IV INTRODUCTION
livrant avec une activité merveilleuse au service des âmes; maniant^ avec la mime dextérité et le même entrain^ les armes de la pénitence et celles du lele; allant droit au but avec une sûreté de regard et une constance de volonté admirables ; dépensant sa vie avec le même joyeux courage qu'il accepta la mort.
Toutefois^ pour se rendre un compte exact de ce que fut le R, P. Olivaint et de tout ce qi^il dit ici^ il est bon de ne pas Visoler du milieu oit il a vécu^ de la vocation qu'il a suivie ^ des devoirs particuliers qu'il avait à remplir. De là^ en effet ^ cette persévérante étude des Exercices de saint Ignace dont ses Retraites sont le perpétuel commentaire et l'application pratique à des besoins personnels; de là aussi ces allusions fré-^ quentes aux divers ministères qu'il exerçait^ aux règles ou à la situation de la compagnie de Jésus qui fut^ après Dieu et l'Eglise^ le centre^ l'amour et l'idéal de cette vie interrompue si brusquement et si glorieuse" ment consommée.
(( Il faut y dit le R. P. Olivaint dans une de ses Retraites^ il faut moins de temps que de courage pour faire un saint. » C'est la leçon de son livre^ comme ce fut la devise de sa vie. Courage ! confiance !.••
^arisf 26 mai i8ja, atmvm(ilr$ 4t h mort du R. P* OUvtUta*
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Je recommence encore une fois a prendre de$ notes sur mes exercices de piété. Je comprends mieux combien V oubli de cette pratique m^a été funeste. Q4ussi bien^ dest un conseil de notre bienheureux père saint Ignace y fy veux désor^ mais être fidèle.
Dès avant ma retraite j'avais la persuasion que Dieu m'y préparait une grande grâce ; il se faisait en moi un travail intérieur qui ne pouvait venir que de lui : il disposait déjà mon caur.
Cette grâce, ce me semble, m'a été donnée dans l'exercice du règne ^. J'ai été frappé tout
I. On appelle ainsi la contemplation dans laquelle saint Ignace compare Jésus-Christ, le Roi éternel, à un roi temporel invitant les siens à une guerre juste etglo-
RETRAITE DE tS6o.
à coup de ces mots : « en agissant aussi contre la propre sensualité et contre l'amour de la chair et du monde ^ », comme si je les voyais pour la première fois. Là est toute ma retraite, là est l'explication du passé, comme la garantie de l'avenir.
L'explication du passé. — Je voyais bien tous les ans que mes défaillances venaient de mes Diligences dans mes exercices de piété, et je prenais mes résolutions sur ce point; mais je ne me demandais pas assez d'où venaient ces négligences.
D'où venaient ces négligences? de la lâcheté, de rimmortification, du manque de Vagendo contra sensualitatem ; et de là, manque de courage pour lutter contre les rébellions intérieures. Si vis pacem para bellum. Ce n'est pas être un vrai compagnon de Jésus que d'être réduit à la défensive; le compagnon de Jésus attaque, il va en avant, agendo contra.
Il faut donc, pour me rendre compte de mes fautes, que je tienne compte aussi de l'afFai-
rieuse, dont il veut partager avec eux les fatigues et les triomphes.
I. Sed etiam agendo contra suam propriam sensualitatem et contra auum amorem carnalem et mundanum.
blissement des exercices spirituels et de ma lâcheté. Ces deux causes, au fond, n'en sont qu'une : j'ai mal prié parce que j'étais lâche, j'étais lâche parcjB j'avais mal prié.
J'ai pu revenir avec fruit sur la première semaine^ y sondant de nouveau ma conscience, excitant de nouveau ma contrition. J'ai mieux vu ce que la sensualité avait regagné sur moi, combien j'avais été peu prêtre, peu religieux, peu jésuite, non-seulement dans mes exercices de piété, mais dans mon emploi, dans mes rapports avec tant de personnes! Il y a du serpent dans chaque homme : que je sens bien le serpent en moi et les tortures de son venin I
J'ai éprouvé de la consolation de me mettre en esprit sous les pieds de tous. Je me suis figuré que, pour mes péchés, j'étais chassé de la compagnie de Jésus, dégradé du sacerdoce, excommunié des sacrements de l'Eglise, rejeté de la société des vivants, précipité au fond de
I. Oa sait que les exercices spirituels de saint Ignace sont divisé» en quatre semaines dont la première comprend la méditation des grandes vérités fondamentales : la fin de l'homme, le péché, l'enfer..., la seconde est consacrée aux mystères de la vie de Notre-Seigneur, la troisième à sa passion^ la quatrième enfin à la résurrection, à l'ascension...
ÏIETRAITE DE i85q.
Tenfer sons les pieds de Judas. Mais là, au lieu de maudire Dieu, je bénissais sa justice. Cette manière de demander pardon à Dieu m'a fait du bien.
