alors, mais en se dégageant des controverses soulevées entre Juifs et Samaritains : Venit hora et nunc est quando vert adoratores adorabunt Patrem in spiritu et veritate^.
La Samaritaine commence à comprendre.
Mais Jésus respectant sa liberté, la ménage encore et par là même l'attire encore : Taies quœrit qui adorent eum : n'est-elle pas du nombre, elle qu'il est venu chercher?
La voilà prête à se rendre, mais au Messie s'il se présente : Scîo quia Messias venit,' cum ergo veneritj nobis annuntiabit omnia... — Ego sum qui loquor tecum*.
z. L'heure vient, et la voici déjà, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. a. Je sais que le Messie vient; lors donc qu'il sera
COURAGE ET FERVEUR. as9
Quelle simplicité touchante, cachet de la divinité !
O Jésus, pénétrez-moi de cette charité, de cette sainte adresse de votre apostolat, pour que moi aussi, à votre suite, je puisse gagner des âmes. Donnez-moi cette douceur, cette simplicité, cette humilité contre laquelle on ne pense pas même à se défendre, parce qu'on ne rencontre rien qui fasse craindre la domination, rien qui sente Thomme, Torgueil de l'homme, le joug de Thomme. Que je puisse dire en quelque sorte aux hommes en votre nom, par mon identification de plus en plus étroite avec votre vérité et avec vous, m'efFaçant de plus en plus pour ne pas être entre vous et eux, mais au contraire pour vous laisser toute la liberté d'aller à leurs cœurs : Ego sum qui loquor tecum.