‹ Journal de VoyageChapitre 129 sur 294 · N'oubliez pas le bulletin (de la Santé · texte numérisé non relu

N'oubliez pas le bulletin (de la Santé

4. Montaigne vit le Tasse à l'hôpital Sainte-Anne, où il était détenu depuis 1579. « Infinis esprits se treuvent ruinez par leur propre force et soupplesse. Quel sault vient de prendre de sa propre agitation et allegresse, le plus judicieux, le plus delicat, le plus formé à l'air de cette bien antique, naifve et pure poésie, qu'autre poéte Italien aye jamais esté? N'a-il pas dequoy sçavoir gré à cette sienne vivacité meurtriere? à cette clarté qui l'a aveuglé ? à cette exacte, et tendue apprehension de la raison, qui l'a mis sans raison? à la curieuse et laborieuse queste des sciences, qui l'a conduit à la bestise? à cette rare aptitude aux exercices de l'ame, qui l'a rendu sans exercice et sans ame? J'eus plus de despit encore que de compassion, de le voir à Ferrare en si piteux estat survivant à soy-mesmes, mescognoissant et soy et ses ouvrages ; lesquels sans son sçeu, et toutesfois à sa veué, on a mis en lumiere incorrigez et informes. » ÆEssats (1582), liv. II, chap. xu. Dans l'édition de 1588 et dans ses corrections postérieures, Montaigne

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Le judy matin nous en partimes et suivimes un pais plein et tres fertile, difficile aus jans de pied en tamps de fange, d'autant que le pais de Lombardie est fort gras, et puis les chemins etant fermés de fossés de tous costés, ils n'ont de quoy se guarantir de la boue à cartier‘ : de maniere que plusieurs du pais marchent à-tout ces petites echasses d'un demy pied de haut. Nous nous randismes au soir, d'une trete, à

BocLoxcxe, trante milles. Grande et belle ville plus grande et puplée de beaucoup que Ferrare. Au logis où nouslogeames, le june seigneur de Montluc y étoit arrivé une heure avant, venant de France, et s'arresta en Jadite ville pour l'escole des armes et des chevaus *.

atténue les louanges qu'il avait données au poëte : « l'un des plus judicieux, ingenicux et plus formés à l'air de cette antique et pure poësie, qu'autre poûte Italien aye de long temps esté. »

1. En s'écartant du chemin. « J'ayme les pluyes et les crotes comme les cannes. » Essais (1588), liv. III, chap. 1x.

2. Ce jeune seigneur de Monluc doit ètre Blaise de Monluc, petitfils et héritier du maréchal. Son père. Pierre-Bertrand, surnommé le capitaine Perot, fut tut en 1560 à Madère, après avoir pris la ville d'assaut: comme il s'était marié le 6 juillet 1563, son fils ainé pouvait avoir seize ans ct demi. Blaise de Monluc alla bientôt continuer ses exercices à Rome: il y fréquenta Montaigne, visita avec lui Ostie, et l'accompagna à son départ de Rome jusqu'à la premiére poste. Notre auteur sans doute ne manqua pas de faire lire au jeune homme l'émouvante page des Æssais, qui rapporte une confidence du maréchal, « entre ses autres regrets, le desplaisir et crevecœur qu'il sentoit de ne s'estre jamais communiqué » à « celuy de ses enfans, qui mourut en l'Isle de Maderes, brave Gentil-homme

la verité et de grande esperance». Essais (1580), liv. II, chap. vm. « Il laissa un filz fort jeune, dit Brantôme (t. IV, p. 42}, lequel n'a rien dégènéré en valeur au père: il l'a tousjours bien monstré partout où il s'est trouvé, despuis que fort jeune il a commancé à porter les armo», et pour sa fin en ce siège d'Ardres (1596), où, après avoir faici plus qu'un Casar en une saillie qu'il fit sur l'Espaignol, deffuct deux ou trois corps de garde, nettoyé une grand’ part des trenchces, et traisné quelques pièces dans le fossé, fut emporté

Le vendredv nous vismestirer des armes le Venitian qui se vante d'avoir trouvé des inventions nouvelles en cet art là, qui commandent à toutes les autres: come de vray, sa mode de tirer est en beaucoup de choses differante des communes. Le meilleur de ses escoliers estoit un June home de Bordeaus. nomé Binet!. Nous y vismes un clochier carré, antien, de tele structure, qui “ est tout pandant et samble menasser sa ruine *. Nous y vismes aussi les escoles des sciences, qui est le plus beau batimant que j'aye jamais veu pour ce service.

Le samedy apres disner nous vismes des Comediens, de quoy il se contenta fort, et y print, ou de quelque autre cause, une doleur de teste qu’il n'avoit santv il v avoit plusieurs ans; et si, en ce tems là, ildisoit se trouver en un indolence deses reins, plus pure qu'il n'avoit acoustumé il y avoit longtans, et Jouissoit d'un benefice

d'une canonnade. au moins ses deux cuisses; et mourut en telle opinion, qu'un chascun*a dict depuis que, luy vivant, la place ne pouvoit estre prise, comme despuis ell’ a estée fort aisément. »

1. Peut-être celui dont parle Brantôme, t. VI, p. 212 : « Il v a quelque temps que de Bourdeaux partit un filz de madame la présidente Poynet, qui s'appelloit Binct, et s'en alla voir le monde. Il pratiqua si bien les bandes cspaignolles, qu'il parloit la langue mieux que la sienne: et y est tellement parvenu que le roy d'lispaigne le cognoit et luy a baillé à Naples une compaignée de gens de picd : et se faict appeler Carlos de Villumor, ce m'a dict M. de Lanssac : et le roy d'Espaigne luy en parla estant en Espaigne, luy disant la nourriture dudict Binet ; mais avant il avoit este avec moy. Que c'est du noble François, qui est né à tout quand il veut! »

3. Peut-être faut-il lire : de bele structure, qui — ou bien : de tele structure, qu'il... — Mais au xvie siècle on écrit assez souvent qui pour qu'il.

3. La tour Garisenda, construite en 1110, haute de 49 m. 60, inclinée de 3 m. 04. À côté d'elle la tour Asinelli, plus vicille d’un an, est haute de 97 m. 61 et inclinée de 1 m. 23.

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