‹ Journal de VoyageChapitre 81 sur 294 · A leur gré · texte numérisé non relu

A leur gré

vemans on en puisse rien apercevoir : car ils se conduisent par l’espois! du mur et des portes, et soudein tout cela se referme avec un grand tintamarre. Apres le pont, il s'ouvre une grand’-porte, fort espesse, qui est de bois et renforcée de plusieurs grandes lames de fer. L'estrangier se trouve en une salle, et ne voit en tout son chemin nul à qui parler. Apres qu'il est là enfermé, on vient à lui ouvrir une autre pareille porte; il entre dans une seconde salle où il y a de la lumiere : là il treuve un vesseau d'airain qui pand en bas par une cheine; il met là l'argent qu'il doit pour son passage. Cet arjant se monte à mont par le portier : s'il n'est contant, il le laisse là tranper jusques au lendemein *; s'il est satisfait, selon la costume, il lui ouvre de meme façon encore une grosse porte pareille aus autres, qui se clot soudein qu'il est passé, et le voilà dans la ville. C'est une des plus artificielles choses qui se puisse voir; la Reine d'Angleterre * a envoié un Ambassadeur expres pour prier la Seigneurie de descouvrir l'usage de ces engins : ils disent qu'ils l'en refusarent. Sous ce portal, il y a une grande cave à loger cinq cens chevaus à couvert pour recevoir secours, ou envoier à la guerre sans le sceu du commun de la ville.

Au partir de là, nous alames voir l'eglise de Sainte- Croix qui est fort belle. Ils font là grand feste du miracle qui avint il y a pres de cent ans, qu'une fame n'aiant voulu avaler le corps de Notre Seigneur, et l'ayant osté de sa bouche et misdans une boite, enveloppé de cire, se confessa, et trouva-t-on le tout changé en cher : à quoy ils alleguent force tesmoin-

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