‹ Journal de zoologieChapitre 114 sur 130 · SUR LES CÉPHALOPODES · texte numérisé non relu

SUR LES CÉPHALOPODES

«•to de ir. P. VISCHEB.

La théorie de révolution acceptée par un grand nombre de naturalistes, n'a trouvé jusqu'à présent que des adversaires singulièrement faibles en paléontologie et qui ne savaient opposer que des raisonnements à des rapprochements établis sur des faits constatés. Aussi n'ont-ils pu enrayer le mouvement général qui s'est produit en faveur de la doctrine transformiste.

M. Barrande a compris que, si jamais on arrivait à une so« lution en ces matières» on le devrait à l'étude des êtres fossiles qui ont paru les premiers sur notre globe« Après avoir publié sur la faune silurienne de Bohême une œuvre trèsétendue, qui a été pour les géologues une véritable révélation, il a abordé à la fin de ses recherches sur les Céphalopodes (1), la question ardue de l'évolution chez ces animaux. Disons tout de suite, que M. Barrande est un adversaire convaincu du transformisme et qu'il a produit en faveur de son opinion des documents d'une portée incontestable.

Le premier fait prédominant (suivant ses expressions) qu'il a

(1) Cipkalopodci. -* £tude$ généralet, cbap. XVII, XYIII, XIX (1877}.

420 p. FISCHRR.

mis en lumière, est celui-ci : les Mollusques céphalopodes n'ezistent sur les deux continents dans aucune des localités fossilifères où Ton a reconnu la faune primordiale silurienne, caractérisée paléontologiquement par la présence de Trilobites, de Pléropodes et de Brachiopodes.

Le deuxième fait est Tapparilion soudaine de douze types génériques de Céphalopodes, à Vorigine de la f^une seconde silurienne. Ce fait, de nature positive, contraste avec le fait négatif de l'absence des Céphalopodes dans la faune primordiale.

En présence de ces deux faits, M. Barrande conclut qu'il y a eu une création au commencement de la faune seconde. On ne peut pas faire dériver ces Céphalopodes, dont les caractères attestent un état de perfection absolu (puisque les Nautiles de celte période ne difièrent presque pas des Nautiles actuels), des Mollusques Pléropodes, pas plus que des Brachiopodes ou des Trilobiles de la faune primordiale.

C'est alors qu'intervient la fameuse objection Darwinienne : « insuffisance des documents géologiques, » et pour la réfuter, M. Barrande est obligé de discuter Thypothèse d'une faune perdue entre la faune primordiale et la faune seconde silurienne ; dans celle faune auraient vécu les ancêtres des douze types génériques et des cent-soixante-cinq formes spécifiques de Céphalopodes qui paraissent au début de la faune seconde.

En admettant la réalité de cette faune intermédiaire, on ne fait que déplacer la difficulté ; car il reste établi que la faune primordiale est dépourvue de traces de Céphalopodes. D'où proviendraient donc les Céphalopodes de la faune perdue?

Mais M. Barrande ne s'est pas borné à étayer l'hypothèse d'une création des Nautilidés, il croit pouvoir démontrer que les Goniatites ont été créés sans aucune relation de descendance ou de filiation avec les Nautiles.

TRAVAUX DE M. BARBANDE. &21

Le type Goniatite a toujours été considéré par les évolutionistes comme une transition naturelle entre les Céphalopodes à cloisons très-simples (Nautilus) et les Céphalopodes à cloisons découpées [Ammonites] ; d'ailleurs, Vapparition des Goniatites, qui est chronologiquement intermédiaire entre celle des Nau-* tiles et des Ammonites, semble donner un appui solide à cette manière de voir.

Pour démontrer l'extrême différence qui eiiste entre un Nautile et un Goniatite» M. Barrande a recours à Tembryogénie, ou plutôt aux caractères du test initial de ces deux genres.

L'étude de la coquille initiale des Céphalopodes, quoique commencée depuis longtemps, et illustrée par les observations de MM. de Koninck, Sandberger, Ooster , Barrande , etc., a acquis une grande importance après la* publication du Mémoire de M. Alpheus Hyatt [Fossiîs Cephahpoda ofthe Muséum of comparMive Zoology, 1872), et d'une Note intéressante de H. Munier-Chalmas, parue en 1873.

M. Hyatt a démontré que, chez le Nautilus pompilius, la loge initiale porte une cicatrice allongée, presque linéaire, entourée d'une surface elliptique, légèrement déprimée. Il suppose que l'œuf ou l'oyisac a dû s'attacher au pourtour de la surface elliptique et que )a cicatrice est le vestige d'une ouverture qui mettait en communication cet ovisac avec la première loge aérienne de la coquille, mais il n'a jamais vu le prétendu ovisac des NautUid^, et il le restitue hypothétiquement. Pour lui, les Nautiles sont des Céphalopodes qui se tronquent et qui perdent leur ovisac.

Chez les Ammonites et chez les Goniatites, toute autre est la disposition initiale. L'ovisac est parfaitement visible, globuleux ou ellipsoïdal, plus dilaté que la partie contiguë de la spire cloisonnée. Pas d'apparence d'une cicatrice.

Il suffit, par conséquent, de dégager les premières loges

M3 p. FISCHER.

d'on Céphalopode pour le classer parmi les Nautilidés d'une part ou les Âmmouitidés et les Goniatidés d'autre part.

M. Barrande démontre aisément que la disposition normale de Tapex du Nautilus pompHius^ se retrouve sans changement chez les Nautiles des terrains de transition, des terrains secondaires et des terrains tertiaires. Le type Nautilm n'a donc pas Tarie dans ses éléments embryonnaires. Il ne s'est pas perfectionné, il a conservé les mêmes caractères. Je dois dire cependant que la cicatrice n'est pas toujours visible sur la calotte initiale de tous les Nautilidés ; il se peut (d'après M. Barrande) qu'elle ait disparu par suite de Tépaississement du test, et, lorsque le Mollusque a fermé complètement la fissure. Quant & l'usage de cette fissure, M. Barrande suppose qu'elle mettait BU rapport le Mollusque contenu dans la loge initiale avec un organe transitoire, soit une vésicule vitelline (ce qui me parait inadmissible], soit une vessie natatoire, soit un viscère indé-* terminé.

Dès que les Goniatidas et les Ammonitidas se montrent dans les couches stratifiées, ils ont tous un ovisac typique qu'ils conservent jusqu'à leur extinction dans les mers anciennes. Il n'est pas possible, dans ce cas, de faire dériver les Goniatites ou les Ammonites des iVauti/ûIâ?, comme le supposent les partisans du transformisme ; on aurait eu alors des modifica*^ tions daùs la structure de la calotte initiale, qui aurait montré une disposition intermédiaire entre le type Nautile et le type Goniatite.

Si les conclusions de H. Barrande sont acceptées, elles auront une très-grande portée au sujet des affinités des Goniatites et des Ammonites avec les autres Céphalopodes, spécialement avec ceux qui vivent encore et dont nous connaissons la forme extérieure et l'anatomie.

On séparera alors, comme l'a proposé, le premier, M. Hunier-

Page 1