À chaque service
fort larges et rondes, et carrées, si qu'il est mal aysé d'y porter les plats. Ce valet dessert ayséemant ces plats tout d'un coup, et en sert! autres deux, jusques à six ou sept tels changemans. Car un plat ne se sert jamais que l'autre n'en soit hors; et quant aux assietes, comme ils veulent servir le fruit, ils servent au milieu de la table, apres que la viande est ostée, un panier de clisse? ou un grand plat de bois peint, dans lequel panier le plus apparent jete le premier son assiete et puis les autres : car en cela on observe fort le rang d'honneur. Le panier ce valet l'emporte ayséemant, et puis sert tout le fruit en deux plats, comme le reste, pesle mesle, et y meslent volentiers des rifors *, comme des poires cuites parmi le rosti. Entre autres choses, ils font grand honneur aus ecrevisses, eten servent un plat tousjours couvert par priviliege, et se les entrepresentent : ce qu'ils ne font guiere d'autre viande. Tout ce païs en est pourtant plein, et s'en sert à tous les jours, mais ils l'ont en delices. Ils ne donnent point à laver * à l'issue et à l'entrée ; chacun en va prandre à une petite eguiere attachée à un couin de la sale, comme ches nos moines. La pluspart servent des assietes de bois, voire et des pots de bois et vesseaux à pisser, et cela net et blanc ce qu'il [est] possible 5. Autres sur les assietes de bois y en ajoutent d’étain jusques au dernier service du fruit, où il n’en y a jamais que de bois. lls ne servent le bois que par coustume ; car là mesme où ils le servent ils donnent des gobelcts d'argent à boire, et en ont une quantité infinie.
. Edit. orig. : et on sert.
. D'osier.
. Raiforts, radis noirs.
. De l'eau pour se laver les mains.
Edit. erig, : ce qu'il possible. Corrigé par A. d'Ancona.
J da dd (P) -n
Ils netoyent et fourbissent exactement leurs meubles de bois, jusques aus planchiers des chambres. Leurs lits sont eslevés si hauts, que communéemant on y monte par degrés, et ont quasi par-tout des petits licts audessoubs des grands. Com'ils sont excellans ouvriers de fer, quasi toutes leurs broches se turnent par ressors Ou par moyen des poids, comme les horologes, ou bien par certenes voiles de bois de sapin larges et legieres qu’ils logent dans le tuïau de leurs cheminées, qui roulent d'une grande vitesse au vent de la fumée et de la vapeur du feu, et font aler le rost mollemant et longuemant: car ils assechissent un peu trop leur viande '. Ces molins à vent ne servent qu’aus grandes hostelleries où il y a grand feu, comme à Bade. Le mouvemant en est tres uni et tres constant. La pluspart des cheminées depuis la Lorrenne ne sont pas à nostre mode; ils eslevent des foyers au milieu ou couin d'une cuisine, et amployent quasi toute la largeur de cette cuisine au tuiau de la cheminée. C'est une grande ouverture de la largeur de sept ou huict pas en carré qui se va aboutissant? jusques au haut du logis. Cela leur donne espace de loger en un andret Jeur grand voile qui chez nous occuperoit tant de place en nos tuieaus, que le passage de la fumée en seroit empesché. Les moindres repas sont de trois ou quatre heures pour la longeur de ces services; et à la verité ils mangent aussi beaucoup moins hativement que nous et plus seinement*. Ils ont grande abon-
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1. a En toutes celles qui le peuvent souffrir, je les ayme peu cuittes. Et les ayme fort mortifiées : et jusques à l’alteration de la senteur, en plusieurs. Il n’y a que la dureté qui generalement me fasche... » Essais (1588), liv. III, chap. xnr.