Essais (1588), liv. II, chap. v
Son envie de connaître l'Italie était donc bien naturelle. Il avouait une « faim extreme de voir » Venise. « Il disoit qu'il n'eust sçeu arrester ny à Rome, ny ailleurs en Italie en repos, sans avoir reconnu » cette ville!. Ce qu’il en admirait surtout, c'était « la liberté de la police ». « Il combattoit ceus qui lui comparoint la liberté de Rome à celle de Venise?. » On sait la prédilection de La Boëtie pour cette glorieuse république : « S’il eust eu à choisir, il eust mieux aymé estre nay à Venise qu'à Sarlac; et avec raison* ». Après un séjour d'une semaine à Venise, qu'il pensait « revoir à loisir », Montaigne se dirigea vers la patrie des Catons et des Scipionst. Pour la dernière traite il partit « trois heures avant le jour, tant il avoit envie de voir le pavé de Rome"! ». C'est à la capitale du monde et à « son sepulcre », qu'il consacre les plus belles pages, vraiment éloquentes, du /ourna?. Il ne se lassait pas d'en contempler les ruines, et dans son enthousiasme il employait tous ses « cinq sans de nature pour obtenir le titre de Citoyen Romein* ».
Ce long voyage une fois résolu, M"° de Montaigne ne pouvait guère s’y opposer. On lui faisait entendre « que l'amitié a les bras assez longs, pour se tenir et se joindre, d'un coin de monde à l’autre » ; « que la continuation de se voir, ne peut representer le plaisir que lon sent à se des-
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