‹ Journal de VoyageChapitre 9 sur 294 · Essais (1588), liv. III, chap. 1x · texte numérisé non relu

Essais (1588), liv. III, chap. 1x

merveilleux chef d'œuvre, et exemplaire, » que sa demeure fût restée « vierge de sang, et de sac, soubs un si long orage, tant de changemens et agitations voisines! ». Chaque jour il détestait ces brigandages. « Je vois, non une action, ou trois, ou cent, mais des mœurs, en usage commun et reçeu, si farouches, en inhumanité sur tout et desloyauté, qui est pour moy la pire espece des vices, que je n'ay point le courage de les concevoir sans horreur 2. » On n'est pas surpris de l'entendre, lorsqu'il voyage en Allemagne, se mutiner contre la France, et mépriser « son pais, qu'il avoit à haine et à contrecceur? ».

Sa santé, naguère « allegre et bouillante », ne l’inquiétait pas moins que les déchirements de sa patric. Il était « cheu tout à coup », à l'âge de 44 ou 45 ans’, « d'unctresdouce condition de vie, et tres-heureuse, à la plus douloureuse, et penible, qui se puisse imaginer ». Il se voyait « aux prises » avec la colique néphrélique, « la pire de toutes les maladies, la plus soudaine, la plus douloureuse, la plus mortelle, et la plus irremediable », maladie dont son père était mort « merveilleusement affligé d'une grosse pierre, qu'il avoit en la vessie ». Avant son voyage Montaigne en avait « desja essayé cinq ou six bien longs accez ct penibles ».

ll s'était rendu, pour la combattre, aux eaux des Pyrénées. « Je fus premierement à Aigues-Caudes, de celles la je n’en sentis nul effet, nulle purgation apparente : mais je fuz un an entier aprez en estre revenu sans aucun ressentiment de colique, pour laquelle j'y estoy allé. Dépuis je tus

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