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LE MODE DE PLACENTATION

DE L'ORYGTÉBOPE ;

PAR

H. HT. arij»VEift (i).

La seule observation qu'on ait faite» à ma connaissance, sur le Pla* centa de VOryctérope, est due au professeur Huxley qui, dans son Introduction à la classification, donne le placenta de ce genre comme étant discoïde et du groupe des déciduates. Cette observation a été faite sur un exemplaire conservé dans le musée du Collège Royal des Chirurgiens de Londres.

J'étais très-désireux, ayant entrepris des recherches sur i'Ânatomie comparée du placenta, d'examiner par moi-même ce même organe chez cet animal lorsque M. Flower eut Textréme obligeance de mettre à ma disposition deux exemplaires qui se trouvaient au Collège des Chirurgiens. Gomme je voulais avant tout être certain que ces pièces appartenaient réellement à TOryctérope, M. Flower a bien voulu me donner à cet égard les renseignements suivants : Les viscères de ranimai en question étaient déjà parvenus au musée, en 484^9 lorsque le catalogue du musée fut imprimé. Le vase dans lequel ils étaient renfermés, portait la mention : « Oryctérope^ viscères, deux fœtus, membranes et placenta en place. » Les parties conservées étaient une langue» une trachée et les viscères thoraciques et abdominaux, appartenant sans le moindre doute à une femelle d*Oryctérope. Avec ces différentes pièces se trouvaient deux fœtus bien développés et d'une taille considérable. L'un d'eux mesurait dix-neuf pouces, du museau à l'extrémité de la queue» et quatorze pouces, du museau à la racine de la queue. L'autre

(1) 0» ihe pîaeewiaiion ofihe Cape AfU-eater [Journal of Anai. and phy^ tioLj t. X). — Tjraduclion de H. R. fioulart. JouftHAL ]>B Zoologie. — T. YL 4877* 7

donnait vingt pouces pour la première mesure et quatorze pouces pour Tautre. Les placentas de ces fœtus étaient renfermés dans un organe qui pouvait être Tutérus entier, ou simplement une partie de cet utérus. Tous deux étaient-ils d*une même mère ou de deux mères différentes? La description détaillée que je vais donner montrera, je Fespère, que chacun provenait d'une mère différente et que j'ai eu sous les yeux deux utérus. A chacun d'eux était en effet attaché un tube de Fallope et un ovaire ; un de ces organes présentait en outre une corne utérine non développée, et sans produit.

Dans Tun des deux utérus que j'appellerai a, on reconnaissait facilement que Vutérus était bicorne» La corne droite était fortement distendue et contenait le placenta ainsi que les membranes. Sa longueur était de sept pouces et demi ; mais comme elle avait été sectionnée en travers au-dessus du museau de tanche et qu'une certaine partie en avait été retranchée, on peut hardiment supposer qu'elle était de trois ou quatre pouces plus longue. Au cAté gauche de la même corne étaient attachés l'ovaire et son ligament, le tube de Fallope, le ligament large, et le ligament rond. La corne gauche du même utérus était peu développée et les membranes fœtales ne se prolongeaient pas dans son intérieur. Sa partie antérieure était fusiforme et faisait saillie sur le côté postérieur de la corne fécondée. Sa longueur n'était que d'un pouce et trois dixièmes, tandis que sa circonférence, dans sa portion la plus large, mesurait un pouce et quatre dixièmes. Elle était entourée, comme la corne droite, par un repli du péritoine, mais le ligament large, )e ligament rond, l'ovaire et le tube de Fallope en avaient été malheureusement séparés. Ces deux cornes étaient réunies dans leur partie postérieure sur un trajet d'un pouce environ et elles étaient renfermées dans une envel(4)pe commune fournie par le péritoine. Leurs cavités étaient séparées l'une de l'autre par une cloison distincte et s'ouvraient probablement dans le vagin, comme l'a décrit Rapp chez l'Oryctérope non gravide, par deux ouvertures indépendantes.