La vue d'une image de Jésus délaissé m^a aussi aidé à la contrition. Que de fois le désir de la réparation a saisi mon cœur! Que de fois j'ai inspiré ce sentiment à d'autres âmes! Comment réparerais-je pour les autres, quand j'ai tant à réparer pour moi-même? Comment oserais-je me présenter à Jésus pour consoler son Cœur, quand il a reçu de moi tant de blessures? Il faut être pur pour être au nombre des âmes réparatrices*
J'ai senti un profond chagrin d'être si indigne d'offrir à Jésus quelques réparations.
A la méditation de la mort, j'aurais voulu mourir pour être délivré de moi-même, pour n'être plus en danger d'offenser Dieu et de manquer à mes serments.
Lâcheté dans ce sentiment, découragement, défiance de Dieu! Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive ; qu'il vive pour réparer, pour gagner des âmes, pour témoigner ainsi sa reconnaissance envers la divine miséricorde qui ne l'a pas
frappé, mais qu'il vive de la vraie vie, qu'il se convertisse vraiment.
Se convertir, c'est agir contre... agere contra.
Que de raisons de prendre cet agere contra pour devise, de le mettre dès maintenant en pratique !
Le souvenir du passé : l'oubli de ce principe explique presque toutes mes fautes.
Le besoin d'expier ma lâcheté et mon ingratitude.
Le besoin de sauver quelque chose du naufrage : — Déjà quinze ans de vie religieuse^ quinze ans à peu près perdus !
Tous mes engagements subsistent cependant, toutes mes promesses : nécessité de les tenir enfin!
Aussi bien, c'est ce mot agendo contra sen*sualitatem qui fait le vrai jésuite. On ^st d'autant plus jésuite qu'on le met mieux en pratique. C'est le résumé des exercices de saint Ignace.
C'est aussi le secret des saints. Comment sont-ils tous parvenus à la sainteté > agendo contra.,. — Quelle est la doctrine, la spiritualité de tous? La même, malgré toutes les différences de forme et de langage, agendo contra.
C'est ce qu'enseignait le B. Alphonse Rodriguez au B. Pierre Claver; ce que répétaient le vénérable père Balthazar Alvarez et tant d'autres. •*
Ils éprouvaient le besoin de répondre à l'amour de Notre-Seigneur pour eux. Et que n'a-t-il pas fait pour moi, que de violences il s'est imposées, que de tourments !
Cest la voie spéciale qu'il m'a tracée; je l'ai si bien reconnue durant mon troisième an^I La voie étroite, l'amour des humiliations et des croix, l'esprit de dévouement, le désir d'une union intime avec Jésus, comment arriver à tout cela sans Vagendo contra ?
Oui, agendo contra! Je saurais aller en avant et souârir pour un ami ou pour mon orgueil. Je ne le saurais pas pour Jésus !
Quelle contradiction, quelle hypocrisie seraitce donc pour moi, qui presse tant les autres d'aller dans cette voie..^
Et j'y soutiens des âmes généreuses dont l'exemple me fait rougir. Ne pourrais-je pas ce que peuvent de faibles femmes ?
1. Année d'exercices spirituels qui, dans la compagnie de Jésus, prépare aux derniers vœux.
Qu'il est petit le nombre de ces âmes ferventes ! Comment, Notre-Seigneur aura si peu d'amis dévoués, quand tant de malheureux se dévouent pour le diable à toutes les souffrances, et je ne serais pas de ce petit nombre des amis dévoués de Notre-Seigneur?
Aussi bien, je dois viser plus haut pour atteindre le but. Sans Vagendo contra je serai bientôt de nouveau vaincu par la sensualité.
Si vis pacem para bellum.
Si je n'ai pas le courage de Vagendo contra sensualitatem^amorem carnalem et mundanum^ il faut que je Taie contre ma raison, ma foi, mon cœur, mon salut, ma vocation, mon Dieu, les âmes... Donc , il faut choisir... contra sen-sualitatem.
Plus j'aurai cet esprit, plus je ferai de bien dans les âmes.
Plus je sentirai la joie surnaturelle en moi.
Plus aussi je ferai de progrès dans la vertu ; tantum... quantum^.
I. Allusion à cette maxime da livre de l'Imitation : Tantum proficies^ quantum tibi ipsi vim intuleris.
(L. I, c. XXV, de fervenii emendatione totius vitœ nostrœ,)
io KE'ÇRAITE DE x86o.
Enfin, n'est-ce pas ma dernière retraite?
Ma santé est mauvaise, et la fin plus prochaine que je ne pense , peut - être. Quel regr^et à la mort de n'avoir été qu'un ingrat et un lâche!
Il faut moins de temps que de courage pour faire un saint.
Donc, que je profite de cette lumière de Dieu , de cette impulsion intérieure , de ce mouvement décisif de la grâce — agendo contra.
Donc aussi, que j'unisse l'oraison à la mortification. — La nécessité de cette union est maintenant comprise.
« L'esprit de parfaite oraison ne se trouve point sans celui de la mortification*. »
La mortification précède l'oraison comme une disposition pour prier utilement. Elle raccompagne, comme arme défensive pour vaincre les répugnances et les difficultés qui s'ofi^rent en priant. Elle suit, comme un fruit auquel l'oraison incline pour exécuter les choses qu'elle désire.