‹ Journal de VoyageChapitre 16 sur 294 · MONTAIGNE AU SIÈGE DE LA FÈRE · texte numérisé non relu

MONTAIGNE AU SIÈGE DE LA FÈRE

« ... Nul d'entre nous ne se peut vanter, quelque voyage qu'il face à son souhait, qu'encore au départir de sa famille, et de ses amis, il ne se sente frissonner le courage : ct si les larmes ne luy en eschappent tout à faict, au moins metil le pied à l'estrié d’un visage morne et contristé!. » Telle fut sans doute l'attitude de notre voyageur, qui ne comptait pas revoir les siens avant deux ans, trois ans peut-être. Les retrouverait-il sains ct saufs ?

Pour le moment la guerre ne menaçait pas leur foyer. Elle semblait devoir s'éteindre bientôt : un tiers à peine des Réformés avait agréé la prise d'armes d'Henri de Navarre. Les environs demeuraient assez paisibles. Aubigné, qui croyait surprendre le château de Blaye, venait d'être repoussé par les habitants. le 17 juin*. Trois jours après, le maréchal de Biron ctait sorti de Bordeaux, allant rassembler ses troupes à Marmande. Bientôt maitre de la campagne, il escarmouchait aux portes de Nérac, où résidait la reine de Navarre, et il insultait ses murailles d'un coup de canon. Montaigne ne se souciait pas de servir dans cette armée, contre le Béarnais qui l'avait fait, lui aussi, gentilhomme de sa chambre. « ... Je vois chercher (la guerre) plus volontiers, disait-il, où elle est le plus esloingnee de mon voisinage”. » Il n'avait d’ailleurs en tète que son voyage, ct le chemin le plus sûr passait à Paris.

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