La corne droite avait été sectionnée longitudinalement sur sa partie postérieure et le chorion ainsi que le placenta ayant été également coupés, le fœtus en avait été retiré. Le placenta était disposé sur une large zone autour du diamètre transversal de la corne. Un vide existait dans toute la largeur de cette zone, le long d'une ligne qui correspondait au bord libre de la corne. Ce vide variait en largueur de sept dixièmes de pouce à un pouce. Dans cette partie la surface externe du chorion

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n'était pas villeuse et correspondait à une portion lisse de la muqueuse utérine. Entre ces deux membranes existait un petit espace en forme de poche. Ce manque de continuité de la zone placentaire ressemble à une àsposilion particulière que Bischoff a décrite dans la Fouine et dans la Marte. Il m'est impossible de dire si cette poche contenait» comme Bischoff Ta trouvé chez la Marte, du sang extravasé.

Le }dacenta, de forme zonaire, avait une largeur presque uniforme de cinq pouces. Un des pâles non placentaires du chorion s'étendait de son bord inférieur sur une longueur de deux pouces vers Touverture de l'utérus. L'autre pôle passait du bord supérieur du placenta et avec une semblable longueur, dans le fond de la corne. La zone du chorion était iûtimement unie à une zone correspondante de la muqueuse utérine, mais les bords supérieur et inférieur du placenta n'étaient pas assujettis à la paroi utérine. Us étaient recouverts sur une largeur variant d'un demi-pouce à un pouce, par un prolongement de la muqueuse de Tatérus qui se réfléchissait sur eux ; mais cette caduque réfléchie ne s'étendait pas sur la partie non placentaire du chorion. La disposition de la muqueuse sur les bords du placenta a une grande analogie avec ce que j'ai vu sur le bord du placenta zonaire du Phoque (4).

Le second utérus que j'appellerai by ne montrait que la corne gauche; celle-ci fécondée et mesurant onze pouces. Le fond, le centre et la partie supérieure de cette corne étaient bien conservés; mais les attaches vaginales manquaient malheureusement. Un tube de Faliope grêle, entouré par un repli péri tonéal s'ouvrait dans cette corne à environ deux pouces de la partie terminale du fond. On voyait aussi l'ovaire et son ligament ainsi que le ligament long et le ligament large. En ouvrant cette corne dans le but d'en retirer le fœtus, le placenta avait été sectionné et selon toute apparence une certaine quantité de sa substance avait été enlevée. Le placenta formait une zone de cinq poaces et demi de large, disposée transversalement autour du grand axe de la corne. Ce fond dilaté de la corne s'étendait de trois pouces au delà du bord supérieur du placenta et logeait un des pôles non placentaires du chorion. A l'extrémité opposée, la corne diminuait rapidement de volume et prenait la forme d'un tube, ayant un demi-pouce de diamètre, qui avait été divisé avant que la pièce ne m'eût été confiée, mais qui avait dû établir la communication de cette corne avec le vagin.

(!) VHaUclunuê gnfphut (Voir Journal i» Zool., t. V, p. 205).

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L'autre p61e non placentaire du chorion s'étendait sur une longueur de deux pouces à partir du bord du placenta dans cette partie de la corne. La membrane muqueuse se réfléchissait sur les bords supérieur et inférieur du placenta, comme nous l'avons déjà décrit pour le sujet désigné par la lettre a. La bande réfléchie sur le bord inférieur mesurait un pouce de largeur, tandis que celle réfléchie sur le bord supérieur n'avait plus qu'un quart de pouce de large. Je n'ai pas vu, chez cet exemplaire, le vide dans la zone placentaire dont j'ai parlé plus haut ; mais il est possible que la partie qui avait été enlevée au placenta l'ait renfermé.

De l'examen de ces deux placentas, il ressort que cet organe est zonaire chez rOryctérope. La proportion du chorion et de l'utérus occupée par la zone est cependant beaucoup plus grande que dans les Carnivores, les Pinnipèdes, le Daman et l'Eléphant. Dans la Chienne et le Chat, le chorion à l'époque de la parturition a une largeur de sept à huit pouces,ffîais la zone placentaire ne dépasse pas en diamètre d'un pouce et demi à un pouce trois-quarts. Chez un Renard, qui n'était pas arrivé au terme de la gestation, j'ai trouvé qu'un chorion de cinq pouces de long correspondait à un placenta d'un pouce de diamètre : chez le Phoque, le chorion de trois pieds de long correspondait à un placenta dont le diamètre variait entre quatre et neuf pouces. Chez le Daman, le chorion mesure trois pouces et demi de long; tandis que la largeur du placenta varie entre un quart de pouce et un demi-pouce. Chez un Éléphant arrivé à moitié de la durée de la gestation, le professeur Owen attribue au chorion une longueur de deux pieds et six pouces et au placenta, qui est zonaire chez cet animal, une largeur de trois à cinq pouces.

