‹ Journal de Simon Le Marchand, bourgeois de Caen, 1610-1693Chapitre 5 sur 14 · LI · texte numérisé non relu

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blissement du « sol pour livre » sur les cuirs : nous devons ajouter que celle énieule se raltachaii à des causes plus générales el ne se borna pas à (]aen. Le 13 août, le peuple pilla tous les meubles et abaltil la maison d'un sieur de La Porte (1), commissaire, ainsi que celle de Croisière, huissier, et d'Etienne Lenguignenr (2), autre commissaire, (jui ne sauvèrent leurs vies qu'en se réfugiant au château. La foule s'y porta et le commandant fut obligé de faire tirer sur les révoltés. Une jeune fille fut même tuée par un coup de mousquet, au moment où elle passait par la porte Saint- Julien. Les bourgeois prirent les armes, mais le calme fut loin d'être assuré.

Quinze jours après, nouvelle sédition. La maison d'un sieur Le Haguais, receveur des tailles, fut pillée et détruite ainsi que plusieurs autres dont Simon Le Marchand nous a conservé le détail. Il y eut bon nombre de tués et de blessés et cette insurrection qui se rattachait à celle des Nus-Pieds, dont souffrit une partie de la Normandie, avait pour chef, à Caen, un capitaine qui se faisait appeler Bras-nus, et qui prenait le titre de colonel de l armée souffrante . L'intervention de M. de Matignon remit un peu de tranquillité dans la ville ; mais il fallut cependant l'arrivée de M. de Gassion, le 23 novembre pour rétablir le bon ordre et la sécurité. Il était suivi, nous dit Simon

(1) Cette maison se trouvait dans la rue de l'Odon et ai)parlciiail à lalibaye de Mondaye. « Elle était, nous dit l'abbé de La Rue dans ses notes inanusoriles sur le livre des Oriçiines de Huet, à droite et à moitié de la rue, en. descendant à la grande rue Saint-Étienne. Elle fut rasée par le peuple en 1(589, parce qu'elle était habitée par des gens de tinance, si odieux à cette épo(iue La ville lut condamnée à rebâtir la maison de l'abbaye ».

Ajoutons qu'elle dut payer au sieur de La Poili', IVrmicr des droits sur les cuirs, pour pilleries, meubles, linges, bardes et autres oi)iels enlevés ou disparus, la somme de 14.1(X) livres.

(2) Les maisons des sieurs l.enguigneur el C-roisiére étaient situées au faubourg Saint-Julien.

Le Marchand, qui exagère (l), de 12.000 hommes, tant de pied que de cheval, qui furent logés dans la ville u et la cavallerye dans les fauxbourgs, dont mon frère Jacques et moy, nous en avions quatre à cinq chevaux, avec quatre serviteurs; lesquel/ furent 1 espace de quatorze jours à vivre à discrétion : et durant lequel temps, il nous en coustait plus de deux cent cinquante livres ». — On fut même obligé d'envoyer des troupes chez les gentilshommes primitivement exemptés, car l'argent manqua et beaucoup d'habitants ne purent nourrir les soldats qu'on dut leur retirer. Heureusement M. de Gassion quitta Gaen pour aller châtier les Avranchins, ce qui soulagea quelque peu les Caennais. La répression fut rude et sévère : le chancelier Séguier, envoyé en Normandie avec des pouvoirs illimités, ne ménagea pas la province. Gaen, moins maltraité comparativement, vit cependant suspendre son maire (2) et ses échevins : plusieurs révoltés furent pendus et étran-

(l) 11 avait seulement ô.WO hommes de pied et 800 chevaux.

("2) Le lieutenant général du bailliage de Gaen était alors J. Le Biais, sieur du Quesnay etde La Chapelle, dont il est parlé pages 137. 161, du J(mrnal. Il avait pris possession de sa charge le 18 avril 163ô, bien qu"à peine âgé de 20 ans. Il céda son office, après 18 ans d"exercice, à Gliarles Malherbe, qui fut installé le 13 mai 1653. La mesure de rigueur dont il fut l'oljjot, — simple blâme, car il fut rétabli le lendemain même, — n"eut aucune influence sur la considération dont il jouissait et il faut chercher d'autres motifs à la retraite qu'il prit jeune encore. Des discussions de préséance et d'attributions en furent la cause. On remarque, en effet, dans les comptes-rendus des registres de l'Hôtel de Ville, que, depuis le mois d'avril 1647, il y avait antagonisme déclaré entre M. du Quesnay et les échevins. Celui-ci ne siégeait plus avec eux et n'y reparut que peu de temps avant sa démission.

Il avait épousé, au mois de juillet 1640, M°'<^ Valentine Le Sens, veuve du sieur de Chaulieu-Bourget, trésorier de France. De beaucoup d'enfants, il ne survécut que deux lilles, et ce fut M""» de Saint-Sulpice qui recueillit son importante fortune. Il laissa, entre autres choses, une immense quantité de vaisselle d'or et d'argent, ainsi que de l'or et de l'argent monnayé, qu'il avait amassé depuis que les Anglais avaient voulu faire une descente sur nos côtes et qu'il avait eu la crainte d'être oljligé de s'expatrier.

glés ; un fjrand nombre furent <» mis à la cliaisne et envoyez aux gallères » ; de plus, la ville dul payer une indenmilé de 100.000 livres aux fermiers et une grosse contribution.

Cette dernière émeute et ses conséquences ôtèrent pour longtemps à nos concitoyens l'envie des manifestations de cette nature (1). On ne constate plus, dans notre Journal, que des mentions de supplices pour crimes ou fausse monnaie, voire même pour blasphèmes, — crime rendu fréquent par les querelles de religion. Nous voyons, en effet, qu'en 1659, le 19 juillet, un paroissien de Saint-Jean, le sieur Francoys Sellier, convaincu d'avoir « blasphémé le sainct nom de Dieu et dist des parolles exécrables contre la Vierge », fut condamné à faire amende honorable, une torche au poing, nu, en chemise, devant Tauditoire du présidial, le portail de Saint-Pierre et l'église de Notre-Dame de Froiderue ; a en chascun lieu demander pardon à Dieu, à la Vierge, au Roy et à la Justice ; et apprès, estre fustigey par trois jours de marché, la corde au col; et, le troisiesme jour, avoir la langue percée d'un fer chaud, estant attaché à un poteau. Et, en sa présence, son procez fust bruslé par le bourreau, affin d'oster la mémoire du crime par luy commis », — mémoire que Simon Le Marchand s'est empressé de nous conserver, avec plusieurs autres.

Il nous a conservé aussi le souvenir de divers faits de politique générale qui intéressent plus ou moins directement la province et la ville de Gaen, ainsi que certains événements tragiques qui se déroulèrent dans ses murs, tels que l'affaire du sieur de Heurtevent (2), chef d'une compagnie de

(1) Elles so renouvelùrcnt copondant on 171o. 171") et 173."), à cause de la cherté du blé.

(2) Philippe de Liée, l)aron de Heurtevent, était allié aux meilleures familles de la province. On lit dans le Mercure François de KllT, t. IV : « Le mardi, 21 mars, le baron de Heurtevan fut décapité à la Croix du Tirouër. Prés do

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