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dans les statuts des confréries, devait être particulièrement en lionneur ù A'aucelles, où la confrérie Saint-Michel avait remplacé toutes celles qui existaient autrefois. — Si notre bourgeois n'aimait pas à se déplacer, d'autres de ses concitoyens n'étaient pas de son avis : il note, en effet, en 161 1, l'odyssée de ces pèlerins qui partirent de Gaen pour aller à Saint-Jacques en Galice, et qui, en partant, firent vœu de réédifîer à leur retour la Croix Pleureuse, qui se trouvait à l'entrée du faubourg de \ aucelles, et avait été abattue par les huguenots. Cette croix, qui avait une origine assez obscure (1), « fust faicte refaire, nous dit-il, par des pèlerins qui alloient à Saint-Jacques en Gallice ; lesquels
firent vœu à Dieu tous ensemble, que sy c'étoit son ploisyr de leur faire la grâce de faire le voyage de Saint-Jacques, et de revenir à Gaen, en Xormendye, qu'ilz feraient refaire ladicte croix ». Revenus à Gaen, sains et saufs, ils réalisèrent leur vœu et firent rétablir la vieille croix. La cérémonie eut lieu le 5 mars 1611, avec tout l'éclat que comportait
Les pèlerins partaient avec bannières, trompettes, hérauts d'armes, généraux et capitaines. Celui qui, le premier, apercevait le ^lont, était nommé roi et prenait le commandement pendant le reste du voyage. L'abbé de Saint-Martin nous raconte qu'il fut honoré de cette dignité. Il reçut la couronne d'argent qu'il était dusage d'oflrir à cette occasion. Vers le milieu du XV!!!»; siècle, les pèlerinages au Monl se transformèrent et ne furent i)lus pratiqués que {lar les jeunes gens de basse naissance. La bourgeoisie ne s'y rendit que très rarement.
(1) M. de Bras parle d'une façon assez incertaine de cette croix qui se trouvait alors à l'extrémité de la rue de Vaucelles, aboutissant à l'entrée des plaines de Gormelles. Il soupçonne, nous dit Huet, qu'il se soit fait en ce lieu un assassinat et que les parents de celui qui y fut tué y iirent de grands pleurs et y bâtirent une croix qui fut ruinée par les prolestants. Il ne nous dit rien de l'origine fabuleuse de cette croix, qui est commune à Gaen; savoir quelle fui bâtie et ainsi nommée, en mémoire de ce que Matliilde, femme de (iuillaume le Conquérant, ayant été persuadée par le comte ilu Mans, de lui demander à son arrivée d'.\ugleterre le Iriliut des bâtards, ce prince, l>àtard lui-mènu», se sentant offensé de ces paroles, l'attacha par les clieveux à la queue de son cheval et la traina jusqu'au lieu où est cette croix (Huet: Origines, p. 115). M. l'abbé de la hue nous dit (jue la croix pleureuse est citée dans les registres des tabellions de l;?8;>.
une pareille fête. Le clergé de Saint-Pierre y assistait, et la croix fut dressée au chant des cantiques, en présence d'une foule considérable de bourgeois de la ville et des faubourgs. Simon Le Marchand s'y trouvait, car il termine sa note par ces mots : « ce que j'ai vu, ce jour, audict an 1611 ». — Cette croix a disparu depuis longtemps.
Ces pèlerins n'étaient effrayés, ni par la longueur de la route, ni par les difficultés de l'entreprise: la foi ardente, qui avait survécu aux Croisades, leur donnait des forces et une audace singulières. Les yeux fixés sur le but à atteindre, ils marchaient sans avoir souci des misères à supporter et des dangers que présentait leur passage à travers des contrées peu sûres. Qu'on ne s'étonne pas cependant de voir, à cette époque, entreprendre assez fréquemment de pareils voyages (1). Non seulement le clergé les' encourageait, mais encore on venait en aide aux pèlerins matériellement et moralement (2). Ces pèlerinages étaient prévus dans les règlements des confréries dont nous parlions plus haut. Dès 1445, nous voyons les statuts delà plus ancienne des confréries de Caen, celle de Saint-Eustache, de Notre- Dame de Froideriie, consacrer ini article aux pèlerins. Celle de Saint-Michel de Vaucelles, en 1446, disait expres-
(1) Dans le manuscrit 117, in-4*', de la Bil)liothèque de Gaen, manuscrit qui est de la main de Simon Le Marcliand, celui-ci a copié trois chansons de pèlerins de M' Saint-Jacques en Galice. Ces chansons, curieuses au point de vue des usages et des mœurs de l'époque, contiennent l'indication de l'itinéraire des voyageurs, ainsi que celle des villes et des monastères où ils s'arrêtaient (Manuscrit n" 117, in-4», p. 68 et s., Bibl. de Gaen) (V. Journal, p. 6).