Chez rOryctérope, le chorion de l'exemplaire i, qui mesurait dix pouces et demi en longueur, correspondait à un placenta ayant cinq pouces et demi de large ; tandis que le chorion du sujet a, dont la longueur était de huit pouces, était en rapport avec un placenta de cinq pouces de large. La moitié^ ou un peu plus de la moitié, du dianiètre longitudinal du chorion est donc occupée par le placenta et on peut dire que cet organe est largement zonaire.

La surface interne ou libre du placenta présentait chez les deux fœtus des circonvolutions analogues, comme disposition générale, bien qu'un peu plus petites, à celles de la face correspondante du placenta du Phoque. La largeur des plus grandes de ces circonvolutions était de

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huit dixiëmes de ponce et celle des plus petites de deax dixièmes de pouce: Le cordon ombilical présentait dans le sujet a une longueur de vingt-sept pouces et demi et se bifurquait à quatre pouces et demi du placenta, tandis que, dans le sujet (, il était plus court et se bifurquait à sept pouces du placenta. Une injection bleue fut poussée dans les vaisseaux ombilicaux et, malgré le long séjour de ces pièces dans Talcool, cette injection pénétra dans les ramifications de la surface interne du placenta. Une section, pratiquée à travers le cordon, a montré qu'il était formé de deux artères^ de deux veines et d*un tube grêle central. Ce tobe était sans aucun doute le reste de Tallantoïde, dont un prolongement en forme d'entonnoir se voyait à Tangle de bifurcation des deux moitiés du cordon. Le cordon était entouré par Tamuios qui se continaait sur les branches de bifurcation dans la surface interne du pla* cènla. Attachés à cette surface se voyaient plusieurs larges plis d'une membrane translucide qui se continuaient avec le prolongement de l'allantoïde, dont nous venons de parler. La section des membranes, qui avait été opérée pour isoler le fœtus, m'a empêché de me rendre un compte exact de la disposition respective de l'amnios et de l'allantoïde. Je crois cependant que l'allantoïde recouvrait la plus grande partie, sinon la superficie toute entière de la surface interne du placenta et que l'amnios était séparé du placenta par le sac de l'allantoide. On distinguait parfaitement les ramifications de très-fins vaisseaux. Je n'ai pu obtenir la preuve certaine de la présence d'une vésicule ombilicale.

Les vaisseaux ombilicaux ne sont pas limités dans leur distribution à la partie placentaire du chorion, mais donnent des branches qui se divisent et se subdivisent, dans leur trajet, vers les pôles non placentaires. Parfois les plus fines ramifications forment des plexus capillaires. Il est, par suite, probable qu'il existe chez l'Oryctérope un plexus capillaire compact, qui se distribue conmie chez les Carnivores et les Pinnipèdes dans les parties non placentaires du chorion.

La surface externe du chorion adhérait à la paroi utérine et présentait des fissures et des circonvolutions assez semblables à celles de la surface interne, mais moins distinctes. Je pensai tout d'abord que, en isolant le placenta, on avait laissé sur la zone placentaire de l'utérus une forte portion de la muqueuse et que cet organe n'avait entraîné avec lui que les prolongements intra-placentaires de cette muqueuse. J'examinai donc au microscope la surface à découvert dans l'espoir de trouver le revêtement épithélial, revêtement que j'avais parfaitement vu chez la

Chienne, le Renard et le Phoque, animaux chez lesquels le placenta, dans sa séparation, laisse sur la zone placentaire une certaine portion de muqueuse ; mais je n'observai rien de semblable. La partie mise à nue consistait* en effet, en tissu connectif vasculaire, ressemblant à la couche sous-muqueuse et ne présentait pas la couche épithéliale qu*eût présentée la muqueuse. Il était donc évident que, en arrachant le placenta j'avais enlevé avec le chorion le revêtement muqueux de la zone placentaire de Tutérus.

J'examinai alors le placenta et j'essayai de séparer le chorion de la muqueuse utérine dans le placenta 6. J'obtins aisément cette séparation, mais cependant moins facilement que chez la Jument, la Truie ou les Cétacés. Dans le placenta a, le chorion et la muqueuse utérine étaient plus intimement unis, de telle sorte que je ne pq^ obtenir artificiellement leur séparation.

