‹ Journal de VoyageChapitre 82 sur 294 · Élisabeth · texte numérisé non relu

Élisabeth

gnages, et est ce miracle escrit en plusieurs lieus en latin et en alemant. Ils montrent sous du cristal, cete cire, et puis un petit lopin de rougeur de cher. Cete eglise est couverte de cuivre, come la maison des Foulcres, et n'est pas Ià cela fort rare; l’eglise des Luteriens est tout joingnant cete-cy ; com'aussy ailleurs ils sont logés et se sont batis, come dans les cloitres des eglises Catholicques. A la porte de cete eglise, ils ont mis l’image de Notre-Dame tenant Jesus- Christ, avecques autres Saints et des enfans, et ce mot : Siuile parvulos ventre ad me, etc.

Il y avoit en nostre logis un engin de pieces de fer qui tomboint jusques au fons d’un puis fort profond à deus endrets, et puis par le haut un garçon branslant un certein instrument, et faisant hausser et baisser, deus ou trois‘pieds de haut, ces pieces de fer, elles alloint batant et pressant l’eau au fons de ce puis l'une apres l’autre, et poussant de leurs bombes l'eau, la contreingnent de rejallir par un canal de plomb qui la rand aus cuisines et partout où on en a besoin. Ils ont un blanchisseur gagé à repasser tout soudein ce qu'on a noircy en leurs parois. On y servoit des pastés et petits et grans, dans des vesseaus de terre de la coleur et entieremant de la forme d'une croute de pasté; il se passe peu de repas où on ne vous presante des dragées et boites de confitures ; lc pein le -plus excellant qu'il est possible; les vins bons, qui en cete nation sont plus souvent blancs; il n'en croit pas autour d'Augsbourg, et les font venir de cinq ou six journées de là. De çant florins que les hostes amploient en vin, la Republique en demande soixante, et moitié moins d'un autre home privé qui n'en achete que pour sa provision. Ils ont encore en plusieurs lieus la coutume de metre des parfums aus chambres et aus poiles.

La ville estoit premieremant toute Zvinglienne. Depuis, les Catholicques y estant rapelés, les Luteriens

prindrent l'autre place ; ils sont asture plus de Catholicques en authorité, et beaucoup moins en nombre. M. de Montaigne y visita aussi les Jesuites, et y en trouva de bien sçavans.

Mercredy matin 19 d'Octobre, nous y desjunames!. M. de Montaigne se pleignoit fort de partir, estant à une journée du Danube, sansle voir, et la ville d'Oulm, où il passe, et un bein à une demie journée au delà qui se nome Sourbronne?. C'est un bein, en plat pais, d'eau freche qu'on échauffe pour s'en servir à boire ou à beigner : ell'a quelque picqure au goust qui la rand agreable à boire, propre aus maus de teste et d'estomach ; un bein fameux et où on est tres magnifiquemant logé par loges fort bien accommodées, come à Bade, à ce qu'on nous dict : mais le tamps de l'hyver se avançoit fort, et puis ce chemin estoit tout au rebours du nostre, et eut fallu revenir encore sur nos pas à Auguste : et M. de Montaigne fuioit fort de repasser mesme chemin. Je laissai un escusson des armes de M. de Montaigne au devant de la porte du poile où il étoit logé, qui estoit fort bien peint, et me cota deux escus au peintre, et vint solds au menuisier. Elle est beignéc de la riviere de Lech, Lycus. Nous passames un tres-beau pais et fertile de bledset vinsmes" coucher à

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