‹ Journal de VoyageChapitre 7 sur 294 · Nouteaux Lundis (1802), t. II. Montaigne cn voyage · texte numérisé non relu

Nouteaux Lundis (1802), t. II. Montaigne cn voyage

son titre, ce sont les notes (en italien), pleines d’érudition et d'humour, extrémement copieuses, envahissant parfois toute la page. Elles comprennent une partie des notes de Meusnier de Querlon, et de nombreux passages des Essais qui éclairent ou complètent le /ourna/. Mais elles abondent surtout en renseignements de toute nature sur les villes et régions d'Italie visitées par Montaigne, et en citations souvent fort curieuses d'anciens voyageurs, chroniqueurs et écrivains. Naturellement il manque à cet ouvrage la traduction du texte italien de Montaigne. Il s'adresse particulièrement à des Italiens amateurs d'histoire locale.

Pour la présente édition je laisse de côté presque toutes les notes de Meusnier de Querlon, la plupart très sommaires, insignifiantes ou inexactes. J'emprunte à M. d'Ancona un assez grand nombre des siennes, ou plutôt l'essentiel de ces notes : de peur d’étouffer le récit de Montaigne j'ai dû négliger maint détail intéressant que les curieux trouveront dans l'édition italienne. Parmi les notes nouvelles, une partie a pour objet la restitution du texte ; d’autres expliquent les mots ou locutions que leur ancienneté rend obscures. Des notes assez longues sont consacrées aux personnages que notre voyageur a fréquentés. Je cite de préférence nos écrivains du xvi‘ siècle qui ont fait le voyage d'Italie : Commynes, Rabelais, Monluc, Joachim du Bellay, Brantôme. Le Courtisan de Castiglione, l'Apologie pour Hérodote d'Henri Estienne, les Mémoires de la reine Marguerite, la Satyre Menippée, les Journaux de l’Estoile, l'Histoire universelle d'Agrippa d'Aubigné, et surtout les Lettres de Paul de Foix, qui futnommé ambassadeur à Rome pendant le séjour de Montaigne, m'ont fourni beaucoup de renseignements. Le président de Brosses, ce Bourguignon pétillant d'esprit et de verve, magistrat et cavalier, curieux, érudit et amoureux de l'antiquité comme Montaigne, ne pouvait connaitre l'existence du Journal; il le confirme ou le contredit à l'occasion dans ses Lettres. Mais, comme c'est Montaigne lui-même que l’on cherchera ici, la meilleure et la plus sûre illustration de ces notes prises au jour le jour se trouve dans les Essaîs. J'en ai multiplié les passages, en indiquant la date de l’édition où

ils ont paru pour la première fois. Ainsi le lecteur discernera mieux l'état d'esprit du moraliste à la veille de son départ pour Rome, et le profit qu'il a retiré de ce long voyage, les idées nouvelles, les impressions et les souvenirs qu'il en a rapportés et dont il a voulu faire part au public.

« L'an du Christ 1571 et de son âge le trente-huitième, la veille des calendes de mars (28 février), au jour anniversaire de sa naissance, Michel de Montaigne, depuis longtemps dégoùté de la servitude des cours, et des charges publiques, se retirant plein de santé dans le giron des doctes Vierges, où calme et sans nul souci il franchira enfin ce peu qui lui reste d’une carrière dont il a parcouru déjà la plupart, souhaitant seulement que les destins lui donnent d'achever ces demeures et douces retraites héréditaires, il les a consacrées à sa liberté et tranquillité et loisir.» Ainsi parle l'inscription latine que Montaigne fit peindre dans le cabinet attenant à sa librairie, lorsqu'il renonça à l'ambition sur le conseil de ses bons amis du temps passé.

Cette librairie, située au second étage d’une tour isolée, était une retraite encore plus intime, le seul coin soustrait « à la communauté et conjugale et filiale et civile ». Notre philosophe y passait presque toutes ses journées, se plongeant dans de vastes lectures, ou feuilletant « à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pieces descousues! ». Puis il révait, il jouait avec sa chatte, il se promenait de long en large pour éveiller ses pensées, et, quand le dieu s'emparait de lui, il dictait fougueusement ses « songes », toutes sortes de réflexions entremélées de libres confidences qui composèrent péle-méle les deux premiers livres des Essais. Il peignait ainsi, à touches de plus en plus précises et indiscrètes, son portrait, ce portrait magique où chacun de nous croit se reconnaitre.

Or, moins de dix ans après la date de cette inscription, après ce vœu solennel de retraite et de repos, Montaigne

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