Le spécimen 6 m'a donc permis d'étudier la structure du chorion et de la muqueuse utérine. La portion placentaire du chorion présentait une surface veloutée et villeuse qui ressemblait à l'œil nu au chorion villeux de la Jument et des Cétacés. Les villosités étaient, pour la plupart, placées sur les saillies sinueuses du chorion qui marchaient dans certains points parallèlement les unes aux autres et s'anastomosaient dans d'autres, de manière à former un réticule. Ces saillies, loin d'être . serrées les unes contre les autres, étaient au contraire séparées par des intervalles bien marqués. Les parties du chorion situées entre les bases des saillies, donnaient naissance à des touffes de villosités qui rompaient la continuité de la surface villeuse. Ces villosités, ainsi que celles qui prenaient leur origine sur les saillies du chorion, se divisaient en nombreuses petites branches dont la plus grande partie avaient leur extrémité tronquée; mais dont quelques-unes présentaient la forme de courts filaments.

L'aspect velouté propre à la surface était dû à ces petites villosités. Comparées à celles de la Jument et des Cétacés, les villosités de rOryctérope semblent être répandues d'une manière plus uniforme sur l'aire placentaire du chorion et ne paraissent pas disposées en touffes sur certains points. Il ne m'a pas semblé non plus qu'il existât des parties intermédiaires dépourvues de villosités, ou n'en présentant que de simples et courtes, comme je l'ai constaté chez les premiers de ces animaux. Le long de la base des saillies du chorion se voyaient des ramifications bien apparentes des vaisseaux ombilicaux. Leurs branches

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se sobdiyisaieat pour pénétrer dans ces saillies et se terminaient en y formant un jdexas capillaire. Les capillaires qui se distribuaient dans 1^ villosités y formaient de simples mailles. Un plexus capillaire bien marqué existait également à la surface du chorion et présentait une disposition analogue à celle que j'ai constatée chez les Cétacés et chez la JomeDt.

La surfoce libre de la muqueuse utérine présentait le moule de la surface yilleuse du chorion dont elle avait été détachée. On y remarquait de nombreuses indentations dans lesquelles les saillies villeuses du chorion avaient pénétré, et un nombre considérable de cryptes qui avaient logé les villosités. La membrane muqueuse qui tapissait ces indentations et ces cryptes présentait parfois la forme de trabécules sinueuses qui, pour la plupart, se divisaient en élévations papillaires nombreuses et grêles qui, lorsque les portions maternelles et fœtales du placenta étaient encore opposées Tune à l'autre, étaient logées entre les villosités fœtales. On voyait fort bien sur des sections verticales, faites à timvers l'épaisseur toute entière du placenta, les relations que ces parties avaient l'une avec l'autre lorsquelles étaient en place. Les villosités, qui couvraient les saillies pénétraient dans les cryptes, situés sur les côtés et à l'extrémité des indentations de la muqueuse, tandis que les villosités, qui prenaient leur origine entre les bases des saillies, pénétraient dans les cryptes placés au sommet des trabécules sinueuses ou des élévations papillaires de la muqueuse. Malgré le long espace de temps que le placenta avait passé dans l'alcool, j'ai pu voir, en pratiquant des sections à travers cet organe, une grande quantité de cellules qui n'étaient autre chose que le revêtement épithélial des cryptes. J'ai, dans quelques cas, aperçu ces cellules dans les cryptes eux-mêmes. D'autres fois, elles m'ont paru être attachées à la paroi des cryptes et présenter à l'œil de l'observateur leur surface libre. Dans les points où les villosités avaient été isolées des cryptes, ces cellules s étaient détachées des parois de ces derniers organes et étaient tombées dans leurs cavités. J*ai trouvé aussi un nombre considérable de ces cellules nageant dans le liquide au milieu duquel on avait placé les sections pour les examiner au microscope. Elles consistaient en masses nucléolées d'un protoplasma granuleux, et certaines présentaient quelquefois la Forme cylindrique, d'autres étaient polygonales ou arrondies et ressemblaient beaucoup, comme taille et comme forme, aux cellules épithëliales que j'ai décrites dans les cryptes de la Jument, du Narval

lOfc W. TDRNER.

