‹ Journal de zoologieChapitre 27 sur 130 · CHEZ LE TÊTARD · texte numérisé non relu

CHEZ LE TÊTARD

DU BOMBINATOR IGNEUS ;

m. Femandl IjATASTE (1).

On sait que les Têtards de la plupart de nos espèces de Batraciens anoures rejettent Teau qui a baigné leurs branchies par on orifice unique et dissymétrique^ le spiraculum, situé sur le côté gauche, à peu près au niveau de la ligne de séparation entre la tète et le corps. Roësel a fort bien vu le spiraculum, et l'a représenté chez les Grenouilles, la Rainette, le Pélobate, les Crapauds, en un mot chez toutes les espèces qu'il a étudiées, le Sonneur excepté; il se contente de dire que le Têtard de ce dernier est semblable aux autres.

Je dus examiner les choses de près, quand je voulus, dans ma Faune herpétologique de la Gironde, décrire spécifiquement nos différentes formes de Têtards. Mon attention se porta de préférence sur les espèces que Roësel n'avait pas connues, et je m'aperçus alors que les larves de deux d'entr' elles, TAlyte et le Péiodyte, n'avaient pas le spiraculum situé sur le

(1) Jcki 4ê la Société Htméeme âe Borde<mx, t. XXXI, 2« liv. ; 1876.

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côté gauche, mais bien sur la face inférieure et sur la ligne médiane du corps, au niveau du cœur. Xe me servis de ce caractère pour diviser nos Têtards en deux groupes principaux dans le tableau dichotomique placé à la page 212 de ma Faune.

Plus tard, mon ami et collègue M. Benoist, qiii s'était chargé de l'exécution de mes planches, me soumit ses dessins. Chez le Sonneur, comme chez l'Âlyte et le Pélodyte, il avait indiqué un spiraculum inférieur et médian. Xe crus à une erreur de sa part, et une vérification immédiate m'étant impossible (j'habitais Paris et ma collection était à Cadillac], je lui écrivis de vouloir bieji rectifier son dessin. Xe m'étais néanmoins promis de revoir la chose à la première occasion.

C'est ce que j'ai fait tout récemment; j'ai dû reconnaître alors que le dessinateur avait raison. Trop de confiance dans mes prédécesseurs m'avait entraîné à un examen trop rapide.

Ainsi, parmi nos 9 espèces de Têtards girondins, et même parmi nos 14 espèces européennes (sauf peut*-être le Discoglossm pitcus), trois ont le spiraculum situé sur la ligne médiane et inférieure du corps.

On sait qu'en zootaxie un caractère a d'autant plus d'importance qu'il affecte un animal plus jeune; et cela s'explique naturellement dans la théorie transformiste, puisque, plus une différentiation est précoce» plus elle indique une origine commune éloignée. Aussi me parait-il que la position de l'orifice branchial chez les Têtards des Batraciens anoures devra être prise en très-sérieuse considération dans la classification de ce groupe de Vertébrés.

Et la position primitive du spiraculum n'est probalement pas, comme on pourrait le supposer au premier abord, la position impaire et symétrique que l'on remarque chez la larve de l'Alyte, du Sonneur, du Pélodyte. Les embryons de tous les Vertébrés, notamment les Têtards de tous les anoures

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quand ils sont plus jeunes^ alors qu'ils ont encore des branchies eiternes et même un peu après, ont d'abord des fentes branchiales symétriques et latérales. Plus tard, la fente branchiale droite se referme, et le spiraculum devient impair et dissymétrique (1). Pour arriver au spiraculum impair et symétrique, il aura fallu que la fente gauche se refermât après ou en même temps que la droite, et qu'il s'ouvrit simultanément un nouvel orifice au-dessous du corps. Il sera intéressant d'observer le fait, et je me propose de le tenter à la première occasion.

Jusqu'à présent, je croyais avoir été le premier à constater l'existence d'un spiraculum inférieur et médian chez des Têtards d'anoures. Toujours est-il que M. Huxley» dans le passage que je cite, parait loin de soupçonner la chose. Mais je viens de trouver dans la Faune des Vertébrés de la Suisse par Fatio (2), la phrase suivante :

« ... L'eau pénétrait alors dans la bouche et ressortait, comme chez les poissons, par des fentes disposées au-dessous OQ sur les côtés du tronc... »

Dans tout le volume, pas plus aux généralités qu'aux descriptions d'espèces, il n'est fait aucune autre allusion à la possibilité d'une fente branchiale inférieure chez les .Têtards; et j'avais d'abord laissé passer inaperçu ce mot aurdessous^ qui n'est nullement souligné dans le texte. Xe n'ai d'ailleurs trouvé rien de plus à ce sujet dans les différents auteurs que j'ai eu jusqu'à ce jour entre les mains. Néanmoins ce mot me laisse, sur mes droits à la priorité dans cette petite découverte, des

(1] M. Haxley s'exprime ainsi à cet égard :

« L'excroissance correspondante de la peau est développée chez les Têtards des Batraciens et s*étend en arrière au-dessus des branchies. Ses bords postérienis, d'abord libres, s'unissent ensuite avec la peau du corps derrière les lentes branchiales ; l'union complète a lieu bien plus t&t du cftté droit que du côté gauche. » [Bl^, d'anai, comp, des /in. veriébréi.)

n LEMOINB ET PAUL GËRYÀIS.

doutes que je conserverai jusqu'à ce que j'ai fait quelques recherches bibliographiques, impossibles à Bordeaux.

Quoi qu'il en soit, j'aurai nettement indiqué chez quelles espèces le spiraculum est à gauche, chez lesquelles il est médian; et relevé, ce qui était le but principal de cette note, une erreur que j'avais laissé se glisser dans ma Faune. C'est là une tâche désagréable ; mais il vaut toujours mieux la remplir soimême que l'abandonner à autrui.

ENUMÉRATION

DE

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