(2) Quand les guerres privées ou générales interceptaient toutes les communications, quand toutes les relations semblaient suspendues, des troupes innombrables de voyageurs, sans autre défense (ju'un long bâton peint en rouge et quelques coquilles attachées au collet de leur habit, parcouraient en sûreté les diverses parties de la France et de l'Europe. Les pèlerins liaient entre elles toutes les contrées des États chnHiens (Monteil : Histoire des Français des divers États, le Pèlerinage de Saint-Jacques).
sémoiil: « Item, si aucun frère ou seur, veull aller en Jiiéi'usalem, à Home, ou à SainL-Jacques de Galice, il aura une messe basse en la ville ou faubourgs, ou il luy plaira eslire ». — Antérieurement, les statuts des tanneurs de Saint-Ouen de Yilers, au Bourg-l'Abbé, qui remontaient, croit-on, au XII" siècle, portaient une disposition analogue : « Item, il leur est ordonné que s'il y a aucun frère ou seur qui veuille aller en loinglaiu pèlerinage, c'est à savoir autrement à Home, ou à Saint-Jacque ; et aucun frère ou sccur, chacun de soy, sera tenu luy donner de ses biens largement et du moins 4 deniers, si eulx en demandent ; et l'huissier les doict cueillir, assembler et leur rendre et bailler ».
On voit combien ces pèlerinages étaient en honneur (1) et quels appuis leur prêtaient les confréries. On pouvait, du reste, en faire avec moins de frais et de fatigues, et, si notre chroniqueur n'est pas allé en Espagne, il s'est du moins rendu, avec sa paroisse, aux différents sanctuaires alors en vogue, Sainte-Basille de Couvert, Notre-Dame de Bayeux, La Délivrande, Sainte-Barbe en Auge (2), etc. On y allait en procession, curé et vicaires en tête, (( assistez des bourgeois en grand nombre, tant d'hommes que de femmes ». Le 28 juin 1613, notamment, dans un pèlerinage fait à Bayeux par la paroisse de Vaucelles, « nous étions, nous dit-il.
(1) Nous en trouvons la trace dans lo Livre des noms de quelques habitants de Caen, qui ont voyagé aux pais étra)igers, par l'abbé de Saint-Martin: volume rare que M. F. Engerand a réimprimé dans le tome XX du Bulletin de la Société des Antiquaires. Il y est dit notamment: « Le sieur Le Fèvre, de Saint-Jean, a esté plusieurs fois à Rome et à Saint-Jacques en Gallice, (jui est un pèlerinage fort eslimé en beaucoup de villes de France ».
(2) Le prieuré de Sainte-Barbe en Auge se nommait anciennement Saint- Martin d'Écajolet. Son dernier prieur fut Robert de la Mesnardiére, abbé de Sainte-Colombe, ([ui résigna ce prieuré aux Jésuites en l(i07. Ces derniers en prirent possession en 1(512 ; cette libéralité leur permit de fonder et d'installer leur collège.
par compte faict des bourgeois de Bayeux qui nous l'ont tesmoigné, viron huict cent personnes ».
Sainte Basille, dont il est question ici et dont le culte fut autrefois très répandu, était la patronne de l'église de Couvert, paroisse située dans le doyenné de Fontenay, canton de Balleroy, et maintenant réunie à Juaye-Mondaye. Le clergé du diocèse s'y rendait fréquemment, et M. l'abbé Laffetay, qui a traité spécialement le sujet qui nous occupe, cite même dans son étude le pèlerinage de Vaucelles, dont Simon Le Marcliand nous a conservé le souvenir.
Une tradition locale, qui a inspiré une nouvelle, insérée dans les Contes Tristes que Paul Delasalle publia vers 1842, veut que la sainte ait été martyrisée sur le territoire de la commune de Couvert. Sa tête coupée, nous dit la légende, rebondit sept fois sur le sol et fit jaillir sept sources limpides qui se distingueraient encore dans les herbes. L'office que l'on chantait, le jour de sa fête, la proclamait petite-fille de l'Empereur et la légende ajoutait que ce fut un centurion, du nom de Pompée, qui la fit mettre à mort. Pour sortir du merveilleux, nous dirons qu'en l'an 820, on retira des catacombes de Sainte-Basille, la sainte qui portait ce nom et qui devint, par la suite, la patronne de l'église de Couvert, dont la fête tombait le 20 mai (1).
A Caen même, les processions étaient fréquentes et importantes. Elles duraient souvent plusieurs jours et chaque paroisse et confrérie se rendait dans l'église de chacun des quartiers de la ville. Lors de la peste de 1619, qui éclata à Caen le 8 octobre, de grandes processions
(1) Les restes d'une autre sainte Basille, vénérée à l'Hôtel-Dieu de Bayeux, qui conserve ses reliques, furent envoyés par le pape Alexandre VII, à Mgr Servien, évêque de Bayeux, en 1658. Cette sainte Basilic, qu'il ne faut pas confondre avec la première, ainsi que l'a démontré l'alibé Lafletay, avait sa fête le 22 septembre.