et d'un certain nombre d'autres mammifères. Il m*a été possible, en imbibant avec du carmin certaines de ces coupes, d'apercevoir, à la surface libre des cryptes, une bande de couleur rouge, due sans doute à rimbibition du protoplasma des cellules épithéliales encore adhérentes aux parois des cryptes. L'épithélium reposait sur un tissu connectif sous-épithélial, en continuité avec la couche de tissu connectif sous-muqueux de l'utérus. J'ai essayé d'injecter les vaisseaux de Tutérus pour voir quelle était leur disposition dans la membrane muqueuse. Maisje n'ai pu y réussir, et par suite je ne puis dire si les vaisseaux de la partie maternelle du placenta se terminent en plexus de capillaires ordinaires comme cela a lieu, par exemple, chez la Jument, la Truie, les Cétacés et les Lémures, ou s'ils se dilatent en capillaires colossaux comme chez le Phoque, le Renard, les autres animaux carnivores et le Paresseux. J'ai* d'un autre côté» examiné la muqueuse utérine dans le but de vérifier quelle était la disposition des glandes utriculaires. Dans ce but» je plaçai, sous le microscope, des partiesde la muqueuse prises dans l'aire non placentaire de l'utérus, et je vis parfaitement les glandes tuberculaires s'y ramifier. Mais comme la distribution des glandes utriculaires ne peut être déterminée d'une manière précise que lorsque l'épithélium est conservé, et que, d'un autre côté, les cellules épithéliales des glandes semblaient à un certain degré être en voie de destruction, je n'ai pu obtenir sur ce point des données aussi précises que je l'eusse désiré. J'ai remarqué, cependant, que les glandes se bifurquaient quelquefois et donnaient naissance à de petits diverticulums dans lesquels les cellules sécrétantes étaient, en règle générale, plus apparentes que dans les branches de bifurcation et dans les tiges glandulaires. J'ai vu,surune préparation, deux glandes accolées et parallèles l'une à l'autre ; mais, dans la plupart des cas, ces glandes sont séparées par des intervalles considérables, occupés par du tissu connectif et ne sont en aucune façon aussi nombreuses que chez la Truie, la Jument, les Cétacés, les Lémures ou le Pangolin.

En pratiquant des sections à travers les parois de l'utérus dans l'aire placentaire, j'ai pu apercevoir des glandes tubulaires. Elles sont situées dans le tissu sous-rauqueux à proximité de la couche musculaire proprement dite. Autour de leur lumière centrale, se voyait une couche d'épithélium. La partie de ces glandes, que j'ai vue dans cette région, était probablement leur extrémité la plus profonde, leurs tubes ayant été coupés transversalement en opérant les sections dans l'épaisseur de

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l'aire placentaire de Tuténis. Tai examiné un certain nombre de ces coupes, dans le but de suivre les glandes dans Tépaisseur de la muqueuse de la région placentaire, jusqu'à leurs débouchés à la surface du placenta maternel : mais je n'ai pu y réussir.

J'attribue cet insuccès aux mêmes causes que celles qui m'ont fait échouer dans l'étude que j'avais entreprise du placenta du Chat domestique, c'est-à*dire à la complexité de la surface, complexité due à la multitude des cryptes- quelle renferme, et à l'absence d'aires dépourvus de cryptes sur lesquelles seraient venus s'ouvrir les tubes des glandes, comme j'en ai trouvé chez la Truie et la Jument et aussi chez les Lémures. J'ai examiné avec soin ces cryptes, mais je n'ai pu m'assurer si les glandes avaient quelque communication directe avec eux. Le nombre des cryptes était^ du reste, si supérieur à celui des glandes, qu'en supposant même qu'une de ces dernières se fût ouverte par hasard dans un de ces oi^anes, il ne serait pas prouvé pour cela que les cryptes et les glandes aient eu une relation nécessaire. Il est évident, au contraire , que ces deux ordres d'organes se soient développés indépendamment l'un de l'autre. Â cet égard, l'examen tout imparfait qu'il ait été, du placenta de l'Oryctérope a montré, malgré le long séjour de cette pièce dans l'alcool, que cet animal concordait sous ce rapport avec beaucoup d'autres Mammifères.

