‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 51 sur 174 · REPETITION DU REGNE · texte numérisé non relu

REPETITION DU REGNE

Comme un aigle sublime excitant ses aiglons, Jésus m'appelle à procurer la gloire de son Père.

C'est dans les bourgades de Galilée , là où sont les petits, les humbles, qu'il choisit les hérauts de la gloire de Dieu, des hommes qui ne cherchent pas leur propre gloire. — Grâce à demander : le zèle de sa gloire. Que je ne sois pas sourd... Je n'avais pas assez compris jusqu'ici quelle est ma fin, terminus ad quem! qu'à l'exemple de saint François Xavier, j'aie

désormais la passion de la gloire de Dieu.

Répondre avec empressement, c'est du bon sens , sanœ mentis ; mais bien plus , sentiment chevaleresque! — Comment! il m'appelle lui-même, il a besoin de moi... Quand même il n'y aurait pas de gloire pour moi, la sienne est en jeu... Principes pj^o victoria , milites pro principe... Voilà le chevalier tel que le Christianisme l'a fait. Mais ce temps est passé ! Non , non , ces sentiments restent dans une sphère plus haute.

Jésus, le Roi éternel, l'étendard de son Père à la main dit : Qâd majorem Dei gloriam! Il est venu pour la procurer, pour la restaurer, la venger. Seul il suffit à la tâche.

Cependant il m'appelle comme s'il avait besoin de moi ; il ne me rejette pas malgré mes infidélités... vase d'élection encore, et non d'ignominie.

Oui, la fidélité à ses commandements, voilà le tribut nécessaire dû à sa gloire : Diligens ad explendam sanctissimam voluntatem. Mais ce n'est pas assez : ad majorem Dei gloriam ! Quoi encore? Insignes fieri , me signaler d'autant plus que j'ai plus besoin de me venger de moi-même, de réparer mes torts, de prouver à

ii8 RETRAITE DE iSôj.

Jésus ma reconnaissance : C^d majorem Dei gloriam.

Cette idée de la gloire de Dieu me pénètre plus que jamais. — Non, rien au-dessus d'elle, rien de plus digne de mes efforts; elle est infiment bonne , puisque c'est le bien de Dieu même , le véritable objet de notre amour si nous aimons Dieu; car aimer, c'est vouloir du bien, et quel bien vouloir à Dieu, sinon sa gloire r> Il n'a besoin de rien. « Loue -moi donc », semble-t-il me dire... Tous les autres biens que nous pouvons offrir à Dieu sont renfermés nécessairement dans celui-là.

Que je sois donc enfin saisi, tourmenté de la pensée de rendre à Dieu sa gloire, d'augmenter sa gloire, de réparer, de propager sa gloire.

Que cette intention me domine en tout et toujours ;, qu'elle vivifie toutes mes actions , même les plus indifférentes, qu'elle soit nonseulement virtuelle, mais actuelle dans toutes mes actions; qu'elle passe avant tout, et que je cherche la gloire de Dieu seule et sans mélange, sans penser à ma propre gloire !

Mais comment procurer la gloire .de Dieu, et la plus grande gloire de Dieu? Par des actions éclatantes } — L'orgueil humain s'y

LA FIN : A. H. D. G. iit)

retrouverait, il es,t le plus grand obstacle à la gloire de Dieu.

Aussi voyons Jésus : Exinanivit semetipsum . . , humiliavit semetipsum^... Ah! je ne m'étonne plus qu'il écrive* sur sa bannière : Pauvreté, humiliations , souffi^ances ; sans doute, il veut par là expier notre amour des richesses, des plaisirs et des honneurs, mais aussi nous enseigner le grand moyen de procurer la gloire de Dieu, qui est de nous effacer nous-mêmes, de nous immoler^ de nous anéantir devant lui, de lui donner tout encore et toujours.

Comme ce sentiment, dans le monde, se retrouve même chez les courtisans : Biron disait à Henri IV : « Pas une de mes veines qui n'ait saigné pour vous. » — Et moi que je fasse ainsi pour Jésus; que j'aie l'amour de la pauvreté, des souffrances, des humiliations; que je pratique Vagendo contra, pour avoir ces humiliations , ces souffrances , cette pauvreté à offrir à Jésus.

Aussi bien, jamais je n'agirai ad majorem Dei gloriam, jamais je ne me distinguerai, insignis, si Ije ne suis point fidèle à cet agendo cou-

I. Il s'est anéanti, il s'est humilié lui-même. (Philip., ", 7-)

tra^ car la triple concupiscence, sensualitas, amor carnalis et mundanus , se relèvera et me vaincra comme avant... Jamais intention vraiment pure, souveraine, universelle de la gloire de Dieu sans cet agendo contra. Donc agendo contra, et par là, ad majorent Dei gloriam! Donc pauvreté, souffrance, humiliation ! à l'exemple de saint François Xavier... de saint Ignace...

O Jésus, pénétrez-moi des mêmes sentiments. Que désormais ce soit là ma devise, ma vie... que cet amour de votre gloire me soutienne partout et toujours ; qu'il ranime incessamment mon esprit de prière et de mortitication et mon zèle des âmes.

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