A. AGASSIZ
quatre des espèces que j'ai observées, la nageoire dorsale ne s'étendait pas, à cette période du développement, jusqu'au bord postérieur de l'orbite de l'œil venu du côté plat.
Dans une autre espèce dont l'œil avait exécuté son mou?ement de translation, la nageoire dorsale s'étendait, au contraire, graduellement au delà du bord antérieur de l'orbite de cet œil. Il semblait donc que, chez ce jeune Pleuronecte, l'œil situé du côté plat fut passé à travers la tête, entre le frontal et les rayons antérieurs de la nageoire dorsale. Gomme j'ai, cependant, suivi le développement sur des exemplaires vivants, j'ai pu constater que le mode de translation de l'œil droit était identique à celui qui s'observe chez les espèces précédentes. Ces observations confirment donc d'une manière générale, l'explication qu'a donnée M. Malm du développement des jeunes Pleuronectes qui conservent leur symétrie à des époques plus avancées. Â mon grand élonnement, j'ai capturé un jour un certain nombre de Pleuronectes ayant environ 1 pouce de long, du groupe allié aux Plagusies de H. Steenstrup, que M. Schiôdt a nommé Bascania, et qui étaient si transparents qu'ils paraissaient comme une pellicule sur le fond du bocal dans lequel on les avaient placés. Ils étaient encore entièrement symétriques; leurs yeux étaient éloignés du museau, et leur nageoire dorsale s'étendait presque jusqu'aux narines, bien en avant du bord antérieur des orbites. Ils provenaient donc d'une espèce de Pleuronectes chez laquelle les yeux restent probablement toujours symétriques; aussi me préparai-je à étudier leur développement. Il fut, du reste, d'un grand intérêt pour moi, de constater au bout de quelques jours, que l'œil droit changeait de place et se dirigeait vers la partie supérieure du corps, de telle sorte que quand le jeune Poisson se reposait sur un de ses côtés, on pouvait voir, en raison de sa transparence, la moitié supérieure de l'œil droit se projeter au-dessus de l'œil gauche.
DÉVELOPPEMENT DES PLBUHONEGTES. 195
L'ceil droit (comme c'est le cas pour les yeux des Pleuronectes) pouvant décrire des mouvements verticaux étendus sur un arc de 180^, était capable de se diriger vers la lumière et de voir ce qui se passait du côté gauche.
Je dois mentionner ici que ce jeune Pieuronecte , longtemps après que son œil droit fut passé au côté gauche, continuait fréquemment à nager verticalement et cela quelquefois durant un espace de temps assez considérable.
Cette tendance que possédait l'œil droit à se diriger en haut» était accompagnée d'un mouvement de translation vers la partie antérieure de la tète, et ce mouvement se continuait jusqu'à ce point que l'œil droit, examiné par le côté gauche et à travers l'épaisseur du corps, se fût montré complètement distinct de l'œil gauche et se trouvât placé en avant et au-dessus de lui, mais toujours en arrière de la base de la nageoire dorsale qui s'étendait jusqu'à l'extrémité du museau. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque le jour suivant, en tournant le jeune Pieuronecte du côté droit, je trouvai que l'œil correspondant s'était enfoncé dans les tissus de la tète et pénétrait dans l'espace situé entre la base de la nageoire dorsale et le frontal. Je constatai également que les tissus entourant l'orbite s'étaient légèrement refermés au-dessus d'une certaine portion de l'œil, de façon à ne laisser qu'une faible ouverture elliptique plus petite que la pupille, et à travers laquelle l'œil droit pouvait regarder lorsque le Poisson ua*geait verticalement.
Tant que le Poisson restait sur son côté droit, l'œil du même côté avait pour usage de regarder à travers le corps et pouvait, du reste, voîrayecune extrême facilité tout ce qui se passait du côté gauche.
Le jour suivant, l'œil droit, ayant continué à s'enfoncer dans l'épaisseur des tissus, il apparut du côté gauche une petite ouverture à travers laquelle cet œil pouvait voir.