11 me reste à discuter si l'Oryctérope doit être classé parmi les déciduates ou parmi les non-déciduates. Si je n'avais eu sous les yeux que le spécimen 6, j'eusse été porté à croire que cet animal n'est pas un dédduate. La promptitude avec laquelle on peut en effet séparer le chorion de la muqueuse utérine et la facilité avec laquelle les villosîtés de la première de ces parties peuvent être séparées des cryptes de la seconde, sans entraîner avec elles de tissu maternel, sont des faits tendant fortement à démontrer que la relation des parties est la même que dans le placenta diSus de la Jument et des Cétacés. La forme largement zonaire du placenta chez l'Oryctérope, forme qui se rapproche intimement de celle du placenta des Carnivores déciduates et du Phoque, ne doit pas être regardée comme un argument de quelque importance contre cette manière de voir, car les pèles non villeux du chorion sont simplement une exagération des points nus qui existent aux pôles de cette enveloppe chez la Jument, les Cétacés et le Cochon, animal chez lequel, comme cela était connu de De Baër et comme cela a été confirmé par mes propres observations et par celles d'autres anatomistes, chaque extrémité du cho-

106 W. TCRNER.

rion présente, sur one longueur de plus ieurs pouces autour du pôle, une surface lisse et non villeuse. L'Oryctérope diffère cependant de la Ju* ment, des Cétacés et des Lémures, animaux qui ne produisent qu*un petit à la fois, par ce fait qu'il a le cborion confiné dans une partie de la corne fécondée* tandis que chez les animaux unipares que nous venons de citer, le chorion s'étend d'une extrémité de cette corne à Tautre. Cette particularité de TOryctérope doit être sans doute attribuée à ce que les cornes de son utérus s'ouvrent indépendamment dans le vagin et ne communiquent pas ensemble dans une cavité utérine commune.

Dans le sujet a, qui est je crois celui dont a parlé M. Huxley dans son introduction à la classification, je n'ai pu isoler le chorion de la muqueuse utérine ; ces deux éléments du placenta étant intimement unis. Par suite, Texamen de ce spécimen seul m'eût conduit à conclure, comme M. Huxley, que le placenta cbez l'Oryctérope était déoîduate. A quoi peut-on attribuer cette grande diSérence dans le degré d'union et par suite dans la plus ou moins grande difficulté de séparation des éléments placentaires des deux spécimens? Il est possible que le spécimen a ait été d'abord placé dans de l'alcool plus fort que le sujet 6, ce qui a du contracter les membranes; d'un autre côté, on ne peut direque le spécimen b fût mal conservé et montrât des traces de putréfaction, car les sections microscopiques faites sur son placenta ont donné des notions très-claires au sujet de la structure des tissus et l'injection poussée dans les vaisseaux y a mieux pénétré dans les capillaires. Aujourd'hui, cependant, on ne peut rien dire de certain sur la détermination de la placenta tion, et, avant de décider si le placenta est déciduate ou non, on devra étudier un utérus gravide frais d'Oryctérope ou mieux encore un placenta détaché naturellement. L'Oryctérope fournit une preuve nouvelle à ajouter à celles déjà données des modifications dans la forme du placenta que montrent les animaux de l'ordre des Édentés. L'Arnoadille (Dasypus), suivant le professeur Owen, possède un placenta mince, oblong et en forme de disque. Un exemplaire, qu'on doit probablement rapporter au Dasypus gymnuruSj récemment décrit par Kolliker (1) présentait un placenta ovalaire dans le sens transversal, qui occupait les deux tiers supérieurs de l'utérus. Dans le Pangolin (g. Manis) comme Ta constaté Scharpey, le placenta est diffus sur les surfaces du chorion et de la muqueuse utérine. Dans le Tamanoir et le Tamandua, comme Ta

(1) En^iehlmgsgeichichU der Men$chûn, p. 362 ; 1876.

DIAGNOSE DES POISSONS VOLANTS. lOT

fait remarqoer M. Hilne Edwards, le placenta est disposé sur le chorion en forme de dAme ; chez les Paresseux, comme je l'ai dit ailleurs, il est en d6me et est formé d*un certain nombre de lobes discoïdes agrégés ; enfin, chez l'Oryctérope, comme je viens de le montrer, il est largement zonaire.

Les Edentés fournissent donc des exemples de toutes les formes de placentatîon connues, à rexception, cependant, de la forme cotylédonaire. Us varient aussi dans la relation intime de leurs éléments materods et fœtaux ; car, tandis que les Tatous et les Paresseux sont dédduates, le Pangolin est sans aucun doute adéciduate.

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