‹ Journal de VoyageChapitre 149 sur 294 · Demmage · texte numérisé non relu

Demmage

3. us det i Montagne et le jeune d'Estissaci le cardinal de Sens ect Neolas de Pellevté.

Ou dirait anjourd'hui: paraphrase,

apres que vous estes à table, on vous sert, à costé de ce quarré, une assiette d'arjant ou de terre, de laquelle vous vous servez. De tout ce qui se sert à table, le Tranchant en donne sur des assietes à ceus qui sont assis en ce rang-là, qui ne metent point la mein au plat, et ne met-on guicre la mein au plat du mestre. On servit aussi à M. de Montaigne, comme on faisoit ordineremant chés M. l'Ambassadur, quand il y mangeoit, à boire en cette façon : c’est qu’on lui presantoit un bassin d’arjant, sur lequel il y avoit un verre avec du vin et une petite bouteille de la mesure de celle où on met de l'ancre, pleine d'eau. Il prend le verre de la mein droite, et de la gauche cete bouteille, et verse autant qu'il lui plait d'eau dans son verre, et puis remet cete bouteille dans le bassin. Quand il boit, celui qui sert, lui presante ledit bassin au dessous du menton, et lui remet apres son verre dans ledict bassin. Cete cerimonie ne se faict qu'à un ou deux pour le plus au dessous du maistre. La table fut levée soudein apres les graces, et les chaises arrangées tout de suite le long d'un costé de la salle, où M. le Cardinal les fit soir apres lui. Il y survint deus homes d’Eglise, bien vetus, à tout je ne scay quels instrumans dans la mein, qui se mirent à genouil devant lui, et lui firent entendre je ne scay quel service qui se faisoit en quelque Eglise, il ne leur dit du tout rien : mais come ils se relevarent apres avoir parlé et s'en alloint,il leur tira un peu le bonnet. | Un peu apres il les mena dansson coche à la sale du Consistoire, où les Cardinaus s'assemblarent pour aller à Vespres. Le Pape y survint, et s'y revetit pour aller (aussi) à Vespres. Les Cardinaus ne se mirent point à genou à sa benediction, come faict le peuple, mais la receurent avec une grand inclination de la teste. Le troisieme de Janvier 1581, le Pape passa devant nostre fenestre : marchoint devant lui environ deus

çans chevaus de personnes de sa court de l’une et l'autre robbe. Aupres de lui estoit le Cardinal de Medicis qui l'entretenoit couvert, et le menoit disner chez lui. Le Pape avoit un chapeau rouge, son accoustremant blanc. et capuchon de velours rouge, come de coustume, monté sur une hacquenée blanche, harnachie de velours rouge, franges et passemant d'or. Il monte à cheval sans secours d’escuyer, et si court son Si an. De quinse en quinse pas, il donnoit sa benediction. Apres lui marchoint trois Cardinaus, et puis environ çaint homes d'armes, la lance sur la cuisse, armés de toutes pieces, sauf la teste. Il y avoit aussi une autre hacquenge de mesme parure, un mulet, un beau couisier blanc, et une lettiere qui le suivoint, et deus porie manteaus qui avoint à l'arson de la selle, des valises.

Ce mesime Jour, M. de Montaigne print de la terebentine, sans autre occasion, sinon qu'il estoit morfondu. et fit force sable aprés.

L'onsieme de janvier, au matin, come M. de Montaigie sortoit du logis à cheval pour aller in Banchi!, il rancontra qu'on sortoit de prison Catena, un fameus voicur, ct capitaine des banis, qui avoit tenu en creinte toute ltalie, et duquel il se contoit des murtres cnormes, et notammant de deus Capucins ausquels il avoit fait renier Dieu, prometant sur cete condition leur sauver la vie, et les avoit massacrés apres cela, sans aucune occasion, ny de commodité, ny de vanjance*. Il s'arresta pour voir ce spectacle. Outre la forme de France, ils font marcher devant le criminel un grand crucifix couvert d'un rideau noir, et à pied

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